méditation de ce 13 octobre

Les attaques de Jésus contre les pharisiens et les légistes concernant la pureté sont l’expression d’une conception radicalement différente de la religion. Des vues totalement irréductibles qui provoqueront la rupture avec les autorités juives et entraîneront sa condamnation et sa mise à mort.[1]

Jésus a entamé sa montée à Jérusalem, dans la perspective de sa Passion et sa résurrection. Déjà, il a été confronté aux incompréhensions des autorités religieuses, qui l’ont accusé de prêcher par Belzébul et à qui il a refusé de ne donner d’autre signe que celui de Jonas. Ses relations avec les pharisiens sont tendues, mais ils conservent pour lui certains égards. Les rapports mutuels ne sont pas encore dégradés au point de ne plus être invité à leur table.

Au cours d’un repas où il est invité par un pharisien, son hôte est étonné en voyant que Jésus n’avait pas fait ablutions rituelles. Les juifs pratiquants, comme beaucoup d’orientaux, sont très attachés à ce rite qui, s’il a certes une justification hygiénique, présent une signification religieuse importante de lien à Dieu. Les récits montrent que Jésus lui dénie cette valeur et que ses disciples ne le pratiquent pas.

Les pratiques de purification – ablutions corporelles, séparation et nettoyage d’aliments et de plats – sont essentielles dans le judaïsme parce qu’elles permettent de se garder purs. La pureté symbolise la vie et donc Dieu, tandis que l’impureté est synonyme de mort. Être impur veut dire être séparé de Dieu. La pureté est donc ce qui permet d’avoir accès à Dieu, la seule voie entre le monde profane et le monde sacré. L’obligation de pureté est une nécessité vitale pour le croyant, la manière d’être relié à Dieu. La religion (ce qui relie) est pour le juif un ensemble de pratiques qui permettent ce lien. La pureté est un concept rituel qui n’a pas de connotation morale, le Loi définissant ce qui est pur et ce qui est impur.

La conception de Jésus de la pureté est radicalement différente. À une religion extérieure et formaliste, il oppose une religion intérieure faite de pureté morale : Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? Pour lui, l’exigence première de Dieu relève de cette religion du cœur, thème central chez Luc. Ce qui importe n’est pas l’aspect extérieur, mais ce qui provient du dedans de l’être humain. Ainsi, quand Jésus parle du vrai disciple, Jésus précise que l’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire le bien, et le mauvais, de son mauvais trésor, tire le mal ; car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur (6,45). De même, lorsqu’il appelle à la pauvreté évangélique, il déclare que, où est votre trésor, là aussi sera votre cœur (12,34). Ou encore, il exhorte à la vigilance ceux qui attendent le règne de Dieu : Tenez-vous sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne s’alourdissent (21,34a). L’élan du cœur est ainsi le critère décisif de la foi, de la relation, de l’ajustement à Dieu.

La pureté est associée à l’aumône, autre thème central de Luc : Donnez plutôt en aumône ce qui est dedans, et alors tout sera pur pour vous.[2] Ce qui est dedans représente toute la personne, ce bon trésor qui déborde du cœur. Le souci envers le pauvre est réellement constitutif de la foi, au même titre que la reconnaissance de Jésus comme le Vivant et le Ressuscité. Il relève de cette religion du cœur et celui qui pratique l’aumône se purifie par ce fait même. L’aumône n’est pas la conséquence de la pureté du cœur, elle en devient la cause.

L’évangile interpelle les pratiques de notre monde d’aujourd’hui. Quel rapport à Dieu entretient-il, une relation superficielle et extérieure, ou une religion du cœur ? Quel souci a-t-il des plus défavorisés et de la solidarité ? Dieu nous invite à regarder au-dedans de nous ce qu’il a semé de bon, de généreux, pour le faire déborder sur les autres dans un élan de justice, de paix et d’amour. Alors nous aurons le cœur pur et nous participerons à la plénitude de sa vie.


[1] Probablement, selon certains, plus sûrement que les controverses à propos de ce qui est permis ou défendu le jour du shabbat, questions qui restaient ouvertes aux discussions pour les rabbins.

[2] Traduction plus littérale que le texte liturgique « ce que vous avez ».

Horaire pour ce dimanche

Samedi 3 octobre            17h30 messe Sart Honoré Baudoin-Felten, Victor Monfort Herman, Josée Monfort et parents défunts, A Lejeune, S Bechoux et familles apparrentées

                                               17h30 liturgie Parole Arbrefontaine

                                               19h bra

Dimanche 4 octobre       10h Lierneux Georges Monfort, Yvonne Samray et parents défunts

                                               11h15 messe jevigné défunts Famille Gilson Willem.

                                               11h15LP Verleumont

méditation pour le 27eme dimanche ordinaire A

Les paraboles de Jésus font progresser dans la connaissance de son Royaume avec l’image traditionnelle de la Vigne du Seigneur. Il est ouvert à tous, même aux nouveaux venus, aux ouvriers de la onzième heure. Il est accessible à tous ceux qui se convertissent, tel le fils qui refuse d’abord, puis va à la vigne, ou encore aux publicains et aux prostituées qui ont répondu à l’appel de Jean-Baptiste. Mais il est refusé à ceux qui par convoitise ou par égoïsme refusent Jésus.

La parabole des vignerons homicides a pour cadre le Temple de Jérusalem où Jésus a fait son entrée. Il prodigue publiquement son enseignement et s’affronte aux autorités religieuses d’Israël. Une fois de plus, il met ces opposants devant leurs responsabilités. C’est maintenant ou jamais qu’il faut accueillir son message et sa personne, et entraîner tout le peuple à leur suite. Le peuple d’Israël ne leur appartient pas, il leur a été confié par Dieu, et celui-ci leur demande des comptes.

Dans un magnifique poème, le prophète Isaïe compare Israël à une vigne tendrement soignée par Dieu et qui, au lieu de beaux raisins, ne produit que des fruits infâmes. L’évangéliste Matthieu reprend cette thématique des fruits, qui ont peu à voir avec la viticulture. Ils symbolisent la conduite que Dieu attend de l’homme, les preuves concrètes de sa conversion, les actes de bonté révélant un cœur bon. Fruits de justice, de solidarité, de paix, de gratuité, de générosité, d’amour.

Dieu offre ces dons aux vignerons qu’il choisit pour faire prospérer sa vigne. La reconnaissance la plus élémentaire devrait pousser ces privilégiés à faire fructifier les dons reçus. Ces responsables du peuple, dit Jésus, ont privé Dieu des fruits attendus. Ils ont rejeté les prophètes qui leur ont été envoyés tout au long de l’histoire. Et en fin de compte, ils rejettent le Fils et le font mourir. C’est pourquoi le Seigneur de la vigne fera périr les criminels[1] et cédera la vigne à d’autres.

Le Seigneur suscitera une nouvelle collectivité humaine, l’Église, à qui il confiera de faire émerger et croître son Royaume. Et qu’il jugera de même en temps voulu en fonction de la qualité des fruits qu’elle produira. La parabole s’adresse donc aussi à nous, baptisés, et à tous les responsables d’Églises. Nos communautés se mobilisent-elle avec conviction pour vendanger des fruits de sainteté ? Se pourvoient-elles de moyens efficaces pour préserver l’œuvre de la Création ?

Le drame des vignerons de la parabole, celui de toutes les époques et donc aussi de nos contemporains, c’est de chercher à accaparer pour soi ce qui a été confié pour le bien de tous. Une soif de possession, de pouvoir, qui dénature tout, la relation aux autres et le rapport à Dieu. Le Seigneur donne à l’humanité l’usufruit, la jouissance gratuite et sans contrepartie de l’exploitation de sa vigne, il lui confie le bonheur du Royaume. Dieu s’investit totalement à notre égard, pour que nous portions les plus beaux raisins. Et souvent, par convoitise, nous compromettons la récolte en talant les fruits. L’égoïsme égare et entraîne trop fréquemment les esprits sur des chemins de mort.

Le Seigneur est le Dieu de la vie. Il veut la vie pour l’être humain. Même s’Il a souvent des raisons d’être déçu, il n’en continue pas moins opiniâtrement à croire en lui, à espérer et intervenir dans son existence, car il n’en continue pas moins à l’aimer. Celui qui accueille cet amour portera beaucoup de fruit.


[1] Matthieu fait ici allusion à la destruction de Jérusalem en 70 par les Romains.