méditation pour ce 3 octobre

merci à Alexis de nourrir notre chemin d’aujourd’hui avec cette méditation

Sommes-nous ceux que Jésus envoie aujourd’hui devant lui pour préparer ses chemins ? Des messagers allant de lieu en lieu au gré des circonstances. Ou sommes-nous de ceux qui refusent de les recevoir, au prétexte que leur destination trahit leur appartenance ? Méfiance et incompréhension, mais bien plus hostilité et volonté de punition, de destruction. Lorsque se profilent des événements dramatiques et qui vous dépassent, il est bien difficile de garder ses marques et de rester d’humbles messagers annonçant simplement la bonne nouvelle du salut.

Le départ de Jésus pour Jérusalem est un élément charnière de l’évangile de Luc. Jésus a jusqu’ici mené son ministère en Galilée, où il a rencontré un succès auprès des foules. Il prend maintenant la ferme et solennelle résolution[1] de monter vers Jérusalem[2], où va s’accomplir l’événement pascal. Désormais, il s’adressera moins aux foules pour réserver son enseignement aux disciples, qu’il souhaite préparer aux perspectives de sa mort et de sa résurrection. Il rencontrera de plus en plus d’obstacles et d’oppositions des autorités religieuses et le nombre de ses fidèles va progressivement s’éclaircir.

Jésus fonctionne dans l’urgence de sa Pâque qu’il pressent et est tendu vers l’avènement du Royaume qu’il est venu inaugurer. A deux reprises,[3] il a annoncé sa Passion à ses disciples, et il leur a montré sa gloire dans une préfiguration de la résurrection lors de la transfiguration sur la montagne.[4] Mais ceux-ci restent dans l’incompréhension totale des événements qui s’annoncent, qu’ils ne pourront saisir qu’à la lumière de la résurrection.[5]

Pour signifier la signification sacrée du voyage entrepris, Jésus envoie des messagers devant lui[6] pour préparer sa venue. Ils reçoivent mauvais accueil en Samarie, région traditionnellement hostile aux Juifs.[7] Devant cette déconvenue, la réaction des disciples se veut pour le moins radicale, puisqu’ils souhaitent voir anéantir leur village par le feu.[8] On est loin de l’enseignement de paix et d’amour de Jésus ! Ce qui leur vaut une sévère réprimande de ce dernier.[9]

La route de Jésus vers sa Passion se poursuit alors, entouré par des disciples qui vont rester jusqu’au bout dans l’incapacité complète de saisir la signification des événements, pas plus que la mission de rédemption[10] ou la personne de Jésus. Peut-être pensent-ils entamer une marche triomphale qui les mènerait à Jérusalem sans rencontrer aucune résistance, aucune souffrance ? Jésus n’est pas le Messie politique de leurs illusions qui viendrait restaurer la royauté en Israël et chasser l’occupant romain.

Et nous aujourd’hui, quel est notre état d’esprit lorsque nous entamons une montée vers Jérusalem, sur le chemin de notre vie ou en Eglise ? Sommes-nous accueillis et accueillants par égard à ceux qui ne partagent pas notre foi ? Quelles réactions avons-nous devant ceux qui nous sont hostiles ? Les foules ne s’intéressent plus guère à l’Eglise et le nombre des fidèles diminue. Il n’est plus maintenant pertinent de se comporter en Eglise triomphante face aux défis qui se présentent à nous. Ne perdons pas de vue l’essence de notre foi et de notre mission, annoncer le Christ, et le Christ ressuscité. La résurrection n’est vraie que dans la mesure où chaque être humain est debout, réveillé, rendu à la vie et à la dignité.


[1] Le texte dit littéralement qu’il durcit sa face pour prendre, comme le prophète Isaïe lorsqu’il est envoyé par le Seigneur (Is 50,7).

[2] Dans l’évangile de Luc, il y a une seule montée à Jérusalem. La signification en est  symbolique d’un mouvement de montée et de descente. La Parole de Dieu monte de Galilée à Jérusalem. Dans les Actes des Apôtres, écrits également par Luc, cette Parole de Dieu va redescendre de Jérusalem vers les nations païennes.

[3] Après que Pierre l’ait reconnu comme le Christ de Dieu (Lc 9,22) et après avoir guéri un enfant possédé (Lc 9,44-45).

[4] La transfiguration indique la gloire du Fils de Dieu (Lc 9,28-36).

[5] Mais ils ne comprenaient pas cette parole, elle leur restait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens ; et ils craignaient de l’interroger sur ce point. (Lc 9,45).

[6] Littéralement devant sa face. Cette expression est également une allusion au prophète Isaïe. Jésus s’identifie ainsi clairement au serviteur souffrant d’Isaïe.

[7] Les Juifs évitaient les rapports avec les Samaritains qu’ils haïssaient à cause de leurs origines bâtardes et leurs divergences religieuses (ne reconnaissaient que le Pentateuque comme seule Ecriture sacrée, en rejetant en particulier les écrits prophétiques).

[8] Le feu du ciel est le châtiment qu’Elie avait infligé à ses adversaires dans le conflit qui l’opposait à Akhazias, roi d’Israël : Que le feu descende du ciel et qu’il te dévore, toi et tes cinquante hommes ! Le feu descendit du ciel et le dévora, lui et ses cinquante hommes (2 R 1,10-12).

[9] Certains textes ajoutent : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour perdre la vie des hommes, mais pour les sauver.

[10] Que Jésus ne cesse pourtant d’annoncer tout au long de son parcours : En effet, le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19,10).

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