Dans la parole d’aujourd’hui, nous pouvons voir que la première communauté chrétienne est une communauté vivante, une communauté missionnaire, évangélisatrice. Et nous voyons que cette communauté, pour vivre, fait la volonté de Dieu. Si la parole porte du fruit, ce ne sont étonnement pas les communautés qui se multiplient, mais bien la parole de Dieu. et pour que la Parole de Dieu puisse porter du fruit, nous voyons une répartition se faire dans l’annonce de la bonne nouvelle. Mais c’est toujours dans la prière que les décisions importantes sont prises. C’est un signe clair que ces communautés ne sont pas une simple œuvre humaine, mais qu’elles agissent au nom du Seigneur. Chaque membre de cette communauté répond à sa vocation propre.
Nous sommes nous aussi communautés chrétiennes à la suite de ces toutes premières communautés. Nous pourrions, dans notre monde qui d’habitude tourne si vite, nous affairer à courir sans cesse. Mais nous ne pouvons oublier de nous ressourcer auprès du Seigneur, de prendre le temps de la prière. Pendant ce temps de confinement, nous avons au la chance de voir la nature renaître, refleurir. Nous avons peut-être pris un peu de temps pour nous promener, pour contempler cette nature. Nous avons peut-être aussi pris du temps, dans ce temps qui nous semble long au désert, de nourrir notre intériorité.
Ce lundi, certains d’entre nous ont repris le chemin du travail, et nous entrons petit à petit dans le déconfinement. Reviendrons-nous à notre vie « normale » de la même manière ? ce serait triste que ce temps de confinement ne soit qu’une parenthèse et nous relance dans une vie à courir sans cesse. A nous de laisser le Seigneur éclairer nos vies, de Lui laisser colorer notre action chrétienne, ou nous agirons non pour une gloire humaine, mais pour que la Parole de Dieu puisse porter du fruit dans notre monde.
On célébrait la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! » Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage. Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »
La question de l’identité de Jésus apparaît dans la tension du dialogue qu’il entretient aujourd’hui avec les juifs dans le temple de Jérusalem. Ces derniers le mettent en demeure de déclarer ouvertement une bonne fois pour toute s’il est le Messie.
Leur interrogation peut surprendre, car les enseignements de Jésus ne laissent pas de doute à cet égard. Dans sa controverse avec les pharisiens, dans la parabole du berger, il s’est montré à reconnaître à la porte des brebis, donc à celui qui donne accès aux réalités célestes et au bon berger qui donne sa vie pour son troupeau. Pas moins de cinq fois, il s’est identifié à « Moi Je suis », au nom de Dieu révélé à Moïse sur la montagne de l’Horeb, expression par laquelle Jésus révèle sa divinité et sa mission.
La réponse de Jésus, teintée d’ironie, ne fait que répéter ce qu’il a déjà manifesté. L’incompréhension de ses interlocuteurs du véritable sens de sa mission provient de leur manque de foi. Ils ne peuvent saisir le témoignage des œuvres qu’il accomplit au nom du Père parce qu’ils ne sont pas de son troupeau.
Seules ses brebis savent reconnaître Jésus. Et parce qu’elles sont siennes, elles ont accès à la protection absolue qu’il réserve aux siens, en vertu de la puissance sans limite qu’il partage avec le Père. Il leur procure la vie éternelle, non pas une vie étriquée, rabougrie ou mesquine. Mais la vie en abondance, la vie en plénitude, la pleine vie en Dieu. Seule la foi au Christ permet de participer à la vie de Dieu, qui surgit dans l’existence des hommes.
Le critère décisif est ainsi l’appartenance au troupeau, Jésus est très net : Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Trois verbes viennent ponctuer les étapes d’une appartenance au Christ, écouter, connaître et suivre.
Écouter sa voix tout d’abord. Écouter, c’est beaucoup plus qu’entendre, c’est entrer dans une disposition d’esprit qui rend bienveillant au message que l’autre nous délivre. Se mettre à son diapason pour vibrer en unisson avec lui. Se mettre à l’écoute de Jésus, c’est recevoir sa Parole dans le quotidien de nos vies pour qu’elle vienne nous transformer. La laisser résonner en nous, pour qu’elle vienne éclairer nos joies, nos difficultés, nos peines et nos espérances. Écoutons-nous Jésus ?
Connaître ensuite, ou plutôt être connu. La connaissance est toujours réciproque, un acte qui relie deux individus. Se donner et se recevoir mutuellement. Connaître n’a rien d’une approche intellectuelle ou théorique. Connaître, c’est avant tout expérimenter l’autre pour ce qu’il est, un apprentissage partagé, un apprivoisement simultané. Nous faisons-nous connaitre de Jésus ?
Suivre enfin. Suivre le Christ, devenir son disciple, ce n’est pas marcher derrière lui sans réfléchir, sans s’interroger sur le sens de tout ce qu’il dit et fait. Suivre n’est pas une attitude passive, c’est devenir acteur de sa propre vie. Suivre Jésus, c’est l’accompagner comme on accompagne un ami, dans les voies qu’il trace, en partageant ses émotions et ses questions. Suivons-nous Jésus ?
Jésus déclare alors à ceux qui l’interrogent : « Le Père et moi sommes uns. » Il ne peut être plus explicite, passant du « Moi Je suis » au « Nous Nous sommes », pour révéler son unité profonde avec le Père. Il n’est pas fortuit qu’il proclame solennellement cette unité entre le Père et lui au jour de la fête de la Dédicace du Temple. Une célébration qui fait mémoire de la restauration du Temple après la victoire des Maccabées sur l’envahisseur grec, appelée aussi fête des illuminations, l’actuelle fête juive de Hanoukkah. Il choisit ce jour pour faire entière lumière sur son identité.
Nous laissons-nous illuminer aujourd’hui par cette révélation de l’unité du Père et du Fils ? Comment manifestons-nous notre appartenance au Christ ? En quoi la vie éternelle qu’il nous donne vient-elle illuminer nos existences terrestres ?