méditation du 10 janvier

voici la méditation du mardi d’Alexis

Jésus manifeste son autorité à la synagogue de Capharnaüm.[1] Marc situe l’épisode au début de la vie publique. Après le baptême et les tentations au désert, Jésus débute sa mission en Galilée en proclamant l’évangile du Royaume. De même, sur les rives du lac, il appelle ses quatre premiers disciples.[2]

L’accent est mis d’emblée par l’évangéliste sur l’autorité de la parole de Jésus. Cette autorité s’exerce à la fois par son enseignement et par ses exorcismes. Son enseignement d’abord, qui traditionnellement se déroule à la synagogue, le jour du shabbat. Jésus enseigne avec autorité, car il ne procède pas à la manière des scribes, pourtant interprètes attitrés de la Loi. Ces derniers se retranchent derrière l’autorité des Ecritures, tandis que Jésus innove en enseignant de sa propre autorité, qu’il tient de Dieu.

Par ses exorcismes[3] ensuite, Jésus montre l’autorité et la puissance qu’il a reçue de son Père. L’expulsion d’un esprit impur – une expression fréquente pour désigner un démon – signifie que l’influence de celui-ci sur la personne s’oppose à la sainteté de Dieu et de son peuple. En l’occurrence à celle de Jésus.

Le cri de l’homme possédé – Quoi de toi à moi ? – est une expression idiomatique fréquente des Ecritures utilisée pour repousser une intervention jugée inopportune ou manifester le refus de toute relation avec quelqu’un. L’esprit impur parlant par la bouche de l’homme comprend en fait que son pouvoir sur lui touche à sa fin. D’où l’ironie de la situation puisque, paradoxalement, le démon annonce l’avènement du règne de Dieu, le triomphe du bien sur le mal.

L’esprit impur reconnaît en Jésus le Saint de Dieu. Or seul Dieu est saint, et sa sainteté s’attache à ce qui lui appartient ou qui lui est consacré. Jésus, étant le Christ consacré, est ainsi le saint par excellence. De cela le démon, parce qu’il appartient au monde des esprits, a naturellement connaissance, alors que la sainteté de Jésus ne sera pleinement manifestée aux hommes que par sa mort et sa résurrection.

On peut dès lors comprendre le saisissement et le questionnement des participants à la scène. Ils n’ont pas toutes les clés de compréhension, puisque la puissance et l’autorité que manifestent Jésus sont des attributs divins. D’où également la mention de la renommée de Jésus, qui s’étend à toute la région.

Les préoccupations quotidiennes de notre monde pétri de rationalité paraissent bien étrangères au récit de l’évangile. D’autant plus que nos contemporains – même les croyants[4] – éprouvent souvent malaise et incompréhension face aux actes – exorcismes, guérisons, miracles – qui manifestent la puissance de Jésus dans les évangiles, et dont ils recherchent des explications naturelles ou psychosomatiques, quand ils ne les rejettent pas. Ces actions constituent cependant une part importante du ministère de Jésus, et les écarter appauvrirait considérablement la portée et le retentissement de ce qu’il réalise aujourd’hui encore pour l’humanité. L’activité de Jésus ne peut se comprendre sans ces actes de puissance.

Nous pouvons nous poser la question de l’autorité de la parole de Jésus, autrement dit de son Evangile, dans notre vie. Ce qu’il nous enseigne encore maintenant. Quelle place, quelle importance lui accordons-nous dans notre existence ? En quoi sa parole est-elle pour nous règle de vie ? Comment conformons-nous nos agissements, nos engagements à l’enseignement du Christ ? Comment l’Evangile nous aide-t-il à progresser dans notre quotidien le plus concret.

Allant plus loin dans la démarche, nous pouvons alors nous demander ce qui en nous s’oppose à Dieu, à son chemin de sainteté. Autrement dit, d’examiner avec lucidité la part d’impur, de noirceur, qui est en nous et nous empêche d’accéder à Dieu. Ou encore de ces démons intérieurs qui nous emprisonnent et étouffent nos existences – l’orgueil, les appétits de puissance ou de possession, la haine, l’angoisse, la peur, l’intolérance, l’injustice, etc. – Efforçons nous de les reconnaître et osons les nommer, pour en être libérés.[5] La parole est première[6] et libératrice. La Parole de Dieu peut, si nous le désirons, nous libérer de tout ce qui nous oppresse. Ainsi est la puissance de l’autorité du Christ. Et telle est la Bonne Nouvelle pour nous aujourd’hui.


[1] La ville de Capharnaüm est située en Galilée, le long du lac de Tibériade. La maison de la belle-mère de Pierre, qui y est située, sera le quartier-général de Jésus, d’où il rayonnera dans toute la région.

[2] Jésus appelle chaque fois deux frères, d’abord André et Simon, ensuite les fils de Zébédée, Jacques et Jean.

[3] Le verbe grec exorkizein – exorciser, chasser un esprit mauvais – signifie au départ faire prêter serment.

[4] Certains expriment croire non pas à cause, mais malgré les miracles.

[5] Souvent, dans les exorcismes, le fait de nommer le démon suffit à le démasquer pour en être libéré. De même, en psychothérapie, la guérison peut survenir au terme d’un processus qui vise à identifier le problème par son nom. La psychanalyse, Lacan par exemple, met en évidence le pouvoir de la parole. La médecine moderne ne pratique-t-elle pas parfois l’exorcisme en nommant la maladie pour la faire reculer montrant ainsi sa maîtrise sur elle ? Pour vaincre le mal, il faut le reconnaître par son nom.

[6] Au commencement était le Verbe (Jn 1,1).

méditation pour l’Epiphanie

voici la méditation d’Alexis pour la fête de l’épiphanie

Dieu vient manifester sa lumière à tous les hommes. Il vient éclairer les routes de nos existences et se révèle à nous dans le visage d’un petit enfant. Épiphanie signifie manifestation de Dieu. Célébration de la lumière annoncée par le prophète Isaïe et que les mages venus d’Orient ont vu se lever. Étoile qui désigne la personne même de Jésus, enfant-roi annoncé par les prophètes. Messie espéré par tout un peuple. L’Épiphanie vient révéler Dieu fait homme pour sauver tous les hommes. Par Jésus, l’humanité peut désormais voir Dieu en pleine lumière, dans sa vérité ineffable. Et être habitée de cette lumière.

L’évangile de la visite des mages est en soi surprenant et vient déconcerter un lecteur averti. Alors que les prophètes d’Israël annoncent la venue du Messie et précisent les signes de son avènement, il n’y a personne pour relever ceux-ci quand ils se concrétisent. Un peu comme si le peuple et ses dirigeants religieux étaient frappés d’amnésie ou ne voulaient pas y croire. Et ce sont des gens venus d’ailleurs qui sont seuls capables de faire un discernement correct de ce qui est en jeu. Les mages sont certes de fins connaisseurs de l’univers et des observateurs attentifs de la nature, mais ils ont surtout l’audace de déceler l’inouï, ils savent non seulement voir, mais aussi regarder. Et tirer des conclusions.

Les mages sont des chercheurs de Dieu à la découverte de la vérité, en quête d’absolu. Ils n’ont pas hésité à abandonner leurs certitudes et leurs assurances pour se lancer sur les routes étrangères pour aller se prosterner devant le roi des juifs qui vient de naître. Ni à affronter et prendre à court les autorités d’Israël par leur demande d’information. Les juifs restent inertes devant les signes concrets qu’ils ont reçus. Quant à Hérode, il ne peut voir en l’enfant qu’une menace, il a peur pour son pouvoir et le difficile équilibre politique de son pays. Les mages distinguent en cet enfant le vrai Dieu et Roi dont la mort et la résurrection assure le salut. D’où le bouleversement provoqué par la démarche de ces étrangers. Et qui signifie que la rédemption apportée par ce Messie échappe au seul peuple élu pour s’étendre à l’humanité toute entière.

La lumière de l’Épiphanie se lève à l’Orient, comme le soleil. Elle émane de Dieu, lumière incréée du mont Thabor. Elle guide les mages vers la découverte de la vérité, de la vie. Elle transfigure le Christ sur la montagne devant trois disciples. Elle illumine l’ange du Seigneur qui roule la pierre du tombeau à la résurrection. Elle nous est donnée par le Christ dans l’Esprit Saint pour venir éclairer nos existences, apporter la vérité à nos esprits et la joie à nos cœurs.

L’Épiphanie, c’est la joie de la Nativité manifestée au monde entier. Une joie qui ne peut que grandir en étant partagée, puisque c’est celle du Royaume. Bonne Nouvelle de rédemption à diffuser à toutes les nations. Espérance et promesse non seulement de vie éternelle pour plus tard, mais aussi de vie meilleure pour aujourd’hui, puisque Dieu est avec nous. Révélation de salut à tous les hommes et révélation à tout homme de la tendresse de Dieu.  

méditation pour le premier Janvier (fête de Sainte Marie mère de Dieu)

En ce dernier jour de l’année, Alexis nous partage sa méditation de nouvel an. nous vous souhaitons une belle et sainte année 2023.

L’étonnement qui saisit ceux qui entendent les bergers est un ébranlement moral, une surprise causée par quelque chose de singulier, d’extraordinaire, d’inattendu, une stupéfaction. La capacité à s’interroger sur une vérité aveuglante, qui empêche de voir et de comprendre le monde immédiat. L’événement qui fait sens est le nouveau-né couché dans la mangeoire, autrement dit la venue d’un enfant-Dieu qui se donne, nourriture pour le salut de l’humanité. Un étonnement qui est aussi émerveillement[1] devant le mystère de l’incarnation, qui dépasse tout entendement.

Marie est dépositaire de cette révélation dont le sens ne sera pleinement manifesté qu’à la lumière de Pâques. Elle le retient pour l’avenir, en interprétant les événements dans son cœur. Ou encore dans sa vie intime, sa pensée, sa mémoire, ses sentiments, ses décisions.

Les bergers, des hommes rustres et qui ne jouissent d’aucune considération, ont vu de leurs yeux le mystère que l’ange leur avait annoncé, un nouveau-né couché et emmailloté dans une mangeoire.[2] Ainsi s’accomplit la parole de l’ange Gabriel : Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus.[3]

Historiquement, c’est aujourd’hui la commémoration de cet événement. Exactement huit jours après la naissance, l’enfant mâle était circoncis et recevait son nom, et donc sa personnalité. En l’occurrence, le nom de Jésus, qui veut dire Dieu sauve.

C’est important de dire que l’enfant a été circoncis. C’est un principe de réalité quant à son humanité. Jésus est un homme de chair et de sang, fils d’Israël selon la chair. Celui qui naît du sein de Marie est pleinement homme, comme il est pleinement Dieu. Le Verbe s’est fait chair.[4] Quand Dieu se fait homme, ce n’est pas l’apparence d’un homme, ce n’est pas qu’un corps d’homme, mais bien l’homme tout entier, corps et âme. Il est vraiment de notre nature humaine, un frère en humanité.

Parce que Marie est la mère de Jésus, aujourd’hui elle est honorée en tant que mère de Dieu. L’apôtre Paul dit sobrement que Dieu a envoyé son fils, il est né d’une femme.[5] Ou avec les mots de Luc : Toutes les générations m’appelleront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.[6]

Et de fait, depuis des temps reculés, Marie est honorée par l’Eglise sous le titre de Mère de Dieu,[7] que nous célébrons aujourd’hui. L’histoire de cette définition n’a cependant pas été simple et a été source de divisions entre chrétiens.[8]

Marie tient un rôle unique puisqu’elle a enfanté Dieu selon la chair. Mère de l’homme Jésus, elle est aussi mère de Dieu. Sa libre acceptation à la volonté de Dieu[9] a rendu possible l’incarnation. Marie a coopéré à l’œuvre de Dieu et notre humanité lui en est redevable. Sa détermination nous ouvre un chemin et nous apprend à aimer Dieu.

Durant cette nouvelle année qui commence, que Marie nous apprenne à garder, dans notre cœur, les signes discrets de la présence de Dieu dans nos vies. Que nous puissions faire mémoire de la merveille de ces signes et, avec les bergers, les annoncer pour la joie du monde.


[1] Certaines versions de l’évangile disent émerveillés plutôt que étonnés.

[2] Apparition de l’ange du Seigneur (autrement dit du Seigneur lui-même) aux bergers (Lc 2,12).

[3] Annonce à Marie (Lc 1,31).

[4] Prologue de l’évangile de Jean (Jn 1,14).

[5] Lettre aux Galates (Ga 4,4).

[6] Magnificat (Lc 1,48.49).

[7] Le terme grec est Theotokos, littéralement qui porte Dieu.

[8] Au 5° siècle, Nestorius, patriarche de Constantinople, a refusé à Marie le titre de Theotokos, lui préférant celui de Christotokos (qui porte le Christ). Il a été déposé de sa charge et exilé. Des Eglises orientales sont ainsi séparées depuis le concile d’Ephèse (431).

[9] Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit (Lc 1,38).