méditation pour la fête de Saint François et Sainte Claire

Ce dimanche, notre Up fête ses Saints Patrons, François et Claire. Nous aurons une seule célébration pour le We, dimanche 10h30 chapelle saint Donat. Alexis nous partage une belle homélie à cette occasion.

Notre[1] Unité Pastorale[2] s’est placée sous le patronage de François et Claire d’Assise. Notre souhait est ainsi, qu’au-delà des saints[3] qui président à leur destinée, nos paroisses soient fédérées par deux grands saints, un homme et une femme, qui fassent communion autour d’eux dans la symbolique des idéaux évangéliques qu’ils représentent.

François et Claire figurent peut-être, parmi la foule innombrable des saints qui ont marqué l’histoire de l’Eglise, ceux qui ont porté au plus haut la radicalité de l’Evangile. Avec eux, l’Eglise retrouve sa mission première, être pauvre parmi les pauvres, suivant le vieil adage ascétique médiéval : suivre nu le Christ nu.[4] Porter le souci des pauvres et des plus faibles est ainsi une priorité dans nos communautés.

Les existences de François et Claire respirent de cette communion dans la pauvreté et l’humilité. Epouser Dame Pauvreté signifie avant tout pour eux de suivre le Christ partout où il va, dans la confiance la plus absolue. A l’image de ce disciple anonyme qui s’engage en chemin et que Jésus met en garde de la précarité de sa situation : Le Fils de l’Homme n’a pas où poser la tête. S’engager donc à une errance perpétuelle en allant de place en place, sans savoir où s’abriter. Ainsi François, qui fut une nuit rejeté par ses frères à la porte d’un couvent de son ordre et qui rapporte que sa joie fut alors parfaite. Cette joie parfaite est celle qui succède à l’accablement et à l’affliction que vit le disciple lorsqu’il s’abandonne dans la communion à l’amour du Christ.[5]

François et Claire ont répondu à l’urgence de l’appel du Christ à le suivre et à annoncer le Règne de Dieu. Sans regarder en arrière et en laissant les morts enterrer leurs morts. Ils ont délaissé les liens familiaux les plus légitimes et les obligations les plus élémentaires qui faisaient obstacle à leur vocation. Ainsi François n’a pas hésité à se dépouiller sur la place publique de tout ce qui faisait son passé et se mettre nu devant son père pour s’en aller mener une vie d’ermite et mendier sa nourriture.[6] Une rupture sans adieu pour se mettre au service du Royaume de Dieu, rebâtir l’Eglise[7] et se consacrer à manifester la royauté permanente de Dieu sur le monde.

Même s’ils ont été rapidement reconnus et honorés,[8] François et Claire ont souvent été dérangeants et mal considérés par une Eglise compromise avec les puissants et les nantis. Sans pour autant condamner formellement la possession de biens,[9] ils en ont encouragé une répartition plus équitable. Les ordres mendiants[10] qui se revendiquent de leur mouvance et de leur spiritualité ont ainsi promu et organisé la miséricorde et la solidarité[11] envers les plus défavorisés et les plus faibles.

Par la réalité de leur pauvreté matérielle, leur souci d’une paix universelle,[12] leur fraternité envers toutes les créatures par leur qualité d’enfants d’un même Père,[13] François et Claire sont les modèles de disciples pour notre humanité. Leur rapport à la nature et à la création, très fort et vécu dans l’humilité de la démaîtrise, reste inspirant pour tous. Il ne doit cependant pas être idéalisé, ni donner lieu à des interprétations mièvres. Ainsi, quand François prêche pour les oiseaux, il le fait pour les exclus, puisqu’il s’adresse, dans un cimetière, à ceux qui le fréquentent.[14] Nos paysans de Haute Ardenne sont là pour en témoigner, si la nature est belle, elle est aussi très dure, parfois brutale et toujours une maîtresse exigeante. La travailler n’est jamais facile et demande beaucoup de sacrifices.

Se mettre à l’école de François et Claire signifie prendre à cœur le souci de toute la création, de notre planète et de ses habitants. Se mettre avec eux à la suite du Fils de l’Homme dans son dépouillement. Pour se consacrer à annoncer le Règne de Dieu à tout l’univers, avec une prévenance particulière pour les plus humbles, les pauvres, les exclus. Ne pas avoir peur de se compromettre, à l’image de notre maître, qui mangeait à la table des publicains et des prostituées.[15]


[1] Unité Pastorale Clochers de Lienne de Lierneux, dénomination officielle du diocèse de Liège.

[2] L’Unité Pastorale, dans le diocèse de liège, est l’entité issue du regroupement d’un certain nombre de paroisses. Elle couvre le plus souvent l’étendue d’une Commune.

[3] Saint Maurice (Arbrefontaine), Notre-Dame de l’Assomption (Bra, Trou-de-Bra), saint Monon (Jevigné), saint André (Lierneux), saint Isidore (Odrimont), sainte Walburge (Sart), saint Joseph (Verleumont).

[4] Il laissa tout pour suivre nu le Christ nu afin d’imiter celui qui n’avait pas où reposer la tête, car le désert aime les gens nus (saint Jérôme, lettre 14).

[5] Jusqu’ici, vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez, pour que votre joie soit parfaite (Jn 16,24).

[6] Il s’adresse en ces termes en 1206 à son père sur la place d’Assise : Jusqu’ici, je t’ai appelé père sur la terre ; désormais je peux dire : Notre Père qui êtes aux cieux, puisque c’est à lui que j’ai confié mon trésor et donné ma foi.

[7] Dans un premier temps, François s’était mépris sur la signification de cette mission de bâtisseur et avait entrepris de reconstruire des bâtiments d’église.

[8] François a été proclamé saint deux ans après sa mort, survenue en 1226.

[9] Comme l’ont fait par après certains groupes se réclamant d’eux qui confisquaient les biens des riches pour les redistribuer. Ainsi les disciples de Dolcino, dont Umberto Eco fait écho dans le nom de la Rose, qui ont été durement réprimés par l’Eglise.

[10] Dont font partie les franciscains, les dominicains, les jésuites et les servites de Marie.

[11] Dispensaires, hôpitaux.

[12] François se rend en 1219 auprès du sultan d’Egypte pour entamer un dialogue de paix.

[13] L’hymne de la création de François reste un modèle du genre, et un des premiers textes rédigés en italien.

[14] Les corbeaux et autres charognards. On est loin de l’imagerie pieuse.

[15] Germain Dufour, ofm Cap., correspondance personnelle, 2003.

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