méditation du 23 mars

Le Seigneur procure toujours à l’être humain blessé par le mal un moyen de guérison. Hier dans le désert, il a demandé à Moïse de dresser pour le peuple un serpent de bronze sur un mât. Aujourd’hui, il présente son Fils élevé sur la croix pour le salut de l’humanité.

Le livre des Nombres[1] agence diverses traditions narratives et législatives pour décrire les pérégrinations du peuple au désert avant l’entrée en terre promise. L’épisode se déroule à Hor-la-Montagne[2] après la mort d’Aaron, frère de Moïse, et une première victoire militaire sur les Cananéens. Il est marqué par le découragement des Hébreux dans leur marche à travers des lieux particulièrement arides.

La route qu’ils empruntent est faite de détours incessants, de retours en arrière. Ils contournent des montagnes ou des pays, suivant la route de la mer des Joncs [3]qu’ils avaient traversée à pied sec [4]à leur sortie d’Egypte. Cette errance au désert constitue une épreuve difficile pour les fils d’Israël. D’abord une épreuve physique pour surmonter le climat rude, la fatigue, la soif, la faim et la longueur du chemin. Mais surtout une épreuve initiatique destinée à les constituer en peuple, à reconnaître le Dieu unique et à se libérer en vérité de l’esclavage. Les circonvolutions qu’ils effectuent reflètent les résistances qu’ils éprouvent à l’acquisition de la liberté.

Le peuple découragé récrimine contre Dieu et contre Moïse, qui l’a entraîné dans l’aventure. On peut même affirmer qu’il ne cesse de récriminer, puisqu’à divers moments déjà[5], il a exprimé avec bruit son irritation et son insatisfaction pour obtenir de la nourriture et de l’eau. L’argumentation est toujours la même : Pourquoi avoir quitté l’Egypte où, malgré la condition d’esclavage et d’oppression, le gîte et le couvert étaient assurés, pour aller mourir au désert de faim et de soif ? Quel est le prix de la liberté ?

La liberté est un chemin difficile, il ne suffit pas d’être affranchi de l’asservissement pour être délivré des liens de l’esclavage. Il faut aussi se libérer de toutes ses égyptes. Le mot Egypte lui-même suggère, dans son étymologie hébraïque[6], un lien étroit, un étranglement, un coincement tant externe qu’interne très efficace, porteur de mort. Sortir d’Egypte signifie alors non seulement partir physiquement, mais bien plus dénouer tous ces liens mortifères qui étranglent et empêchent de devenir soi-même, d’acquérir sa propre autonomie. Un travail sur soi qui demande de la persévérance et du détachement.

Jusqu’ici, Dieu avait entendu le cri de son peuple et lui avait procuré ce qu’il réclamait. Mais aujourd’hui, la mesure est pleine, les hébreux se disent dégoûtés de ce pain de misère[7], autrement dit de la manne que Dieu leur prodigue depuis leur entrée au désert. Leur dégoût porte ainsi sur la générosité de Dieu lui-même. C’est pourquoi il les punit en leur envoyant des serpents brûlants [8]qui les exterminent. Le mal triomphe ainsi parmi le peuple, l’antique serpent de la Genèse meurtrit au talon ceux qui ont fauté[9].

Le peuple prend alors la mesure de sa faute et sollicite l’intercession de Moïse auprès de Dieu pour qu’il éloigne les serpents. Le Seigneur ne répond pas exactement à la demande, puisqu’il ne les écarte pas et qu’ils continuent à mordre. La punition subsiste tant qu’existe l’offense. Mais il apporte la rédemption aux pécheurs. Le serpent de bronze [10]qu’il commande à Moïse de fixer sur un mât est probablement une réminiscence d’antiques pratiques magiques, mais ici, ce n’est pas l’être humain, mais le Seigneur lui-même qui prend l’initiative d’offrir à son peuple ce moyen de guérison. Dieu relève l’être humain du péché, mais le mal est toujours à l’œuvre.[11]

Les Sages d’Israël ont donné du serpent de bronze une interprétation spirituelle[12]. Ils y ont vu, au-delà de l’objet matériel, un gage de salut pour rappeler le commandement de la Loi. Autrement dit, il ramène les pécheurs à l’obéissance et à la fidélité. La miséricorde de Dieu va à la rencontre de celui qui a fauté et le guérit. Ceux qui se tournent vers lui se convertissent pour abandonner leurs péchés.

Approfondissant cette dimension spirituelle, la tradition chrétienne a discerné dans le serpent de bronze la préfiguration de la Croix du Christ. Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle, dit Jean l’Evangéliste.[13] La Croix est le moyen suprême de rédemption que le Père offre pour les péchés des êtres humains. De même que les fils d’Israël qui regardaient le serpent de bronze étaient guéris de leurs fautes, ainsi ceux qui contemplent la Croix recevront la vie en plénitude. Par sa Passion et sa Résurrection, le Christ sauve l’humanité et remporte une victoire définitive sur le mal. Mystère de la Croix, mystère de Résurrection.


[1] Appelé ainsi par les traducteurs grecs en raison des nombreux recensements qu’il contient. Son nom hébreu est Bemadbar (au désert).

[2] Actuellement Djebel Haroun (mont d’Aaron) en Jordanie, à l’ouest de la vallée de la Araba et à l’est de la cuvette de Pétra. La montagne (Hor signifie également mont) culmine à 1396 mètres d’altitude.

[3] Golfe d’Aqaba, une région marécageuse à proximité du delta du Nil. Israël prend la direction du sud pour contourner Edom en longeant sa frontière ouest.

[4] Les fils d’Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, des eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche (Ex 14,22).

[5] Quelques exemples : A Mara, où Moïse adoucit les eaux amères (Ex 15,22-25) ; A Massa et Mériba, où Moïse fait jaillir l’eau du rocher sur ordre de Dieu (Ex 17,1-7) ; A Taveéra, où le peuple réclame de la viande à manger (Nb 11,1-23).

[6] Egypte se dit Mitzraim en hébreu.

[7] Littéralement de ce pain léger, avec une nuance péjorative.

[8] A la morsure cuisante, très venimeux.

[9] Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête, tu la meurtriras au talon (Gn 3,15).

[10] En hébreu Néhoushtan (de nahosh, serpent). Ce serpent de bronze fera ultérieurement l’objet d’un culte, qui sera aboli par le roi Ezékias (8° siècle ACN) : C’est lui qui fit disparaître les hauts lieux, brisa les stèles, coupa le poteau sacré et mit en pièce le serpent de bronze que Moïse avait fait, car les fils d’Israël avaient brûlé de l’encens devant lui jusqu’à cette époque : on l’appelait Néhoushtan (1 R 19,4).

[11] De même, le Seigneur laisse agir le serpent de la Genèse qui vient distiller le mal (Gn 3,1-7).

[12] Sg 16,5-10 : Serpent de bronze et bêtes meurtrières.

[13] Jn 3,14 : Entretien avec Nicodème.

méditation pour le cinquième dimanche de carême

Dans la démarche de conversion que signifie le Carême, ce dimanche marque une première approche de la Passion. Le temps s’accélère pour Jésus. Les autorités religieuses juives cherchent une opportunité pour se saisir de lui. Les événements vont désormais se précipiter depuis son arrivée devant Jérusalem à l’occasion de la Pâque juive, où la foule de ses disciples lui a rendu un témoignage triomphal.

Dans cette mouvance, Jésus prend-il réellement en compte la démarche des grecs[1] montés pour adorer à l’occasion de la fête et qui désiraient le voir ? Leur demande est pourtant relayée par Philippe et André, qui figuraient parmi les premiers appelés. Lors de leur vocation, quand ils avaient demandé à Jésus où il demeurait, il avait répondu «Venez et vous verrez»[2]. Cette démarche est-elle encore d’actualité ?

Comme souvent avec Jésus, la réponse est en décalage avec la demande. A ceux qui veulent maintenant le voir, il oppose que l’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié. Une heure dont il avait dit jadis à Cana qu’elle n’était pas encore venue.[3] Une heure mystérieuse et qui couvre pour ses disciples des attentes multiples et contradictoires, comme restaurer une création nouvelle, mais aussi triompher de tous ses ennemis ou rétablir un pouvoir politique en Israël.

Cette heure est d’abord celle de la mort sur la croix et de la résurrection. L’heure qui vient pour Jésus est celle de la lucidité qui lui fait dépasser l’obscurité de l’instant présent et lui rappeler ce pourquoi il est venu. Il y a chez lui à la fois de cette humanité qui le rend proche de nous, mais aussi la haute conscience de sa mission, du chemin de vie et de liberté qu’il trace pour les êtres humains.

Pareille fidélité à soi-même et à son devoir d’état est loin d’être naturelle, surtout dans les moments pénibles, devant les difficultés. Ce qui est spontané serait plutôt de tenter de fuir l’adversité en adoptant une attitude d’évitement, de manière à contourner l’épreuve. Pour faire face et affronter, il faut cette force d’âme qui tient en même temps de l’humilité et de la confiance de Jésus en un Père sur qui il peut s’appuyer, en qui il s’abandonne et de qui il se nourrit.

Un renoncement de soi[4] qui le porte au don d’amour total. Il nous révèle un Dieu qui aime jusqu’à l’extrême, qui va jusqu’à sacrifier sa vie pour que l’être humain vive, un Dieu qui meurt d’amour. Pareil amour fait fructifier la vie en l’être humain. Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Il faut voir s’anéantir la semence et germer la graine pour que mûrisse le fruit. La mort du grain de blé est promesse de résurrection.

Pareille révélation du cœur de Dieu est aussi révélation de l’essentiel de l’être humain. L’être humain est un être de relation, il n’est pas fait pour lui-même, mais pour l’autre. Il ne peut s’épanouir que dans l’amour, le dépassement et le don de soi. Comme le grain de blé, il est appelé à mourir à lui-même pour fructifier en moisson nouvelle. Celui qui refuse cette mort se condamne à la stérilité. Car celui qui aime sa vie la perd. Voilà une vérité évidente pour qui aime vraiment.

La véritable mort n’est pas la mort physique, mais plutôt le refus d’aimer, le repli égoïste sur soi-même. La recherche effrénée de la satisfaction de ses instincts personnels est la route la plus sûre pour rater sa vie. Une vie réussie est une vie donnée, ouverte aux autres et à Dieu. Tel est le secret du grain de blé, secret de Dieu et secret de l’être humain.


[1] Des hommes de culture grecque, sympathisants ou peut-être prosélytes, qui venaient à Jérusalem pour participer au pèlerinage pascal.

[2] Jn 1,29 : Appel des premiers disciples.

[3] Jn 2,4 : Les noces de Cana.

[4] Une attitude qui suppose le renoncement au pouvoir, le consentement à la souffrance, l’acceptation à la dépendance, ce que Paul appelle une kénose (Ph 2,6-11) et qui ne peut se comprendre que dans la contemplation et l’humilité de la foi.

Adaptation des mesures pour les cultes

Voici le communiqué de notre Vicaire Général suite au conseil de concertation d’hier.

Chers Curés-Doyens, Curés et Responsables d’UP,

Chers Assistants de Doyennés,
Chers Prêtres, Diacres et Assistants paroissiaux, 
Chers Membres des Équipes pastorales,
Chers Animateurs pastoraux,
Chers Fabriciens,
 
Il y a quelques jours, le plan « plein-air » du gouvernement prévoyait à partir du Jeudi saint 1er avril, la possibilité de célébrations religieuses à l’extérieur, ouvertes à 50 personnes. 

Ceci constituait une bulle d’oxygène pour la communauté catholique à l’approche de Pâques. 

Le Vicariat général vous a communiqué dès lors quelques pistes pour profiter de cette mesure d’élargissement. 

Une nouvelle flambée de l’épidémie a pour résultat que ce timide assouplissement est reporté sine die par les autorités, comme annoncé lors du comité de concertation de ce vendredi 19 mars. 

A l’exception des funérailles, qui peuvent se dérouler avec 50 personnes dans une église, les célébrations de la Semaine Sainte et de Pâques devront donc se vivre dans les églises à maximum 15 fidèles, enfants de moins de 12 ans non-compris. 

J’entends d’ici les soupirs de beaucoup d’entre vous. Ils se mêlent à ceux de notre évêque et de ses collaborateurs. La Covid joue avec nos pieds et nos nerfs. 

Raison de plus pour ne pas nous laisser abattre, mais de vivre cette nouvelle Pâques confinée, ancrés dans le roc de la prière.

Christ est ressuscité! Ce n’est pas un virus qui pourra nous ravir cette joie qui réchauffe le cœur et transfigure le monde. 


Le Vicariat général reste à votre service pour toute question.
Je vous souhaite une fructueuse montée vers Pâques.
 
Chanoine Éric de Beukelaer