commentaire de ce 7 04 2020

Les temps qui annoncent la Passion et la Résurrection du Christ voient graviter autour de lui toute une série de personnages avec qui il avait lié amitié. Les apôtres bien sûr, avec Pierre, Jean, Judas, mais aussi d’autres amis très chers, Lazare et ses sœurs, Marthe et Marie. Des relations qui parfois tournent mal, qui sont trahies ou reniées, comme le sont quelquefois les amitiés humaines.

Ces rapports qu’entretient Jésus avec ses proches peuvent être pour nous aujourd’hui l’occasion de nous interroger sur notre sens de l’amitié, sur nos fidélités ou nos infidélités. Nos esprits et nos cœurs ne sont-ils pas parfois traversés, telle une fracture, par des pulsions de trahison ou de reniement ? Tenons-nous la longueur dans nos relations aux autres, ne sommes-nous pas tentés de les abandonner quand ils nous déçoivent ou que nous ne les comprenons plus ?

Tout au cours de son existence, Jésus avait entretenu une relation singulière avec chacun de ses amis et avait marqué particulièrement cette convivialité à table. Partager son repas avec quelqu’un signifie bien plus que simplement se nourrir. Rompre le pain est un acte très intime, qui marque un rapport de proximité avec les personnes, une relation de compagnonnage.

Le repas que Jésus partage aujourd’hui avec ses plus proches disciples avant la fête de la Pâque revêt une dimension spéciale. Il vient de leur laver les pieds, tâche humiliante que l’on ne pouvait exiger d’un esclave juif, pour leur signifier que l’amour véritable se traduit dans l’humilité du service. Il leur annonce maintenant son prochain retour vers le Père, de même que la trahison de l’un des siens : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Jésus n’hésite pas à donner son pain à celui qui va le trahir, pas plus qu’il n’a refusé à lui laver les pieds. Il aime tous les hommes sans exception, malgré leurs faiblesses ou leurs impostures.

Les disciples qui évoluent autour de Jésus – celui qu’il aimait, Judas Iscariote, Simon-Pierre – sont bien représentatifs de notre humanité Ils nous interpellent sur nos propres comportements, sur nos loyautés, nos fidélités et nos constances. Ils pointent nos incompréhensions, nos méprises, nos mesquineries.

Le disciple que Jésus aimait, tout d’abord. La tradition l’a, depuis toujours, identifié à Jean, l’auteur de l’évangile. C’est très probablement vrai, mais il est permis de s’interroger. Parce que, dans l’évangile, les seuls disciples dont il est dit explicitement que Jésus les aimait sont Lazare et ses sœurs. Tous trois jouent un rôle significatif. Lazare était très cher au cœur de Jésus, et il l’a ressuscité. Marthe a signalé son amour pour Jésus en le servant à table, et elle reste l’icône du service. Marie a versé sur Jésus une livre d’un parfum rare, préfiguration de son ensevelissement. Tous trois, comme celui qui s’est penché sur son cœur, étaient aimés de Jésus. Mais on peut élargir encore la perspective en pensant que Jésus aimait tous ses disciples, comme il nous aime tous. Ainsi, chacun de nous n’est-il pas lui-même le disciple aimé de Jésus ? Chacun de nous est invité à se pencher sur la poitrine de Jésus chaque fois qu’il nous invite à partager l’intimité de son repas.

Judas l’Iscariote, ensuite. Il est présenté comme le traître par excellence. Sa trahison est annoncée à plusieurs reprises et, pendant tout son compagnonnage, il a volé dans la caisse commune. Judas est un nationaliste religieux et, en se rapprochant de Jésus, il a sans doute vu en lui un Messie politique qui pouvait chasser les Romains et rétablir l’indépendance en Israël. Il s’est mépris sur sa personne et a cherché à l’approprier à sa cause. L’évangile le montre vénal, car il livre Jésus aux autorités juives pour de l’argent. Il est voué aux ténèbres. Mais sa trahison conduit à la désespérance et à la mort. Mourra-t-il pendu, ou répandant ses entrailles en terre acquise par le prix de sa trahison ?

Simon-Pierre, enfin. Il est le seul disciple à avoir reconnu Jésus pour qui il était en lui disant : « Toi tu es le saint de Dieu. » Mais a-t-il toujours compris ce que cela signifiait ? Aujourd’hui encore, il se méprend sur les paroles de Jésus à propos de sa glorification. Et il manque de détermination pour aller au bout de ses engagements, son courage faiblit dans l’adversité. Ainsi va-t-il renier Jésus par trois fois. Mais trois fois il sera réconcilié et se verra confier de paître le troupeau. Son reniement ne conduit pas à la mort, car il reconnaît le Fils de Dieu et sera réconcilié avec lui.

Jésus nous aime malgré nos défaillances et nos chutes. Même si parfois nous le trahissons ou nous le renions, un chemin de vie nous reste ouvert, une réconciliation demeure toujours possible pourvu que nous le reconnaissions pour ce qu’il est, le Fils de Dieu, comme le fait Pierre, et que nous ne cherchions pas à l’instrumentaliser à notre profit, à nous l’approprier à nos propres causes, comme le tente Judas. Que cette espérance nous accompagne dans notre route vers Pâques.  

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