On célébrait la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! » Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage. Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »
La question de l’identité de Jésus apparaît dans la tension du dialogue qu’il entretient aujourd’hui avec les juifs dans le temple de Jérusalem. Ces derniers le mettent en demeure de déclarer ouvertement une bonne fois pour toute s’il est le Messie.
Leur interrogation peut surprendre, car les enseignements de Jésus ne laissent pas de doute à cet égard. Dans sa controverse avec les pharisiens, dans la parabole du berger, il s’est montré à reconnaître à la porte des brebis, donc à celui qui donne accès aux réalités célestes et au bon berger qui donne sa vie pour son troupeau. Pas moins de cinq fois, il s’est identifié à « Moi Je suis », au nom de Dieu révélé à Moïse sur la montagne de l’Horeb, expression par laquelle Jésus révèle sa divinité et sa mission.
La réponse de Jésus, teintée d’ironie, ne fait que répéter ce qu’il a déjà manifesté. L’incompréhension de ses interlocuteurs du véritable sens de sa mission provient de leur manque de foi. Ils ne peuvent saisir le témoignage des œuvres qu’il accomplit au nom du Père parce qu’ils ne sont pas de son troupeau.
Seules ses brebis savent reconnaître Jésus. Et parce qu’elles sont siennes, elles ont accès à la protection absolue qu’il réserve aux siens, en vertu de la puissance sans limite qu’il partage avec le Père. Il leur procure la vie éternelle, non pas une vie étriquée, rabougrie ou mesquine. Mais la vie en abondance, la vie en plénitude, la pleine vie en Dieu. Seule la foi au Christ permet de participer à la vie de Dieu, qui surgit dans l’existence des hommes.
Le critère décisif est ainsi l’appartenance au troupeau, Jésus est très net : Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Trois verbes viennent ponctuer les étapes d’une appartenance au Christ, écouter, connaître et suivre.
Écouter sa voix tout d’abord. Écouter, c’est beaucoup plus qu’entendre, c’est entrer dans une disposition d’esprit qui rend bienveillant au message que l’autre nous délivre. Se mettre à son diapason pour vibrer en unisson avec lui. Se mettre à l’écoute de Jésus, c’est recevoir sa Parole dans le quotidien de nos vies pour qu’elle vienne nous transformer. La laisser résonner en nous, pour qu’elle vienne éclairer nos joies, nos difficultés, nos peines et nos espérances. Écoutons-nous Jésus ?
Connaître ensuite, ou plutôt être connu. La connaissance est toujours réciproque, un acte qui relie deux individus. Se donner et se recevoir mutuellement. Connaître n’a rien d’une approche intellectuelle ou théorique. Connaître, c’est avant tout expérimenter l’autre pour ce qu’il est, un apprentissage partagé, un apprivoisement simultané. Nous faisons-nous connaitre de Jésus ?
Suivre enfin. Suivre le Christ, devenir son disciple, ce n’est pas marcher derrière lui sans réfléchir, sans s’interroger sur le sens de tout ce qu’il dit et fait. Suivre n’est pas une attitude passive, c’est devenir acteur de sa propre vie. Suivre Jésus, c’est l’accompagner comme on accompagne un ami, dans les voies qu’il trace, en partageant ses émotions et ses questions. Suivons-nous Jésus ?
Jésus déclare alors à ceux qui l’interrogent : « Le Père et moi sommes uns. » Il ne peut être plus explicite, passant du « Moi Je suis » au « Nous Nous sommes », pour révéler son unité profonde avec le Père. Il n’est pas fortuit qu’il proclame solennellement cette unité entre le Père et lui au jour de la fête de la Dédicace du Temple. Une célébration qui fait mémoire de la restauration du Temple après la victoire des Maccabées sur l’envahisseur grec, appelée aussi fête des illuminations, l’actuelle fête juive de Hanoukkah. Il choisit ce jour pour faire entière lumière sur son identité.
Nous laissons-nous illuminer aujourd’hui par cette révélation de l’unité du Père et du Fils ? Comment manifestons-nous notre appartenance au Christ ? En quoi la vie éternelle qu’il nous donne vient-elle illuminer nos existences terrestres ?
En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »