méditation pour le cinquième dimanche de carême

Dans la démarche de conversion que signifie le Carême, ce dimanche marque une première approche de la Passion. Le temps s’accélère pour Jésus. Les autorités religieuses juives cherchent une opportunité pour se saisir de lui. Les événements vont désormais se précipiter depuis son arrivée devant Jérusalem à l’occasion de la Pâque juive, où la foule de ses disciples lui a rendu un témoignage triomphal.

Dans cette mouvance, Jésus prend-il réellement en compte la démarche des grecs[1] montés pour adorer à l’occasion de la fête et qui désiraient le voir ? Leur demande est pourtant relayée par Philippe et André, qui figuraient parmi les premiers appelés. Lors de leur vocation, quand ils avaient demandé à Jésus où il demeurait, il avait répondu «Venez et vous verrez»[2]. Cette démarche est-elle encore d’actualité ?

Comme souvent avec Jésus, la réponse est en décalage avec la demande. A ceux qui veulent maintenant le voir, il oppose que l’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié. Une heure dont il avait dit jadis à Cana qu’elle n’était pas encore venue.[3] Une heure mystérieuse et qui couvre pour ses disciples des attentes multiples et contradictoires, comme restaurer une création nouvelle, mais aussi triompher de tous ses ennemis ou rétablir un pouvoir politique en Israël.

Cette heure est d’abord celle de la mort sur la croix et de la résurrection. L’heure qui vient pour Jésus est celle de la lucidité qui lui fait dépasser l’obscurité de l’instant présent et lui rappeler ce pourquoi il est venu. Il y a chez lui à la fois de cette humanité qui le rend proche de nous, mais aussi la haute conscience de sa mission, du chemin de vie et de liberté qu’il trace pour les êtres humains.

Pareille fidélité à soi-même et à son devoir d’état est loin d’être naturelle, surtout dans les moments pénibles, devant les difficultés. Ce qui est spontané serait plutôt de tenter de fuir l’adversité en adoptant une attitude d’évitement, de manière à contourner l’épreuve. Pour faire face et affronter, il faut cette force d’âme qui tient en même temps de l’humilité et de la confiance de Jésus en un Père sur qui il peut s’appuyer, en qui il s’abandonne et de qui il se nourrit.

Un renoncement de soi[4] qui le porte au don d’amour total. Il nous révèle un Dieu qui aime jusqu’à l’extrême, qui va jusqu’à sacrifier sa vie pour que l’être humain vive, un Dieu qui meurt d’amour. Pareil amour fait fructifier la vie en l’être humain. Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Il faut voir s’anéantir la semence et germer la graine pour que mûrisse le fruit. La mort du grain de blé est promesse de résurrection.

Pareille révélation du cœur de Dieu est aussi révélation de l’essentiel de l’être humain. L’être humain est un être de relation, il n’est pas fait pour lui-même, mais pour l’autre. Il ne peut s’épanouir que dans l’amour, le dépassement et le don de soi. Comme le grain de blé, il est appelé à mourir à lui-même pour fructifier en moisson nouvelle. Celui qui refuse cette mort se condamne à la stérilité. Car celui qui aime sa vie la perd. Voilà une vérité évidente pour qui aime vraiment.

La véritable mort n’est pas la mort physique, mais plutôt le refus d’aimer, le repli égoïste sur soi-même. La recherche effrénée de la satisfaction de ses instincts personnels est la route la plus sûre pour rater sa vie. Une vie réussie est une vie donnée, ouverte aux autres et à Dieu. Tel est le secret du grain de blé, secret de Dieu et secret de l’être humain.


[1] Des hommes de culture grecque, sympathisants ou peut-être prosélytes, qui venaient à Jérusalem pour participer au pèlerinage pascal.

[2] Jn 1,29 : Appel des premiers disciples.

[3] Jn 2,4 : Les noces de Cana.

[4] Une attitude qui suppose le renoncement au pouvoir, le consentement à la souffrance, l’acceptation à la dépendance, ce que Paul appelle une kénose (Ph 2,6-11) et qui ne peut se comprendre que dans la contemplation et l’humilité de la foi.

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