méditation pour le deuxième dimanche ordinaire

Voici la méditation dominicale d’Alexis.

Aujourd’hui commence le temps de la joie, Jésus manifeste sa gloire, il transforme l’eau des ablutions en vin du règne de Dieu. L’Église fait traditionnellement mémoire de trois manifestations ou épiphanies du Christ, à l’occasion de la visite des mages à Bethléem, du baptême au Jourdain et des noces de Cana. Le Roi dont l’étoile était apparue à l’Orient est le Fils bien-aimé du Père sur qui est descendu l’Esprit. Il inaugure en ce jour les noces du Royaume et sa gloire s’exprime aux yeux de ses disciples.

La gloire est bien plus que l’éclat, le flamboiement des honneurs ou la célébrité mondaine, elle indique le poids d’une personne, l’importance, la densité de présence qu’elle représente dans la vie des autres. La gloire de Dieu, pour le croyant, comme celle de Jésus pour ses disciples, est le retentissement qu’il a dans leur existence. Que pèse le Christ dans les préoccupations, l’actualité et l’histoire de l’humanité ?

L’évangéliste Jean rapporte, avec les noces de Cana, le commencement des signes de Jésus, autrement dit l’annonce de l’avènement du règne de Dieu. L’image biblique des noces évoque usuellement l’alliance de Dieu avec son peuple, particulièrement dans la perspective de la fin des temps. Et Jésus lui-même a souvent présenté le Royaume comme un festin nuptial, où mets succulents et vins capiteux sont donnés à profusion. Le signe des noces est celui de l’abondance, de la gratuité du don.

Il y eu donc un mariage à Cana en Galilée, et Jésus y avait été invité avec sa mère et ses disciples. Or le vin vint à manquer.[1] Un manque embarrassant dans le cadre d’une histoire évoquant les derniers temps dont il a toujours été dit que le vin coulerait à flots. La mère de Jésus s’entremit auprès de son fils, mais essuya une rebuffade[2] peu compréhensible pour une question d’heure pas encore arrivée.

Toutefois Jésus commanda aux serviteurs de remplir d’eau les grandes jarres[3] et de les porter auprès du maître du repas. Celui-ci goûta l’eau, dont on apprend alors qu’elle avait été changée en vin. Un cru exceptionnel d’ailleurs, que l’on ne sert habituellement pas en fin de repas, quand les invités ne savent plus faire la différence. Cette qualité rare, mais aussi la quantité distribuée, signalent qu’il est question du vin des temps derniers et qu’en Jésus, le Royaume s’est approché. Ce qui est célébré à Cana est par conséquent l’Alliance nouvelle et définitive de Dieu avec l’humanité tout entière.

On comprend mieux alors la réponse de Jésus à sa mère. Mieux qu’un refus brutal, elle souligne une interrogation sur l’heure de sa mission. Pour l’évangéliste Jean, le motif de l’heure évoque toujours la Passion et la Résurrection du Christ. Jésus voudrait alors faire prendre conscience à sa mère, et au lecteur de l’Evangile, que cette heure, même si elle n’était pas encore arrivée, était déjà-là, inscrite dès le début de son ministère. Et qu’elle conditionnait tout son agir et son enseignement.

Aux noces à Cana, Jésus n’a rien fait. Ni grands discours, ni gestes impressionnants. Il a parlé de façon sobre, et sa parole a été performante.[4] Il s’est contenté de dire Remplissez l’eau des jarres. Comme pour la multiplication des pains,[5] c’est par la main des hommes et la parole du Verbe que tout passe. Les serviteurs, presque sans s’en rendre compte, participent activement à l’événement.

Jésus ne fait pas de miracle sans au moins notre consentement. Pour accomplir de grandes choses, pour faire advenir le Royaume, Dieu sollicite la participation des hommes. Sans cette collaboration, il ne peut rien faire. Comment dès lors coopérer à cette œuvre d’élaboration du Règne de Dieu ?


[1] La remarque de Marie «Ils n’ont pas de vin» sonne étrangement, puisque les convives ont déjà probablement bu plus qu’à satiété. De quel vin veut-elle parler, du vin ordinaire ou de celui de l’Alliance ?

[2] Littéralement «Quoi de toi à moi ?», une interpellation qui marque une prise de distance entre deux personnes.

[3] Les jarres des ablutions rituelles avaient une contenance d’une centaine de litres. Ce seront ainsi 600 litres de vin qui seront finalement distribués en fin de repas !

[4] De la même manière que Dieu crée l’univers par la parole : Dieu dit : «Que la lumière soit !» et la lumière fut (Gn 1,3).

[5] Donnez-leur vous-mêmes à manger, répond Jésus aux disciples qui l’interrogent sur la manière de nourrir une grande foule au désert (Mc 6,37).

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