évangile de ce 4 août

évangile selon Saint Mattthieu

En ce temps-là, des pharisiens et des scribes venus de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des ­anciens* ? En effet, ils ne se lavent pas les mains avant de manger. » Jésus appela la foule et lui dit : « Écoutez et comprenez bien ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur. » Alors les disciples s’approchèrent et lui dirent : « Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés en ­entendant cette parole ? » Il répondit : « Toute plante que mon Père du ciel n’a pas plantée sera arrachée. Laissez-les ! Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. »

méditation 4 août

L’Évangile aborde aujourd’hui le temps des controverses. Jésus s’est présenté comme le Messie par des enseignements neufs et des guérisons. Il a annoncé la venue du Royaume par des paraboles. Toute les actions qu’il mène soulèvent de l’hostilité parmi les instances juives. Malgré un succès indéniable auprès des foules, les menaces se précisent autour de lui, ainsi Jean-Baptiste le Précurseur a-t-il été exécuté.

Jésus se confronte à des Pharisiens et des scribes de Jérusalem. Ces deux catégories du peuple juif sont souvent associées dans leur opposition à Jésus, de même que les chefs du peuple et les grands prêtres. Les pharisiens étaient des purs, dont le respect des prescriptions de la Loi était remarquable. La plupart des scribes, des docteurs de la Loi, étaient, à l’époque de la composition des évangiles, des pharisiens.

La question qu’ils abordent est essentielle, puisqu’elle concerne la tradition des Anciens, autrement dit l’ensemble des commentaires de la Loi juive transmis oralement et qui se fixeront progressivement dans des traités. La loi de pureté est primordiale, car elle conditionne, dans le judaïsme, l’accès de l’homme à Dieu. Le monde profane est séparé du monde sacré et seules des pratiques de purification permettent d’opérer un rapport entre les deux. Ce qui est pur est relié à la vie, et la vie émane de Dieu, tandis que ce qui est impur dérive de la mort. La pureté seule permet donc d’être en lien avec la vie et avec Dieu.

L’ablution des mains avant le repas est d’origine rituelle dans la religion juive. D’abord réservé aux seuls officiants du Temple, l’usage s’est ensuite étendu au peuple des fidèles par la piété pharisienne. D’autres groupes religieux – tel celui du Qumran – la pratiquaient sous forme d’ablution corporelle. Dans tous les cas, manquer à cette tradition est non seulement une grave faute de savoir-vivre, mais marque aussi pour les juifs pieux une rupture de la chaîne de pureté, qui relie à Dieu. On peut dès lors comprendre pourquoi les pharisiens sont scandalisés par la transgression des disciples de Jésus. Pour l’homme de la Bible, le scandale n’est pas un mauvais exemple ni même un fait révoltant, mais littéralement une pierre d’achoppement, un obstacle, un piège qui fait tomber.

La remarque des contradicteurs est pour Jésus l’occasion d’une leçon décisive. Face à lui, comme devant les mystères du Royaume et les questions concrètes qui se posent, il convient tout d’abord d’écouter et de comprendre. Cette compréhension est faite d’attention à son enseignement et d’engagement dans une obéissance nouvelle, comme ici au sujet de la pureté.

Jésus approfondit l’instruction sur l’ablution des mains à la question de la pureté. Il déplace le concept de la pureté rituelle à celui d’une pureté morale. Aux précautions juives destinées à préserver l’homme de souillures venant de l’extérieur, Jésus oppose une conception inédite. Le mal est en l’homme et ce qui le souille, c’est ce qu’il dit – ces paroles blessantes ou mensongères – ou fait contre son prochain – tous ces vices qui portent atteinte à autrui. Jésus remplace donc l’idée d’une pureté extérieure et rituelle par celle d’une pureté intérieure et personnelle qui s’exprime dans la relation à l’autre.

Il clôture son intervention par une condamnation sans appel des pratiques de ses opposants. Les usages qu’ils préconisent n’ont pas été plantés par Dieu. Autrement dit, ils ne sont pas voulus par lui, pas plus qu’ils ne sont destinés à le glorifier. Ces prescriptions sont alors caduques et ceux qui se laissent aveugler par elles chuteront dans un chemin qui ne conduit pas à la vie.

Jésus interroge aujourd’hui notre rapport à la pureté. Nous complaisons-nous dans des rites extérieurs sans examen sérieux de nos dispositions intérieures ? Jésus nous interpelle sur notre relation aux autres. Le seul chemin qui mène à la vie passe par cette pureté du cœur et de l’esprit qui fait voir en chaque être humain une sœur, un frère.     

méditation pour le 18eme dimanche ordinaire A

De quelle faim Jésus vient-il nous combler ? De même de quelle faim pouvons-nous combler nos frères ? Combler, cela veut dire remplir nos vides, nos trous, nos lézardes, nos manques, nos fragilités. Faim physique, peut-être, faim spirituelle certainement. Dans tous les cas, faim d’amour.

Le Dieu de la Bible pourvoit aux besoins essentiels de son peuple. Au désert, il donne la manne pour la faim, il fait jaillir la source d’eau du rocher pour la soif. Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! (Is 55,1) Il nous appelle au banquet de son Royaume et, à travers les images du vin, du lait et des viandes savoureuses, c’est la joie et la vie qu’il nous apporte. Il ne nous veut pas uniquement vivants, il nous veut rayonnants de bonheur.

La générosité de Dieu se manifeste dans l’abondance de ses dons. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres (Ps 144,9). Il nous invite à entrer dans sa dynamique du gratuit. Pour découvrir la richesse hors pair de l’amour que le Christ nous porte. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ, notre Seigneur (Rm 8,39). Dieu aime dans la démesure. Rien n’est trop beau, trop bon, pour ceux qu’il comble de sa grâce. Cet amour, Dieu ne nous l’impose pas, il nous le propose. Le Père présente son amour dans des termes de nourriture et de repas. Et Jésus se montre pleinement le Fils du Père en donnant gratuitement aux foules le pain qui les fait vivre.

Entre désert et foule, enseignements et guérisons, se déroule la vie de Jésus. Et c’est dans un endroit désert qu’il distribue largement les dons de Dieu, qu’il partage les pains et les poissons. Le geste, réalisé dans ce cadre dépouillé, trouve ici sa pleine force. Il faut sans doute ce dénuement et ce silence pour s’ouvrir à la liberté, pour accueillir ces présents de manière tant soit peu lucide.

Quand il prend les cinq pains et les deux poissons, Jésus voit bien au-delà de ce que distingue la foule. Il voit son Père, son amour pour cette humanité rassemblée. Il lui rend grâce d’avoir créé tout cela pour répondre à ses besoins. Savons-nous suffisamment rendre grâce à Dieu, le bénir, pour tous les bienfaits qu’il nous procure, pour une table garnie d’aliments ?

Quand Jésus fait distribuer les cinq pains et les deux poissons, il signifie bien plus que la satisfaction des besoins physiques. Il annonce une autre nourriture qui viendra combler une autre faim. Un pain qui rassasiera le cœur et l’esprit des hommes, un pain de vie. Savons-nous voir dans notre pain de chaque jour l’annonce du pain eucharistique donné pour la vie éternelle ?

Au-delà des faims inavouées, découvrons les faims inexprimées, celles qui taraudent l’homme en secret, et faisons tout pour répondre à l’appel de celui qui nous dit « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». C’est d’un peu de chaleur humaine que les hommes ont besoin, et s’ils suivaient Jésus, ce n’est pas tant pour le pain que pour ce feu qui émanait de lui et leur faisait tant de bien. Réchauffons-nous nous-mêmes au Christ pour pouvoir communiquer un peu de sa flamme.

C’est avec ce que nous lui apportons, ces maigres cinq pains et deux poissons, que Jésus accomplit des miracles et répond en abondance aux besoins. Il ne multiplie que ce que nous lui donnons. Sans nous, il ne peut rien faire. Il respecte notre liberté. Il a trop de considération pour nous pour nous laisser sur la touche, en spectateurs. Il nous veut acteurs de notre propre vie. Arrêtons d’attendre des miracles sortis d’on ne sait où. Aujourd’hui, le vrai miracle est le partage de nos pauvretés, que Dieu transforme en surabondance. C’est en partageant nos maigres ressources que nous serons rassasiés !