méditation pour le 25eme dimanche ordinaire

Voici la méditation pour ce dimanche que nous propose Alexis.

Jésus semble donner raison à un escroc et même être admiratif. Le maître de la parabole fait preuve d’une clémence surprenante envers le gérant malhonnête de ses biens. On peut faire la comparaison avec ceux qui éludent l’impôt ou fraudent parfois de manière éhontée le fisc, au point de mettre à mal la solidarité mutuelle. D’où l’incompréhension devant l’apparente opacité de l’évangile.

Déjà à l’époque, des voix s’élevaient pour dénoncer les gens habiles à léser les faibles en spéculant sur les ressources ou en faussant les étalons de mesure. Et Jésus a toujours œuvré en faveur des humbles et des pauvres. Pourtant, la filouterie de ce gérant indélicat n’est pas condamnée, et il est même donné en exemple. Alors, peut-on se faire des amis ou gagner notre paradis avec l’argent malhonnête ?

Il ne faut cependant pas se tromper, Jésus ne fait pas la louange de l’injustice racontée dans la parabole, mais plutôt de la faculté d’adaptation dont fait preuve le gérant quand il sent le vent tourner. L’homme était à bout de ses roueries et allait être mis à la porte. Il a su prendre rapidement les décisions qui lui permettaient de se garantir un avenir, et c’est cela que Jésus trouve remarquable.

D’où la leçon qu’il tire de la parabole : Faites-vous des amis avec l’argent. Autrement dit, puisque cet argent est si souvent l’occasion d’abus et d’injustices, au point qu’il le qualifie d’argent trompeur, mais que, de toute façon, il est impossible de s’en passer, il faut en tirer son parti. Et qu’au moins les disciples l’utilisent à bon escient, pour la bonne cause, et qu’il leur serve à se faire des amis.

C’est le sens de la charité que nous pratiquons.[1] Notre attrait pour les biens matériels compromet notre avenir avec Dieu, alors ne lésinons pas et qu’ils nous permettent de nouer des relations de service. Se faire des amis avec l’argent, c’est peut-être venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, répartir nos richesses pour le bien commun. Nous suivons ainsi la leçon du Maître, par exemple au cours de nos quêtes dominicales, qui servent, au moins en partie, à subvenir à des besoins urgents chez nous et dans le monde. Nous mettons alors notre argent au service de Dieu et de son règne.

Se mettre au service de Dieu, c’est d’abord privilégier les pauvres. Ce qu’a toujours fait Jésus, en les mettant en avant, à la première place, lui qui, dans les Béatitudes, les a déclarés bienheureux. Mais en même temps, de manière réciproque, il a proclamé les riches malheureux, parce qu’ils ont déjà reçu leur récompense. Sans doute parce que seul le partage des pauvretés permet de grandir en humanité et ouvre la porte du Royaume de Dieu.

Mais pour autant, Jésus ne condamne pas l’argent en tant que tel. L’argent n’est pas une valeur, du moins morale, il est un moyen, un instrument. Ce n’est pas un mal en soi, il permet de grandes initiatives et peut servir à des belles réalisations. Mais il peut aussi conduire à humilier et exploiter, à spolier et à dépouiller le plus faible. L’argent devient alors le maître, une idole grimaçante et hideuse, une véritable insulte au Dieu d’amour.

La véritable habilité des fils de la lumière est celle qui transforme le tissu financier en réseau d’entraide et de solidarité. Pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut renoncer à l’idolâtrie de l’argent. Les bons gérants du Royaume font de la miséricorde divine le quotidien de leur existence. Un amour qui n’est jamais abstrait, mais réalité concrète dans les attitudes, les intentions, les comportements.


[1] Même si la démarche demeure toujours ambigüe, car nous recherchons le plus souvent à nous donner bonne conscience et nous induisons une relation de clientélisme et pas de respect de la dignité du pauvre. Il faut à cet égard garder à l’esprit la réflexion de Vincent de Paul : «Il faut toujours demander pardon aux pauvres de la charité que nous leur faisons» et rechercher la justice.

Jour de l’Assomption

Étonnante description que nous propose l’Apocalypse de cette femme enceinte qui crie, torturée par les douleurs de l’enfantement. Une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. Cette femme n’est pas Marie, mais le peuple de Dieu, traditionnellement représenté par une figure féminine, ou encore la cité sainte. L’image peut s’appliquer à Marie, en tant qu’archétype de la communauté chrétienne.

La gloire de Marie – son poids, sa densité de présence – est probablement ailleurs. Elle réside dans son humilité, sa discrétion. Une femme qui a vécu en retrait toute sa vie durant. Restant à l’ombre des siens, elle diffuse néanmoins une lumière extraordinaire et est gage de l’espérance de l’humanité, promesse de notre résurrection. Par elle est venue la vie. Elle a donné naissance au Berger de toutes les nations. Elle a enfanté selon la chair celui qui apporte le salut à toute l’humanité. Ce qui en fait un des visages les plus populaires d’Église. Source de dévotions, elle rejoint la piété populaire de beaucoup.

Son Assomption – sa Dormition – est victoire de la vie. Elle montre la destinée de l’humanité : cheminer pour vivre pleinement dans le Royaume où Dieu nous attend. Élisabeth, sa cousine, l’avait bien compris en entendant sa salutation, lorsque, sous l’influence de l’Esprit, elle s’écria : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

Et nous ? Quel bonheur avons-nous que la mère de notre Seigneur vienne jusqu’à nous ? Par son Assomption, Marie nous dit quelle valeur a notre propre assomption. Elle nous invite à lutter contre le mal, à vivre en peuple saint.  La vie qu’elle a porté en elle, c’était déjà la vie éternelle. Son corps a enfanté celui qui apporte la vie en plénitude. C’est bien par son fils, Jésus le Christ, que nous vient l’éternité. La vie éternelle est cette irruption du temps de Dieu dans le temps des hommes qui nous donne de vivre la vie en Dieu. Le Christ, fils de Marie, se donne aux hommes sur la croix et les introduit dans ce temps de Dieu.

Paul ajoutera que la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. Nous sommes tous mortels, mais là ne réside pas le point final de notre identité. La mort et la résurrection de Jésus dégagent d’autres perspectives. Lui qui a pleinement participé à notre humanité en prenant chair de femme, nous ouvre la voie à notre résurrection, à la vie éternelle. Le mal et la mort n’ont pas le dernier mot.

Marie, image de l’Église. Comme elle qui s’empresse auprès de sa cousine Élisabeth, l’Église est porteuse d’une Bonne Nouvelle : Christ est ressuscité ! Il nous emmène sur le chemin du Royaume. Marie a porté en elle celui par qui s’édifiera l’Église et qui est la source et le sommet de notre foi. Avec elle, nous engendrons un jour nouveau, celui de l’espérance, où tous pourront chanter : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! »   

méditation pour le 20eme dimanche ordinaire C

Merci à Alexis de sa méditation dominicale, et nous en aurons une pour l’assomption.

Vivante en effet est la Parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant.[1] Le langage de Jésus se fait aujourd’hui brûlant, il vient trancher dans le vif de nos vies. Celui dont nous attendons la paix dans le monde annonce semer la division, porter le feu qui vient embraser la terre.

Ce feu que Jésus appelle de tout son désir est cette flamme au milieu de laquelle le Seigneur appela Moïse dans le buisson qui ne se consumait pas pour lui dire qu’il avait vu la misère de mon peuple en Egypte.[2] Aussi le feu du jugement de Dieu promis par Isaïe qui vient pour régler sa dette de colère par la fureur.[3] Encore ce feu dévorant prisonnier du corps de Jérémie qui le pousse à dénoncer les trahisons et les injustices.[4] Enfin ces langues de feu se posant sur chacun des disciples à la Pentecôte pour les remplir d’Esprit saint et les envoyer annoncer la Bonne Nouvelle en toutes les langues.[5] Le feu libère, il purifie et détruit, il dénonce, il donne l’Esprit, tout à la fois.

Le feu de l’Esprit est celui de l’amour de Dieu. Jésus est venu témoigner cet amour, et il brûlait d’un grand désir d’en embraser le monde entier. Il a confié à son Eglise la mission de propager le brasier de cet amour. Laisserons-nous prendre en nous le feu ?

Brûler fait craquer le bois sec de nos limites, de nos préjugés, de nos entêtements. Et ce feu vient se heurter à toutes les résistances que nous lui opposons. A nos divisions, nos clivages, nos disputes, nos ruptures. Ces pardons que nous refusons, cette solidarité que nous dénions. Et aussi ces tiédeurs qui paralysent, ces douleurs qui crucifient.

Et puis, témoigner, c’est risquer. Risquer l’incompréhension, le rejet, la persécution. Proclamer la mort sur la croix d’un Messie humilié, célébrer sa résurrection et vivre dans l’attente active de sa venue, comment un tel témoignage, insensé aux yeux de nos contemporains, pourrait-il ne pas rencontrer d’opposition ? Ou comment dénoncer tout ce qui opprime l’homme irait-il de soi dans un monde où dominent l’indifférence, l’égoïsme, la cupidité et l’appétit de puissance ? Ou encore, annoncer la paix est-il crédible quand se distillent la haine, la guerre, la violence et la terreur ?

Rechercher la paix qui vient de Dieu, tenter de la recueillir jaillissant d’un pardon donné à la mesure du cœur de Dieu, cela n’a rien à voir avec la recherche d’un bonheur facile et sans nuages. Le Christ lui-même dans son engagement pour le bonheur de l’homme a été acculé à combattre le mal dans sa forme la plus extrême et cela l’a mené jusqu’à plonger dans les eaux de la mort. Mais de ce baptême, il rejaillit vivant du tombeau.

Ouvrir un chemin de paix et le recevoir de Dieu, n’est-ce pas changer notre regard sur notre vie et celle des autres ? Le connaître, lui, avec la puissance de la résurrection au travers même des divisions et des obstacles au sein de nos existences. Il nous a devancés et à sa suite, d’innombrables témoins ont résisté et ont vaincu la mort avec lui. N’ayons pas peur de vivre au monde.


[1] L’entrée par la foi dans le repos de Dieu (He 4,12).

[2] Le buisson ardent (Ex 3,2.3-7).

[3] Tous les hommes jugés par Dieu (Is 66,15-16).

[4] Ce que Jérémie reproche à Dieu (Jr 20,9).

[5] La venue du saint Esprit (Ac 2,3-4).