méditation de ce 12 septembre

Jésus appelle ses disciples de manières différentes. Certains le suivent de manière anonyme et souvent superficielle, ils forment une foule de petites gens pour la plupart, animés de motivations diverses mais en recherche de quelqu’un qui soit un appui, qui nourrisse leur appétit de miséricorde et de guérison. Parmi eux se distinguent des femmes, plus actives, qui soutiennent par leur service concret sa mission et qui seront les seules à l’accompagner jusqu’au bout, jusqu’à la déréliction de la croix. D’autres encore ont reçu un appel spécifique de Jésus, en particulier les Douze, qui, en dépit de leurs incompréhensions, leurs lenteurs et leurs abandons, perpétueront son ministère de prière et de guérison.

Le choix des Douze apôtres et le ministère de guérison de Jésus auprès de la foule est mis en scène dans l’évangile de Luc juste avant le discours des Béatitudes.[1] Sans doute le Christ veut-il préparer ses plus proches disciples, et nous qui sommes appelés à leur succéder, à pratiquer ce qu’il fait et enseigne pour vivre en bienheureux le service du frère dans le quotidien et la prière.

Jésus parcourt la Galilée au départ de Capharnaüm avec ses disciples, où il enseigne les foules et opère plusieurs guérisons[2] en suscitant l’étonnement et la crainte dans la population. Son comportement[3], en particulier son rapport au sabbat ou encore les relations qu’il entretient avec les personnes qualifiées de pécheresses[4], entraîne déjà les premières polémiques avec les autorités religieuses juives.[5]

Avant toute chose, Jésus prie. Le fait est souvent souligné par l’évangéliste, ce qui indique l’importance qu’y accorde Jésus. La prière est pour lui le moment privilégié de solitude, de ressourcement, surtout d’intimité avec son Père. Jésus ne prie pas n’importe où, il se retire sur la montagne, par excellence lieu de désert, d’isolement, de rencontre avec soi-même et avec Dieu. En l’occurrence, la prière de Jésus souligne l’importance du choix des Douze.

Après avoir prié toute la nuit, Jésus procède au choix des Douze parmi les disciples, auxquels il donna le nom d’apôtres. Autrement dit, il établit une relation privilégiée avec douze de ceux qui le suivaient, et dont il avait déjà appelés certains[6], pour leur confier la mission de porter son message de salut en leur qualité de missionnaires, d’envoyés.[7] Luc réserve le nom d’apôtres aux Douze[8], un chiffre dont la signification emblématique puisqu’il symbolise la plénitude.[9]

Le choix des Douze fait penser aux généalogies dont est friande la Bible hébraïque et diffère des récits de vocation qui mettent l’accent sur l’appel de Dieu et la réponse de celui qui est élu. Une énumération de noms qui indique l’importance de savoir d’où on vient concrètement et à qui on est relié. Dans cette liste figure en premier lieu Simon-Pierre, le responsable du groupe et qui reçoit un nouveau nom pour une destinée nouvelle. Ensuite son frère André, le premier appelé. Le catalogue des apôtres comprend deux évangélistes, Jean et Matthieu. Mais aussi Judas Iscarioth, celui qui trahit. Peut-être Jésus avait-il pressenti cette forfaiture, et l’évangile indique-t-il que la trahison fait partie de la vie ?

Jésus rencontre une grande foule de partout, tant de Judée que du littoral païen, et donc rassemble la multitude des peuples, sa mission est universelle. Il est descendu de la montagne dans la plaine.[10] Il vient rejoindre les gens non dans un endroit privilégié, mais dans leur vie quotidienne, dans leur lieu habituel d’existence. Le ministère de Jésus se nourrit d’enseignements, de guérisons et d’exorcismes. Il manifeste avec force la puissance de Dieu à l’œuvre dans le monde et dans la vie des gens.

Aujourd’hui, le Christ vient nous rejoindre dans le quotidien de nos existences. Nous nous situons plus souvent dans la plaine qu’au sommet, mais peu importe, puisque Jésus est également présent dans nos difficultés, dans les situations ordinaires, les plus banales. Il nous engage, à sa suite, à consacrer du temps à la prière, pour nous préparer à affronter les moments importants de notre vie, à trouver des lieux ou des moments où s’isoler pour rencontrer Dieu. Il nous appelle, comme les Douze, pour le service du prochain. Il nous confère la puissance de consoler nos sœurs et frères, de les guérir, d’exorciser le mal qui est en nous et autour de nous. Bienheureux serons-nous si nous vivons son appel !  


[1] Discours dans la plaine : Les heureux et les malheureux (Lc 6,20-26).

[2] Purification d’un lépreux (Lc 5,12-16) ; Guérison d’un paralysé (Lc 5,17-26).

[3] Les épis arrachés le jour de sabbat (Lc 6,1-5) ; Guérison d’un homme à la main paralysée, le jour du sabbat (Lc 6,6-11).

[4] Vocation de Lévi et appel des pécheurs (Lc 5,27-33).

[5] Question sur le jeûne (Lc 5,32-35) ; Le vieux et le neuf (Lc 5,36-39).

[6] Simon-Pierre, Jean et Jacques (Lc 5,1-11), Lévi (Lc 5,27-32).

[7] Le grec apostolos se traduit par envoyé, missionnaire.

[8] Contrairement à Paul, pour qui le nom d’apôtres n’est pas réservé aux Douze (il est lui-même apôtre).

[9] Le chiffre douze apparaît dans de nombreuses cultures : les douze travaux d’Hercule, les douze divinités olympiennes, les douze Titans. Il est utilisé en astrologie : les douze constellations du Zodiaque. De même il est courant dans les religions juive et chrétienne : les douze tribus d’Israël, la Jérusalem céleste a douze portes et son rempart fait 144 (12×12) coudées, les 144.000 élus de l’Apocalypse (12x12X1OOO, soit le chiffre de la multitude). Douze (4×3) signifie l’accomplissement du créé (4) dans l’incréé divin (3).

[10] Le discours des Béatitudes, chez Luc, est un discours dans la plaine, contrairement à l’évangile de Matthieu, qui présente le discours sur la montagne. L’évangile de Luc ne comporte ainsi qu’une unique montée vers Jérusalem. La dynamique de son œuvre représente la montée de la Parole de Dieu vers Jérusalem (dans l’évangile), qui est suivie d’une descente de cette Parole vers les nations païennes (dans les Actes des Apôtres).

méditation pour ce dimanche

merci à Alexis de nous partager cette belle médiation sur la parole de ce dimanche

A quel titre peut-on se mêler des affaires d’autrui, et même lui reprocher ses actes ? Les exhortations de Jésus concernant la vie en communauté paraissent bien éloignées des soucis et des mentalités de nos contemporains. Notre époque redécouvre pourtant, parfois tragiquement, que nous sommes tous liés les uns aux autres, et les crises qui se sont accumulées ont révélé à quel point l’individualisme mène à un cul-de-sac. Notre mode de vie exerce une influence décisive sur le fragile équilibre de notre société et de notre planète. Cela est particulièrement vrai en Eglise, où les chrétiens sont plus que jamais appelés à donner un témoignage solidaire de communion et de vie fraternelle.

Quel droit ou devoir d’ingérence avons-nous dans l’existence des autres ? Les Écritures suggèrent dans cette délicate matière des démarches ou des attitudes qui requièrent toutes une grande ouverture de cœur. Il en faut de la générosité pour être guetteur de la Parole au service de la communauté. Il en faut de l’amour fraternel pour accueillir la parole de qui nous remet en question. Il en faut de la confiance et de l’estime vis-à-vis de qui ose dénoncer les impasses dans lesquelles on s’engage.

Au devoir d’ingérence, certains opposent le droit à l’indifférence. Une volonté de ne pas se mêler de ce         qui ne nous regarde pas qui se fonde sur la liberté de l’autre, l’indifférence étant alors identifiée à la tolérance et l’ingérence à l’intrusion. Il est vrai que les motivations de s’ingérer dans la vie d’autrui sont parfois obscures ou inavouables et cachent des appétits de domination. Cependant, l’indifférence trahit souvent l’égoïsme, la peur du quand-dira-t-on, le repli sur soi, ou encore l’hostilité. À l’instar de Caïn qui provoquait Dieu en l’interrogeant : Suis-je le gardien de mon frère ? [1]

La démarche de la correction fraternelle de l’Évangile diffère de l’ingérence sur au moins le point de la collégialité. Ainsi, l’ingérence est une intervention unilatérale d’une personne ou d’un groupe auprès d’autrui, sans consultation ou avertissement préalable, au motif d’une raison jugée suffisamment grave. Au contraire, la correction fraternelle est un processus dialogique. Un dialogue en vérité s’établit entre les personnes, qui suppose écoute et empathie, et qui laisse toujours une porte ouverte à la conversion.

La question essentielle est l’ouverture à la vie. Ouvrir les yeux, se soucier du comportement de l’autre, ouvrir des oreilles, accueillir une parole qui remet en mouvement, s’investir en Église dans une démarche patiente et progressive, toujours laisser à l’autre l’occasion de se ressaisir, de redémarrer dans la vie.

Agir envers l’autre comme Dieu le fait avec nous. Le Seigneur est bienveillant et miséricordieux, lent à la colère et plein de fidélité, chante le psalmiste.[2] Il ne se ménage pas, il n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.[3] Face aux situations mortifères auxquelles nous sommes confrontés, nous devons imiter la patience de Dieu qui nous rejoint là où nous sommes et qui chemine pas à pas avec nous.

Celui qui se risque à la correction fraternelle n’agit pas en son nom propre, mais dans la force de l’Esprit reçu en Église. C’est donc ainsi Dieu qui est à l’œuvre. Se placer ensemble sous le regard de Dieu pour lui demander la lumière pour discerner les offenses et les conflits, c’est laisser Dieu nous pénétrer. Alors, nous pouvons regarder toute personne comme une sœur ou un frère pour qui le Christ a donné sa vie. Et notre démarche devient porteuse de vie.

Aujourd’hui, Dieu nous invite à faire entrer sa Parole en résonance avec notre histoire personnelle, mais aussi avec celle de nos sœurs et frères, dans nos communautés. Jésus nous en montre l’exemple. Quand il mange avec les publicains et les pêcheurs, qu’il pardonne à la femme adultère, l’amour fait le premier pas. Dieu a déposé sur nos lèvres la parole de réconciliation. Une chose nous est demandée, témoigner de l’amour du Père. Dénoncer ce qui conduit à la mort, c’est nous vouloir vivants !


[1] Caïn et Abel (Gn 4,9).

[2] Psaume 145 (144),8.

[3] L’entretien avec Nicodème (Jn 3,17).

méditation pour le 21eme dimanche ordinaire

voici la médiation d’Alexis pour ce dimanche

Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? La question de Jésus n’a pas fini de résonner dans le monde. C’est la question de départ de la foi. Toute proclamation de l’Évangile ouvre nécessairement le débat de fond : qui est Jésus ? Ses contemporains avaient bien compris le caractère prophétique de son témoignage. Mais la véritable compréhension n’a pu se développer qu’après sa mort et sa résurrection.

Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. La réponse de Simon-Pierre à Césarée de Philippe relève de cette foi pascale qui donne la clé du Royaume des Cieux. À celui qui proclame cette foi s’ouvre un monde nouveau. Il peut être délivré des liens de mort et d’anéantissement qui entravent sa liberté. Même s’il peut douter ou rechuter, les forces de mal et de destruction ne peuvent plus l’atteindre définitivement.

À la question de Jésus sur lui-même, il est souvent plus facile de se dérober en lui donnant une réponse convenue. Plus aisé de manipuler des idées abstraites, qui n’engagent pas, d’évoquer des devoirs, des interdits moraux. De limiter la foi en une affaire de préceptes, d’adhésion intellectuelle, de doctrine.

Mais ce n’est pas cela que Jésus attend, il réclame une rencontre avec lui. Une relation personnelle, de cœur à cœur. Il ne s’agit pas de s’abriter derrière une opinion, mais de s’engager concrètement avec lui dans la confiance et la fidélité. Placer sa foi en un Dieu qui est le roc fidèle sur qui on peut s’appuyer, s’abandonner à lui, se laisser nourrir de sa Parole. Il pose la question à tous et à chacun en particulier et demande une réponse personnelle. Parce que croire est toujours une amitié singulière.

Si la rencontre avec Jésus est intime, elle exclut toujours l’individualisme. Consentir à lui par la foi nous fait entrer dans le peuple des croyants, devenir membre du Corps du Christ. Par nature, la foi chrétienne est communautaire. La confrontation concerne autant la relation à Jésus que celle aux autres croyants. Elle est communion de l’être humain avec le Christ et avec ses sœurs et frères dans le Christ.

Pareille relation-communion ne saurait résulter d’une intuition humaine, encore moins d’efforts de notre seule volonté à tendre vers le spirituel. Elle est toute entière grâce, don gratuit, illumination venue d’En-Haut, à recevoir avec humilité et gratitude. Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Répondre à la question de Jésus, c’est s’engager d’être entraîné par ce Dieu qui se donne tout entier et de s’ouvrir à la gratuité de cette relation d’amour dans l’altérité des enfants d’un même Père.

Heureux sommes-nous, avec Simon fils de Yonas, quand nous acceptons ce don d’amour. Lorsque, avec lui, nous devenons pierre sur laquelle les autres peuvent s’appuyer : Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église. Tous nous sommes appelés à devenir, avec Pierre, des pierres vivantes de cet édifice. L’Église se bâtit tous les jours à partir de nous. Et avec Pierre, nous recevons les clés du royaume.

Heureux sommes-nous, avec Pierre, quand nous trouvons en Jésus le sens de notre existence. Lorsque notre foi nous mène dans la joie du pardon vers nos sœurs et frères pour les délier du mal, pour les lier les uns aux autres, pour que recule la haine, pour que progresse la solidarité et que triomphe la vie.

Heureux sommes-nous de vivre de la foi de Pierre. Il a tenue secrète la révélation de l’identité du Christ, prématurée avant l’achèvement de la mission de Jésus par sa mort et sa résurrection, pour ne la rendre manifeste qu’à la lumière de Pâques. Pour nous qui, à sa suite, témoignons du mystère enfin dévoilé au monde dans toute sa signification.

Aujourd’hui, avec Simon-Pierre, nous prenons conscience de la foi comme acte essentiel qui nous sauve et sauve le monde. Nous nous découvrons aussi comme don du Christ au monde. Car l’appel qui suscite en nous la foi nous conduit vers les femmes et les hommes de ce temps afin de prolonger dans l’histoire humaine les fruits de la Pâque du Ressuscité.