Jésus avait rassasié cinq mille hommes, et ses disciples l’avaient vu marcher sur la mer. Le lendemain, la foule restée sur l’autre rive se rendit compte qu’il n’y avait eu là qu’une seule barque, et que Jésus n’y était pas monté avec ses disciples, qui étaient partis sans lui. Cependant, d’autres barques, venant de Tibériade, étaient arrivées près de l’endroit où l’on avait mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâce. Quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »
Nous recherchons tous et toutes le bonheur. Mais Jésus nous rappelle que nous avons toujours un choix à faire.
Nous pourrions rechercher un bonheur pour ce monde qui passe. Nous serions comme ceux qui ont Suivi Jésus après la multiplication des pains non par conversion mais parce que ce Jésus a nourri leur estomac. Ils sont heureux d’avoir mangé à leur faim. Mais une telle recherche de bonheur ne nous laisserait elle pas un gout de trop peu. S’ils rejoignent jésus, c’est peut être qu’ils ont à nouveau faim et veulent que jésus nourrisse à nouveau leur estomac. Ils ont choisi un chemin de bonheur, mais ne seront pas comblés pour bien longtemps.
Les témoins du ressuscité dont nous entendons le témoignage choisissent un autre chemin de bonheur. Nous le voyons encore avec Saint Etienne aujourd’hui, lui qui était rempli de la grâce et de la puissance de Dieu. Le bonheur qu’il recherche, dont il témoigne, est un bonheur entier qui le comble de joie. Il déborde tant de joie que son visage semble celui d’un ange. Etienne, ainsi que tous les témoins du ressuscité trouvent essentiel de rechercher un bonheur durable et réel. Ils suivent les paroles de Jésus lui-même : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » ; c’est cette nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle qui nourrit la vie des témoins, qui peut nous nourrir aujourd’hui.
Entre ces deux chemins de bonheur, le choix n’est pas simple à faire, mais en ce temps de paques, nous vivons ce temps des témoins. Les témoins pour aujourd’hui, c’est chacune et chacun d’entre nous, avec ses forces et ses faiblesses. Travaillons pour la nourriture qui demeure jusqu’à la vie éternelle.
Alexis nous partage comme chaque dimanche un commentaire de l’évangile.
Christ est ressuscité ! Aujourd’hui comme au soir de Pâques, l’inouï de la Résurrection pose question. Difficile de percevoir la victoire de la vie sur la mort dans le supplice infâmant de la croix. La fin de Jésus a toute l’apparence d’une débâcle. Maints disciples se sont dispersés, quittant Jérusalem le cœur amer et l’esprit désemparé, pour rentrer chez eux et reprendre le cours de leur vie antérieure.
Ils avaient pourtant cru avec la force de toute leur espérance à ce Messie de Dieu. Sans doute n’avaient-ils pas compris qui il était vraiment, préférant penser qu’il serait le libérateur d’Israël. Jésus leur avait pourtant annoncé à plusieurs reprises sa Passion et sa mort. Mais ils n’avaient pu se résoudre à cette perspective. On fait souvent la sourde oreille quand on entend ce qui ne plait pas.
Qui étaient-ils ces deux disciples anonymes sur la route d’Emmaüs ? Sans doute avaient-ils accompagné Jésus à Jérusalem. Peut-être même à la croix, puisqu’un évangile y cite la présence de Marie femme de Cléophas (Jn 19,25). Peut-être est-ce le couple qui s’en retourne chez lui dans le désenchantement ? Mais ne nous représente-il pas tous, qui parfois cheminons désabusés et en deuil de nos illusions ?
Peu importe finalement, puisque Jésus les rejoint et marche avec eux. Leur aveuglement est profond et leurs propos désillusionnés. Ce qu’ils débitent d’une voix éteinte, ce sont pourtant nos préceptes fondateurs. Ils ont en main tous les éléments pour comprendre. Mais le visage est morne et il y manque la flamme de l’espérance. À nous aussi parfois, cette lueur fait défaut malgré nos professions de foi.
Dans pareil état d’esprit et de découragement, comment prêter foi aux déclarations de quelques femmes exaltées qui n’ont pas trouvé le corps au tombeau et y ont eu des visions assurant qu’il est vivant ? Ou encore du témoignage de compagnons corroborant les faits, mais qui ne l’ont pas vu ? Nous avons aussi tendance à écarter les affirmations de foi quand l’accablement ou la déception incitent à ne pas croire.
Aux disciples désappointés, Jésus explique par le détail la signification des événements, reprenant, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Les textes bibliques nous transmettent la Parole où nous pouvons découvrir la fidélité et l’amour de Dieu pour les siens. Ainsi, nous sommes mis devant l’attachement opiniâtre de Dieu pour l’humanité. Ouvrons dès lors, non seulement nos yeux, mais surtout nos cœurs pour qu’ils deviennent tout brûlants à l’écoute de cette Parole qui réchauffe et transforme.
Jésus se donne à reconnaître à la fraction du pain. Que de chemins, par le monde, sur lesquels marchent des hommes qui ont perdu l’espoir. Que de rêves et d’attentes déçus. La présence, les paroles peuvent aider, réchauffer les cœurs, mais ils ne suffisent pas à ranimer l’espérance. Seul le partage peut faire resurgir la vie et le goût de vivre. Le partage de la Parole et du pain fait communier au Corps du Christ.
À l’instant même, ils se levèrent. Se lever, le verbe de la résurrection. Désormais les disciples d’Emmaüs sont remis debout, ils retournent en hâte à Jérusalem porter témoignage à leurs frères. Comme eux, nous sommes rejoints par le Christ sur le chemin de nos doutes dans le partage du pain de sa Parole. Il vient dans le quotidien de notre vie et marche avec nous. Aujourd’hui, il nous relève, il nous ressuscite.