Méditation du 26 juin 2022

Merci à Alexis de cette méditation.

Difficile de suivre Jésus. La route qu’il prend le visage déterminé est celle de Jérusalem, de la Passion et de la croix. L’énergie de pareille résolution rend particulièrement ardu tout désir de devenir disciple.

L’appel qu’il lance est celui de l’engagement sans retour. Une radicalité des choix et des renoncements imposés, ou des conditions matérielles de la mission. Un radicalisme de Jésus qui libère, chez ceux qui le suivent, une capacité d’aimer, d’entreprendre, d’agir. Qui fait d’eux des êtres humains libres de toute entrave pour vivre de l’amour de Dieu.

Nombreux sont ceux qui rejettent, parfois dans la véhémence, ce message, pourtant de paix et de miséricorde. Les réponses que nous leur apportons sont-elles toujours adéquates ? Devant le refus des Samaritains, les disciples souhaitaient utiliser la manière forte. Ne sommes-nous pas tentés parfois par la violence devant ceux qui entament notre patience, de nous débarrasser des fauteurs de troubles, irrespectueux de la foi et de la culture des autres ?

Jésus donne l’exemple d’un amour qui ne s’impose pas et ne se conçoit que s’il est accepté librement. Aussi interpelle-t-il vivement les disciples trop zélés pour leur rappeler que nul ne peut être forcé de le suivre ou de l’accueillir. Jésus est libre et il veut l’être humain libre. Il vient nous éduquer à cette vraie liberté qui nous pousse à le suivre vers le salut. La radicalité du Christ exclut tout fanatisme.

À ceux qui veulent le suivre, Jésus ne promet qu’une existence dépouillée. Aucun confort douillet pour qui l’accompagne, ni de repos. Uniquement la liberté du chemin. Quand il appelle, il est sans concession. Le suivre ne souffre d’aucun retard. Même les affections les plus légitimes peuvent faire obstacle. Il est la vie, et choisir la vie implique de rompre avec les relations mortifères, les enlisements stériles.

Notre existence se tisse pourtant dans les liens familiaux et communautaires. Ces relations font ce que nous sommes, les nier nous coupe de notre humanité. Quand Jésus nous met en garde de ne pas regarder en arrière, ne nous signifie-t-il pas d’avancer dans la confiance ? Le laboureur qui vérifierait sans cesse en se retournant si le sillon est bien tracé finirait par perdre le droit fil de ce qu’il fait. Il doit plutôt consacrer toute son énergie à aller de l’avant, en regardant devant soi.

Jésus engage à nous libérer de modèles, de modes de fonctionnement tournés vers le passé pour orienter nos regards vers le Royaume. Le dépouillement et les renoncements qu’il exige sont de l’ordre du lâcher-prise, de l’abandon à l’amour de Dieu. Devenir son disciple est d’abord un acte de confiance et d’espérance, plutôt qu’un acte héroïque de sacrifice.

Si nous plaçons notre foi en lui, Jésus viendra nous rencontrer où nous sommes, dans notre substrat, notre milieu de vie. Il nous prendra avec lui à sa suite. Et nous confiera d’annoncer le règne de Dieu dans cet environnement qui est le nôtre. Sommes-nous prêts à entendre son appel ?

méditation pour la fête Dieu

Rompre le pain, le partager entre sœurs et frères, boire à la coupe de l’Alliance nouvelle, voici les signes premiers de notre foi au Christ mort et ressuscité. Le pain et le vin ne sont jamais anodins, ils participent à une convivialité jamais égalée et sont promesse d’abondance des dons de la terre et de l’esprit.

Le pain et le vin – céréales et fruits – sont les aliments de base de notre humanité de toute antiquité. Quand le pain vient à manquer s’installe la famine, son abondance est signe de richesse Bien plus, le pain représente la vie, l’espérance des hommes. De même le vin est plus qu’une boisson, il apporte la joie, il symbolise ce complément d’âme sans qui toute existence serait triste et terne.

Pour nous chrétiens, le pain est aussi de longue tradition – héritée du judaïsme. La manne qui nourrit Israël au désert est préfiguration du pain eucharistique. Le peuple juif n’avait-il pas d’ailleurs préparé du pain pour la longue route qui l’attendait lorsqu’il a fui l’Egypte et l’esclavage ? C’est la Pâque juive, commémorée depuis lors. Jésus lui-même, lors de la dernière cène, a pris du pain et l’a partagé avec ses disciples en leur demandant d’en faire mémoire. A chaque eucharistie, nous sommes invités à partager le pain, le corps du Christ, entre sœurs et frères. Christ s’est livré pour nous donner la vie, il a fait don de son corps, c’est la Pâque des chrétiens. Chaque fois que vous mangez ce pain, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. On ne peut recevoir la vie du Ressuscité sans reconnaître le don d’amour qu’il fit par sa mort sur la croix.

Toute eucharistie se tourne vers le Christ mort et ressuscité, vers sa Pâque. Mais quel sens aurait cette fête s’il n’y avait un peuple pour faire mémoire, si ce n’est pour nous tourner vers notre propre Pâque ? Et de procéder nous-mêmes au partage du pain. Donnez-leur vous-mêmes à manger. Le miracle de la multiplication des pains réside dans le partage. Quand des pauvres mettent en commun leurs maigres ressources pour les redistribuer, tout devient possible et c’est l’abondance. Ils mangèrent et furent tous rassasiés, puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

Le pain qui fait partie de nos repas quotidiens prend une haute valeur symbolique, il retrace toute une histoire. Une histoire de femmes et d’hommes qui un jour ont décidé de se mettre à la suite de Jésus, le Messie, venu pour sauver le monde. Notre foi repose sur des valeurs humaines, mais elle prend un sens divin par la Pâque du Seigneur.

L’offrande du pain et du vin introduit à la dimension sacerdotale, royale et prophétique de la vocation humaine. Ce que signifie Melkisédek, prêtre du Dieu très-haut, en bénissant Abraham avec ces éléments. Celui-ci devient prêtre, prophète et roi dans un acte liturgique, promesse du règne de Dieu et prémices de l’offrande eucharistique. Aujourd’hui, nous aussi, quand nous partageons le pain et buvons à la coupe du salut, sommes toutes et tous appelés à être prêtres, prophètes et rois pour la gloire de Dieu. Nous aussi proclamons la grandeur de notre Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

méditation pour la Trinité

Aujourd’hui, Dieu se montre à nous dans tout son éclat, selon toutes ses facettes. Non pas comme un Dieu solitaire et qui serait inaccessible, mais comme un Dieu qui se donne. Malgré toutes les infidélités de l’humanité, Dieu a choisi de l’aimer quoi qu’il advienne. Il se révèle comme l’amour infini qui ne se reprend jamais. Les trois personnes de la Trinité partagent le même désir d’un amour gratuit et éperdu.

Célébrer la Trinité signifie pénétrer plus avant ce mystère d’amour d’un Dieu qui est Père, Fils et Esprit saint. Apprendre à mieux connaître Dieu au-delà des énoncés théologiques à la compréhension souvent difficile et qui font appel à l’intelligence plus qu’au cœur. Les définitions abstraites, mêmes si elles sont précises et complètes, sont souvent rebutantes et ne parlent plus à la plupart des croyants.

L’essentiel, pour apprendre à appréhender Dieu et son mystère, se situe plutôt dans l’expérience que l’on peut avoir en restant avec lui. Venez et vous verrez, répond Jésus aux disciples qui lui demandent où il demeure.[1] Fréquenter la présence de Dieu, se laisser habiter, entrer en relation, en communion. Toute connaissance authentique est rencontre personnelle dans le concret de la vie.

Le langage des dogmes est hermétique, les mots utilisés sont ceux de la philosophie grecque. De plus, le vocable «Trinité» n’est mentionné nulle part dans le Nouveau Testament. Ce qui ne signifie pas que sa réalité n’y est pas présente, n’émerge pas des interprétations que l’on peut en donner. Le terme est né au sein de l’Eglise[2] au gré des débats autour de la condition du Fils, sa filiation divine, sa naissance virginale. La foi chrétienne s’est formulée à partir de l’Ecriture telle qu’elle était reçue dans la liturgie et la prière des premières communautés.

L’évangéliste Jean nous fait partager la vie en Dieu par le lien unissant Jésus à son Père. Lien de prière, véritable intimité, lorsque Jésus a prié pour les hommes ou à l’heure de sa Passion. A ses disciples, il a promis la venue de l’Esprit, l’Esprit de vérité, le Défenseur. Pour Jean, l’Esprit est donné sur la croix, où il remit l’Esprit.[3] Ou encore aux disciples au soir de Pâques, où le Ressuscité souffla sur eux et leur dit : «Recevez l’Esprit Saint».[4]

Jésus a ainsi clairement parlé de son Père et de l’Esprit saint. Et il a nettement affirmé sa relation avec les deux. Avec le Père tout d’abord, parce qu’il vient de lui et qu’il va retourner vers lui. Avec l’Esprit ensuite, parce ce dernier reçoit du Fils son enseignement pour le faire connaître à ses disciples. L’Esprit vient prolonger la mission du Fils ressuscité qui retourne au Père.

La Trinité met en perspective la dynamique interne de Dieu. Notre Dieu est un Dieu relationnel, qui se communique dans l’amour. Un amour qui émane du Père vers le Fils, qui retourne du Fils au Père. Et l’Esprit est justement cette relation d’amour du Père et du Fils qui déborde sur nous pour nous en illuminer. Le Père engendre son Fils unique,[5] qui prend chair d’homme dans chair de femme. Le Fils ressuscité envoie l’Esprit de vérité qui procède du Père.[6] L’Esprit vient faire l’unité de l’Eglise parce qu’il est l’unique Esprit de Dieu. Et il intervient auprès de chacun des croyants en particulier pour unifier sa personne. Trinité d’amour qui se donne.

La Trinité est une réalité beaucoup plus concrète qu’elle n’y apparaitrait au départ. Elle entraîne le croyant dans la relation d’amour de Dieu. La Trinité est unité, mais une unité vivante, une unité d’amour féconde de trois personnes qui ne cessent de s’aimer et d’aimer. Qui ne cessent donc d’engendrer, de donner la vie, de la répandre dans l’univers.

La Trinité est comme une grande circulation de vie et d’amour, invitant toute l’humanité à entrer dans la ronde. Car, si nous sommes nés de l’Esprit,[7] nous savons aussi que le Ressuscité nous entraîne et nous attend dans sa gloire. Vivifiés par l’Esprit, celles et ceux qui vivent et aiment à la manière de Jésus sont invités à partager sa densité de présence dans la joie de Pâques. A cela nous sommes tous appelés.    


[1] Les premiers disciples (Jn 1,39).

[2] Au quatrième siècle, par les conciles de Nicée et de Constantinople, suite aux polémiques de l’arianisme.

[3] La crucifixion et la mort de Jésus (Jn 19,39).

[4] Les disciples voient le Seigneur (Jn 20,22).

[5] Le Fils est monogène, l’unique engendré du Père.

[6] Selon l’expression de Jean l’Evangéliste (Jn 15,26). L’Eglise latine ajoutera au huitième siècle (sous Charlemagne) que l’Esprit procède du Père et du Fils (Filioque). L’Eglise orientale n’acceptera pas cette procession. Les chrétiens orthodoxes peuvent cependant admettre que l’Esprit procède du Père par le Fils.

[7] L’entretien avec Nicodème : Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit (Jn 3,6).