méditation pour le 26 septembre

voici la méditation d’Alexis pour ce mardi

Mettre la Parole de Dieu en pratique est la manière privilégiée de manifester sa foi. Mais le passage de la théorie à la pratique est difficile, il nécessite de délicats renoncements, des détachements douloureux. Et parfois de revisiter les priorités dans les rapports sociaux et familiaux.

Jésus relativise le lien familial en lui préférant le lien électif. Non pas qu’il veuille écarter l’importance des relations parentales, la famille reste chez lui le lieu privilégié de l’éducation à la foi. Mais parce que des rapports plus puissants se créent lorsqu’ils sont choisis librement.[1] Et que la vraie famille affirme plus son unité dans l’écoute et la pratique de la Parole de Dieu que dans des liens du sang qui parfois se distordent et divisent.

L’épisode de la vraie famille de Jésus est relaté par les évangiles synoptiques[2] avec des nuances propres. Tous situent le récit au cours du ministère en Galilée et en lien avec le discours parabolique de Jésus. Luc se singularise en le plaçant en conclusion de ce discours, de manière à en faire l’application concrète.

Jésus traverse la contrée en compagnie de disciples.[3] Il s’adresse aux foules en paraboles, qu’il explique ensuite aux disciples. Dans sa péroraison, il les met en garde : Faites donc attention à la manière dont vous écoutez.[4] L’accent est ainsi mis sur l’attitude de celui qui écoute la Parole de Dieu, la manière dont il l’applique dans la vie. L’enseignement de Jésus, ses paraboles, restent lettres mortes s’ils ne reflètent pas dans l’existence de ceux qui les écoutent, leur manière d’être et d’agir.

Dans ce contexte d’enseignement aux foules arrivent sa mère et ses frères[5] pour le rencontrer. Le motif de leur visite n’est pas précisé.[6] Peu importe sans doute, l’essentiel n’est pas de souligner les relations familiales, mais d’illustrer des comportements adéquats en réponse à la Parole de Dieu.

Ils se tiennent dehors, précise le texte. Le détail est intéressant à relever, même si Luc explique que la foule est trop dense que pour approcher Jésus. En dehors donc de l’endroit où se trouvent Jésus et ses disciples, hors du cercle de ceux qui le suivent. Cela signifie-t-il qu’ils ne sont pas des disciples ? Le récit ne le dit pas, mais la mère de Jésus n’interviendra plus dans la suite de l’évangile.

Dans la ligne de son enseignement, Jésus stipule qu’il faut écouter la Parole pour la mettre en pratique : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. Autrement dit, les liens spirituels qu’engendre l’écoute de sa Parole priment sur tout, même les liens familiaux. Les attaches familiales ne résistent pas toujours aux divisions de foi. Comme il le confirme ailleurs : On se divisera père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre belle-fille et belle fille contre belle-mère.[7]

Jésus ne cherche pas à déprécier la famille, mais à mettre en exergue les priorités de la foi. La véritable famille est celle qui manifeste par ses actes la volonté de Dieu, telle qu’elle est transmise par sa Parole. A la confession des lèvres doit correspondre celle de la vie concrète. Et lui constitue avec ses disciples une famille spirituelle dont l’unique origine est Dieu son Père.

Il reprendra plus tard ce point à propos de sa mère : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent.[8] Des propos qui ne constituent d’ailleurs pas une critique du manque de foi supposé de Marie. Luc la présente en effet comme l’icône de la croyante, proclamée bienheureuse parce qu’elle a cru qu’il y aura un accomplissement à ce qui lui a été dit [9] et qui médite dans son cœur tout ce qu’elle a vécu, qui retenait tous ces événements en en cherchant le sens.[10] Jésus veut plutôt, en contraste avec la maternité charnelle de Marie, proclamer la grandeur de la foi, qui surpasse toutes les attaches, même les plus incontestables et les plus sacrées.

L’évangile nous appelle aujourd’hui à nous déterminer en mettant notre foi en pratique. Non pas en rompant tout lien avec tout ce qui fait notre vie et nos rapports sociaux ou familiaux, cela le Christ ne le veut pas et ce n’est pas souhaitable. Mais en discernant nos priorités dans nos existences et en les accordant à la volonté de Dieu, en s’ajustant à lui dans une relation de respect et de fidélité.


[1] Il en est de même pour les liens du mariage : Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair (Gn 2,24 ; voir aussi Mt 19,5 par. ; 1 Co 6,16 ; Ep 5,31).

[2] Voir les récits parallèles en Mc 3,31-35 et Mt 12,46-50.

[3] Les Douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens (Lc 8,1b-3).

[4] La lumière pour tous (Lc 8,18).

[5] Le terme frères, dans la Bible et en Orient, peut désigner aussi bien des enfants d’une même mère que d’un même père, ou encore de proches parents (cousins maternels ou paternels).

[6] Pas plus que chez l’évangéliste Matthieu. Seul Marc précise dans sa version que sa parenté voulait s’emparer de lui, au motif qu’il avait perdu la tête (Jésus et Belzébul, Mc 3,21).

[7] Pourquoi Jésus est venu (Lc 12,53).

[8] Le vrai bonheur (Lc 11,28).

[9] Visite de Marie à Elisabeth (Lc 1,45).

[10] Naissance et circoncision de Jésus (Lc 2,19).

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