méditation pour ce 19 septembre

Merci à Alexis de nous partager cette méditation sur la parole

Les récits de miracles de Jésus, en particulier ceux de résurrection,[1] heurtent les mentalités rationalistes. Beaucoup essayent de les éluder, de limiter leur portée à des interprétations symboliques, ou encore de rechercher des explications scientifiques.[2] Ces épisodes sont cependant nombreux dans les évangiles, et ils sont constitutifs de la foi chrétienne. Les ignorer représente une véritable mutilation des évangiles et dénature leur message. Au-delà de l’historicité des faits qui sont relatés, la question qu’ils nous posent concerne notre foi en la résurrection. Ceux qui sont incapables d’imaginer que Jésus puisse faire revenir les morts à la vie sont-ils capables de réaliser la résurrection du Christ d’entre les morts, ou encore de projeter leur propre résurrection ? Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés, martèle l’apôtre Paul aux habitants de Corinthe.[3] Pas de foi sans résurrection.

Jésus vient de terminer son discours dans la plaine, où il a proclamé heureux les pauvres et malheureux les riches,[4] avant d’entrer à Capharnaüm, bourgade de Galilée d’où il rayonne son enseignement. Là, il guérit le serviteur d’un centurion romain[5] précisément à cause de la foi de celui-ci. Il se déplace ensuite à Naïn, autre ville de Galilée.

La résurrection du fils de la veuve de Naïn est un épisode propre à Luc. Il vient illustrer et préparer la parole de Jésus aux disciples de Jean-Baptiste[6] sur l’accomplissement du salut en sa personne. Jésus réalise la prophétie d’Isaïe[7] en inaugurant une ère nouvelle de rédemption pour les pauvres. Le Jour du Seigneur est arrivé, qui seul peut réaliser pareil bouleversement. Et Jésus, qui en est l’acteur, révèle par là son identité divine, il est Seigneur.[8] Une identité qui ne se manifeste pleinement qu’à sa résurrection.

Jésus récapitule et accomplit en sa personne les promesses des plus grands prophètes d’Israël. Comme Isaïe, il annonce le salut. Comme Elie,[9] il ressuscite un mort. Comme eux, il est prophète, le plus grand des prophètes. Ce qui explique la crainte qu’il inspire auprès de la foule témoin de l’événement, qui n’est pas de la peur à proprement parler, mais le sentiment que l’on éprouve devant la manifestation de la transcendance de Dieu. La gloire d’un Dieu qui visite son peuple est ainsi pleinement exprimée. La nouvelle se répand aussitôt tant chez les juifs que chez les païens.

Le miracle que réalise Jésus n’est pas moins qu’une résurrection. Le terme qu’il utilise – réveille-toi – ne laisse aucun doute à cet égard.[10] Il exprime la résurrection des morts dès l’origine de cette croyance,[11] et tous les auteurs néotestamentaires l’utilisent dans ce sens précis, tant pour désigner la résurrection générale aux dernier jours que celles opérées par Jésus ou encore la sienne propre. Avant lui, seuls les prophètes Elie et Elisée avaient effectués pareils prodiges.

La compassion qu’éprouve Jésus s’exprime dans les attentions dont il fait preuve, tant dans ses paroles que dans ses gestes. Tout comme Elie avant lui, il réconforte la femme endeuillée et touche le cercueil.[12] Cette pitié évoque uniquement la compassion, il n’est pas question ici de foi. Elle se tourne vers les plus humbles, les plus pauvres, puisque le défunt est le fils unique d’une pauvre veuve. Autrement dit l’unique soutien d’une femme seule qui, sans lui, est démunie de toute assistance familiale ou matérielle et se trouve exclue de toute la société.[13] La préférence de Dieu se dirige vers les plus petits de son peuple, se marque vers ceux qui sont rejetés.

Jésus révèle la miséricorde de Dieu pour les plus humbles, les plus pauvres, les exclus. Un amour sans condition, qui ne réclame rien, mais se donne gratuitement. Il montre à notre humanité le véritable visage de Dieu, celui d’un Père pris de pitié pour ses enfants. Il manifeste la compassion particulière de Dieu pour notre humanité blessée. Et si parfois nous sommes morts, fermés à la vie en Dieu, cela l’attriste et il veut nous réveiller, nous apporter son salut. Nous sommes invités à discerner les petites attentions dont il fait preuve quand il vient nous parler et nous toucher, pour que nous puissions nous relever et ressusciter à la vie.


[1] Plus exactement de réanimations de morts, puisque les personnes ainsi revenues à la vie sont appelées à mourir de nouveau à la fin de leur existence terrestre.

[2] Des états de catalepsie, ou autres morts apparentes. Il n’en reste pas moins vrai que pour leurs contemporains, ils étaient morts, et qu’ils sont rendus à la vie.

[3] La résurrection des morts (1 Co 15,16-17).

[4] Les heureux et les malheureux (Lc 6,20-26).

[5] La foi du centurion (Lc 7,1-10).

[6] Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres (Lc 7,22).

[7] En ce jour-là, les sourds entendront la lecture du livre et sortant de l’obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. Les morts revivront, leurs cadavres ressusciteront (Is 29,18-19).

[8] Le titre de Seigneur qui est ici donné à Jésus (verset 13) marque sa royauté mystérieuse. Il est assez courant chez Luc, alors que Matthieu et Marc n’appellent qu’une fois chacun Jésus le Seigneur (Mt 21,3 ; Mc 11,3).

[9] Le récit de Luc est très proche de celui de la résurrection du fils de la veuve de Sarepta par Elie (1 R 17,17-24).

[10] Son sens originel est faire lever, se lever.

[11] Ainsi dans le prophète Daniel : Beaucoup de ceux qui dorment dans le sol poussiéreux se réveillerons, ceux-ci pour la vie éternelle, ceux-là pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle (Dn 12,2).

[12] Luc représente l’événement dans un contexte gréco-romain en parlant de cercueil. Selon l’usage palestinien, le corps était déposé sur un brancard. 

[13] Il était courant que pareilles veuves en soient réduites à la mendicité ou à la prostitution.

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