méditation pour le 7eme dimanche de paques

Merci à Alexis de cette méditation dominicale

Entre Ascension et Pentecôte, nous vivons d’une promesse. Nous sommes conviés à porter l’espérance du monde en priant le Père de donner son Esprit. Une prière d’attente confiante qui témoigne de notre engagement dans l’œuvre du Fils. La prière de Jésus, du Christ glorifié, prière sacerdotale toujours actuelle, dans laquelle nous sommes appelés à entrer, car toute prière chrétienne se vit par lui, avec lui et en lui. Une prière qui nous fait participer à la relation d’amour de Jésus à son Père.

L’heure est venue de la gloire du Christ, qui est manifestée par sa Passion et sa Résurrection. La gloire est souvent synonyme d’honneur, de reconnaissance de la vie ou des mérites de quelqu’un, avec parfois une connotation de puissance. Pour Jésus,[1] glorifier signifie concrètement peser, être pesant, s’endurcir, s’appesantir. La gloire dit le poids d’une personne, la densité de sa présence, son retentissement, son influence dans nos vies. Quelle importance prend Dieu pour nous dans le quotidien de nos existences ?

Quand Jésus prie « Père, glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie », il lui dit peut-être « Resplendis en moi, que l’on te reconnaisse en moi, et je serai le reflet de ta splendeur. » Une prière que nous pouvons faire nôtre. En donnant notre confiance au Fils, nous nous associons à lui dans sa communion avec le Père, et nous participons au jaillissement de vie qu’est l’amour de Dieu.

Jésus en appelle à connaître le Père en connaissant le Fils. Une connaissance qui relève de l’expérience de vie et de la fréquentation concrète plutôt que d’un savoir abstrait et théorique. Connaître rend alors compte d’une rencontre intime avec quelqu’un. Ainsi, quand on rencontre l’amour, on expérimente la profondeur du rapport à l’autre dans la joie des commencements. Connaître Dieu n’a rien à voir avec une théologie, un discours sur sa nature, mais signifie une rencontre avec lui au plus intérieur de nous-mêmes. Une découverte de Dieu dans la profondeur de la vie. Là réside déjà la vie éternelle.

Quand on évoque la vie éternelle, on la limite souvent à la vie dans l’au-delà. S’il est vrai que l’éternité est promise après la mort, elle concerne tout autant notre aujourd’hui. La vie éternelle est d’abord la plénitude de la vie en Dieu, notre participation à la vie de Dieu, qui commence dès maintenant. Elle est le surgissement du temps de Dieu dans le temps de l’homme. D’aucuns y voient même l’assurance du bonheur terrestre et de la prospérité.[2] L’éternité commence ici-bas quand nous collaborons à la venue et à la croissance du Royaume de Dieu par des œuvres d’amour, de solidarité et de paix.

Jésus s’adresse à son Père pour ses disciples. Ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donné. Il fait la distinction entre ceux qui ont cru en lui et ceux qui lui font obstacle. Non dans l’intention de rejeter, mais parce que l’amour ne peut s’imposer. Ceux qui ont gardé fidèlement la parole restent dans le monde, mais différents, parce qu’ils ont été transformés par cette parole. En eux va briller désormais pour tous la gloire et l’amour infini de Dieu.

Une lumière qui nous est confiée. Nous qui vivons cet entretemps de l’Ascension et de la Pentecôte et qui attendons la flamme de l’Esprit. Nous qui prions pour accueillir le don de Dieu. Il y a un temps pour chaque chose, un temps pour prier et un temps pour agir. La prière ne dispense pas de l’action. L’action ne remplace pas la prière. La prière éclaire et accompagne l’action du chrétien envoyé dans le monde.


[1] L’hébreu, et Jésus pensait et agissait en juif, est une langue essentiellement concrète et qui manie peu les abstractions.

[2] Ce que les néo-pentecôtistes appellent l’évangile de la prospérité, mais qui trouve déjà un écho dans l’Ancien Testament.

méditation sur la parole de ce mardi 16 mai

Vivre l’absence dans l’espérance et la joie des dons de l’Esprit. Voilà tout l’enjeu du retour du Christ vers le Père. Son départ dégage pour un disciple un espace de vie nouvelle où pourra s’épanouir une relation à Dieu différente, faite non plus de proximité immédiate, mais spirituelle. Tous nous avons à apprendre à grandir en autonomie en vivant davantage de l’Esprit.

L’Esprit est à l’œuvre aujourd’hui dans son Eglise. Le Christ a promis à ses disciples d’envoyer un autre Défenseur, le Paraclet,[1] faire la vérité dans le monde en matière de péché, de justice et de jugement. L’Esprit les accompagnera dans les temps qui viennent et les conduira dans toutes les difficultés futures à la lumière de la parole de Jésus.

L’heure est désormais venue pour Jésus de passer de ce monde au Père[2] et, dans l’entretien ultime qu’il a avec ses disciples, il leur annonce sa mort et sa résurrection. Les difficultés que la haine du monde suscitera contre Jésus et les siens sont de nature à mettre durement à l’épreuve la foi des disciples.[3]

La perspective du départ de Jésus suscite chez les disciples une tristesse qui étouffe toute autre pensée. Ils la surmonteront lorsqu’ils seront capables de poser sérieusement la question de la signification et du sens de ce départ. Pourtant, il est avantageux pour eux que Jésus s’en aille : seul son départ, l’élévation sur la croix, lui permettra de revenir, d’accompagner ses disciples par l’Esprit et de leur donner la vie.[4]

Le départ du Fils conditionne la venue de l’Esprit. La condamnation et l’exécution ignominieuse de Jésus devaient apparaître à ses contemporains comme la preuve de son imposture et de sa déchéance, et du même coup mettre en lumière le bon droit de ses ennemis et du monde. L’intervention de l’Esprit saint va renverser complètement la situation et déterminer le témoignage des disciples.[5] En manifestant que, par-delà la mort, Jésus a été glorifié par Dieu, il démontrera la justice de sa cause et attestera, de façon irréfutable, le péché du monde et la condamnation de celui qui le régissait.

L’enjeu de la venue de l’Esprit est de mettre en lumière le péché du monde, de démontrer définitivement la justice de Jésus et de juger le Mal qui domine le monde. Le péché tout d’abord, qui consiste avant tout le refus de donner sa foi à Jésus, dans le refus de la vérité qu’il apporte. La justice ensuite, car l’Esprit – qui vient parce que Jésus retourne chez son Père, avec pour effet que les disciples ne le verront plus – témoigne de l’innocence et du bon droit de Jésus, et donc aussi de la vérité de son enseignement. Le jugement enfin, car la victoire de Jésus implique nécessairement la défaite et la condamnation sans appel de ce qui régissait le monde.

Aujourd’hui, l’Esprit nous porte à notre tour à dénoncer le péché d’un monde qui refuse à prêter foi à autre chose que ce qui relève uniquement du matérialisme, de l’immédiat et du profit. Il nous soutient à déployer la justice du Christ dans nos manières de nous ajuster à lui et aux autres – particulièrement les plus petits – en suivant son enseignement. Il nous engage à pratiquer le jugement d’un Dieu qui toujours combat le Mal, pour faire triompher le Bien, la Vérité, l’Amour et la Paix.


[1] Moi je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours (Jn 14,16).

[2] C’est la dernière Pâque de Jésus (Jn 13,1) pendant laquelle il partage avec les siens la dernière Cène. Après leur avoir lavé les pieds, il leur adresse un ultime enseignement.

[3] Une allusion aux persécutions que subissent les premières communautés chrétiennes.

[4] Jésus a promis à ses disciples de leur préparer une place auprès du Père et d’ensuite les prendre avec lui auprès de celui-ci (Jn 13,2-3).

[5] Lorsqu’il viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi (Jn 15,26).

méditation du 6eme dimanche de paques

Le propre du chrétien, ce qui constitue l’essence de sa mission, est de témoigner partout de l’espérance qui l’habite. En traduisant l’amour de Dieu dans le concret de sa vie quotidienne. Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements, martèle Jésus. Il conjugue amour et commandement dans une alliance indéfectible qu’il noue avec celui qui l’accompagne.

Le Christ nous convie ainsi tous à un amour authentique, durable, actif. Garder ses commandements signifie pratiquer cet amour gratuit, charité, cet amour que Dieu nous porte et dont Jésus a été le témoin en aimant jusqu’au bout. Et dans le Christ, nous sommes rendus capables d’aimer à notre tour, malgré nos faiblesses. Un amour à vivre dans la communion avec le Père, le Fils et l’Esprit saint.

Dans un ultime entretien avec ses disciples après la Cène, Jésus leur promet un Défenseur, l’Esprit saint, pour les aider à progresser dans la connaissance et lui rendre témoignage. À ce moment où tout bascule pour lui, il s’adresse spécialement à ceux qui lui sont dévoués et qui l’ont accompagné jusqu’à Jérusalem. Il veut leur apporter un réconfort et un soutien dans les bouleversements qu’ils devront rencontrer.

Jusque-là, il avait été possible à tous et à chacun de l’aborder, de le voir vivre et évoluer dans le monde. Avec Pâques, ce temps est maintenant révolu. Avec sa mort et sa résurrection, tout rapport physique est aboli. Après son Ascension, le rapport au Christ devient spirituel, dans la communion de l’amour de Dieu. La relation se fait par un autre média, la méditation de sa Parole avec l’aide de l’Esprit saint.

C’est selon l’Esprit de vérité que l’on peut ainsi connaître Jésus. Or le monde ne peut le recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas. Ce qui est matériel est inapte à comprendre les réalités spirituelles. Seul un cœur aimant se révèle sensible aux réalités de l’Esprit. Dans l’amour de Dieu prend naissance le vent de Pentecôte. L’Esprit souffle dans l’abondance de ses dons sur ceux qui vivent de cet amour.

Le Seigneur de la vie promet la venue de l’Esprit saint. Ce don gratuit de l’Esprit nous rend capables de témoigner de l’espérance qui nous habite. Nous n’attestons pas de théories ni d’idées abstraites, mais seulement de notre foi. Une foi qui est rencontre avec une personne, le Christ Jésus, qui nous rassemble dans la communion à lui. Une foi qui se traduit en amour.

Si vous m’aimez, dit Jésus, et son Esprit nous procure le souffle pour vivre cet engagement qui nous transforme, puisque lui-même, le Défenseur, est amour mutuel du Père et du Fils, circulant en nous et répandu dans nos cœurs. Nous aimons Jésus, et le Père et son Fils nous aiment en retour, mais c’est l’Esprit qui nous donne d’aimer. Notre respiration est celle du cœur et du souffle de Dieu. Notre raison de vivre réside dans la fidélité au commandement d’amour du Seigneur.

Nous sommes appelés à témoigner avec respect, avec douceur, devant tous ceux qui nous demandent raison de notre foi. Et si les gens ne nous demandent rien, prenons bien garde que notre foi n’ait plus l’attrait et la provocation d’un grand amour. Le monde aujourd’hui est tolérant, c’est du moins ce qu’il prétend. Mais ce monde est triste car il confond tolérance et indifférence. Quelle joie à la tolérance sans être remplie d’une foi débordante ? Une foi se manifestant par des mots simples, Christ est ressuscité, il est vivant ! Des mots répétés dans la paix d’une conscience droite.

Notre Dieu se dévoile à nous dans une relation de confiance. L’amour est une dimension essentielle de cette relation. Amour de Dieu et amour du prochain. Ne négligeons pas d’aimer notre frère, sous peine de pervertir notre relation à Dieu lui-même. Le temps de Pâques est un temps privilégié pour découvrir de quel amour Dieu nous aime et à quel amour nous sommes appelés.