méditation du 20 septembre 2022

Alexis continue à nous nourrir de ses méditations sur la parole du jour.

Jésus relativise le lien familial en lui préférant le lien électif. Non pas qu’il veuille écarter l’importance des relations parentales, la famille reste chez lui le lieu privilégié de l’éducation à la foi. Mais parce que des rapports plus puissants se créent lorsqu’ils sont choisis librement.[1] Et que la vraie famille affirme plus son unité dans l’écoute et la pratique de la Parole de Dieu que dans des liens du sang qui parfois se distordent et divisent.

L’épisode de la vraie famille de Jésus est relaté par les évangiles synoptiques[2] avec des nuances propres. Tous situent le récit au cours du ministère en Galilée et en lien avec le discours parabolique de Jésus. Luc se singularise en le plaçant en conclusion de ce discours, de manière à en faire l’application concrète.

Jésus s’est adressé aux foules en paraboles, qu’il a expliquées ensuite aux disciples. Dans sa péroraison, il les met en garde : Faites donc attention à la manière dont vous écoutez.[3] L’accent est ainsi mis sur l’attitude de celui qui écoute la Parole de Dieu, la manière dont il l’applique dans la vie. L’enseignement de Jésus, ses paraboles, restent lettres mortes s’ils ne reflètent pas dans l’existence de ceux qui les écoutent, leur manière d’être et d’agir.

La famille de Jésus arrive alors qu’une foule dense l’entoure, empêchant tout contact avec lui. Ceux qui cherchent à le joindre sont sa mère et ses frères, sans plus de précision.[4] Ils se tiennent dehors. On peut interpréter l’expression de plusieurs façons. Peut-être simplement en dehors du lieu où Jésus se tient, ou encore hors du cercle de ceux qui l’accompagnent. Dans ce cas, Luc voudrait-il signaler qu’ils ne sont pas disciples ? Le récit ne le dit pas, mais la mère de Jésus n’interviendra plus dans l’évangile.

Luc se contente[5] de noter la volonté de la mère et des frères de Jésus de le rencontrer, sans mentionner la raison de cette visite. Seul Marc précise dans sa version que sa parenté voulait s’emparer de lui, au motif qu’il avait perdu la tête.[6] Peu importe sans doute, l’essentiel n’est pas de souligner des relations conflictuelles, mais d’illustrer les comportements adéquats en réponse à la Parole de Dieu.

La réplique de Jésus est significative à cet égard : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. Autrement dit, les liens spirituels engendrent l’écoute de sa Parole priment sur tout, même les liens familiaux. Les attaches familiales ne résistent pas toujours aux divisions de foi. Comme il le confirme ailleurs : On se divisera père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre belle-fille et belle fille contre belle-mère.[7]

Jésus ne cherche pas à déprécier la famille, mais à mettre en exergue les priorités de la foi. La véritable famille est celle qui manifeste par ses actes la volonté de Dieu, telle qu’elle est transmise par sa Parole. A la confession des lèvres doit correspondre celle de la vie concrète. Et lui constitue avec ses disciples une famille spirituelle dont l’unique origine est Dieu son Père.

Il reprendra plus tard ce point à propos de sa mère : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent.[8] Des propos qui ne constituent d’ailleurs pas une critique du manque de foi supposé de Marie. Luc la présente en effet comme l’icône de la croyante, proclamée bienheureuse parce qu’elle a cru qu’il y aura un accomplissement à ce qui lui a été dit [9] et qui médite dans son cœur tout ce qu’elle a vécu, qui retenait tous ces événements en en cherchant le sens.[10] Jésus veut plutôt, en contraste avec la maternité charnelle de Marie, proclamer la grandeur de la foi, qui surpasse toutes les attaches, même les plus incontestables et les plus sacrées.

L’évangile nous appelle aujourd’hui à nous déterminer en mettant notre foi en pratique. Non pas en rompant tout lien avec tout ce qui fait notre vie et nos rapports sociaux ou familiaux, cela le Christ ne le veut pas et ce n’est pas souhaitable. Mais en discernant nos priorités dans nos existences et en les accordant à la volonté de Dieu, en s’ajustant à lui dans une relation de respect et de fidélité.


[1] Il en est de même pour les liens du mariage : Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair (Gn 2,24 ; voir aussi Mt 19,5 par. ; 1 Co 6,16 ; Ep 5,31).

[2] Voir les récits parallèles en Mc 3,31-35 et Mt 12,46-50.

[3] La lumière pour tous (Lc 8,18).

[4] Le terme frères, dans la Bible et en Orient, peut désigner aussi bien des enfants d’une même mère que d’un même père, ou encore de proches parents (cousins maternels ou paternels).

[5] Pas plus que l’évangéliste Matthieu.

[6] Jésus et Belzébul (Mc 3,21).

[7] Pourquoi Jésus est venu (Lc 12,53).

[8] Le vrai bonheur (Lc 11,28).

[9] Visite de Marie à Elisabeth (Lc 1,45).

[10] Naissance et circoncision de Jésus (Lc 2,19).

méditation pour le 25eme dimanche ordinaire

Voici la méditation pour ce dimanche que nous propose Alexis.

Jésus semble donner raison à un escroc et même être admiratif. Le maître de la parabole fait preuve d’une clémence surprenante envers le gérant malhonnête de ses biens. On peut faire la comparaison avec ceux qui éludent l’impôt ou fraudent parfois de manière éhontée le fisc, au point de mettre à mal la solidarité mutuelle. D’où l’incompréhension devant l’apparente opacité de l’évangile.

Déjà à l’époque, des voix s’élevaient pour dénoncer les gens habiles à léser les faibles en spéculant sur les ressources ou en faussant les étalons de mesure. Et Jésus a toujours œuvré en faveur des humbles et des pauvres. Pourtant, la filouterie de ce gérant indélicat n’est pas condamnée, et il est même donné en exemple. Alors, peut-on se faire des amis ou gagner notre paradis avec l’argent malhonnête ?

Il ne faut cependant pas se tromper, Jésus ne fait pas la louange de l’injustice racontée dans la parabole, mais plutôt de la faculté d’adaptation dont fait preuve le gérant quand il sent le vent tourner. L’homme était à bout de ses roueries et allait être mis à la porte. Il a su prendre rapidement les décisions qui lui permettaient de se garantir un avenir, et c’est cela que Jésus trouve remarquable.

D’où la leçon qu’il tire de la parabole : Faites-vous des amis avec l’argent. Autrement dit, puisque cet argent est si souvent l’occasion d’abus et d’injustices, au point qu’il le qualifie d’argent trompeur, mais que, de toute façon, il est impossible de s’en passer, il faut en tirer son parti. Et qu’au moins les disciples l’utilisent à bon escient, pour la bonne cause, et qu’il leur serve à se faire des amis.

C’est le sens de la charité que nous pratiquons.[1] Notre attrait pour les biens matériels compromet notre avenir avec Dieu, alors ne lésinons pas et qu’ils nous permettent de nouer des relations de service. Se faire des amis avec l’argent, c’est peut-être venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, répartir nos richesses pour le bien commun. Nous suivons ainsi la leçon du Maître, par exemple au cours de nos quêtes dominicales, qui servent, au moins en partie, à subvenir à des besoins urgents chez nous et dans le monde. Nous mettons alors notre argent au service de Dieu et de son règne.

Se mettre au service de Dieu, c’est d’abord privilégier les pauvres. Ce qu’a toujours fait Jésus, en les mettant en avant, à la première place, lui qui, dans les Béatitudes, les a déclarés bienheureux. Mais en même temps, de manière réciproque, il a proclamé les riches malheureux, parce qu’ils ont déjà reçu leur récompense. Sans doute parce que seul le partage des pauvretés permet de grandir en humanité et ouvre la porte du Royaume de Dieu.

Mais pour autant, Jésus ne condamne pas l’argent en tant que tel. L’argent n’est pas une valeur, du moins morale, il est un moyen, un instrument. Ce n’est pas un mal en soi, il permet de grandes initiatives et peut servir à des belles réalisations. Mais il peut aussi conduire à humilier et exploiter, à spolier et à dépouiller le plus faible. L’argent devient alors le maître, une idole grimaçante et hideuse, une véritable insulte au Dieu d’amour.

La véritable habilité des fils de la lumière est celle qui transforme le tissu financier en réseau d’entraide et de solidarité. Pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut renoncer à l’idolâtrie de l’argent. Les bons gérants du Royaume font de la miséricorde divine le quotidien de leur existence. Un amour qui n’est jamais abstrait, mais réalité concrète dans les attitudes, les intentions, les comportements.


[1] Même si la démarche demeure toujours ambigüe, car nous recherchons le plus souvent à nous donner bonne conscience et nous induisons une relation de clientélisme et pas de respect de la dignité du pauvre. Il faut à cet égard garder à l’esprit la réflexion de Vincent de Paul : «Il faut toujours demander pardon aux pauvres de la charité que nous leur faisons» et rechercher la justice.

Jour de l’Assomption

Étonnante description que nous propose l’Apocalypse de cette femme enceinte qui crie, torturée par les douleurs de l’enfantement. Une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. Cette femme n’est pas Marie, mais le peuple de Dieu, traditionnellement représenté par une figure féminine, ou encore la cité sainte. L’image peut s’appliquer à Marie, en tant qu’archétype de la communauté chrétienne.

La gloire de Marie – son poids, sa densité de présence – est probablement ailleurs. Elle réside dans son humilité, sa discrétion. Une femme qui a vécu en retrait toute sa vie durant. Restant à l’ombre des siens, elle diffuse néanmoins une lumière extraordinaire et est gage de l’espérance de l’humanité, promesse de notre résurrection. Par elle est venue la vie. Elle a donné naissance au Berger de toutes les nations. Elle a enfanté selon la chair celui qui apporte le salut à toute l’humanité. Ce qui en fait un des visages les plus populaires d’Église. Source de dévotions, elle rejoint la piété populaire de beaucoup.

Son Assomption – sa Dormition – est victoire de la vie. Elle montre la destinée de l’humanité : cheminer pour vivre pleinement dans le Royaume où Dieu nous attend. Élisabeth, sa cousine, l’avait bien compris en entendant sa salutation, lorsque, sous l’influence de l’Esprit, elle s’écria : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

Et nous ? Quel bonheur avons-nous que la mère de notre Seigneur vienne jusqu’à nous ? Par son Assomption, Marie nous dit quelle valeur a notre propre assomption. Elle nous invite à lutter contre le mal, à vivre en peuple saint.  La vie qu’elle a porté en elle, c’était déjà la vie éternelle. Son corps a enfanté celui qui apporte la vie en plénitude. C’est bien par son fils, Jésus le Christ, que nous vient l’éternité. La vie éternelle est cette irruption du temps de Dieu dans le temps des hommes qui nous donne de vivre la vie en Dieu. Le Christ, fils de Marie, se donne aux hommes sur la croix et les introduit dans ce temps de Dieu.

Paul ajoutera que la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. Nous sommes tous mortels, mais là ne réside pas le point final de notre identité. La mort et la résurrection de Jésus dégagent d’autres perspectives. Lui qui a pleinement participé à notre humanité en prenant chair de femme, nous ouvre la voie à notre résurrection, à la vie éternelle. Le mal et la mort n’ont pas le dernier mot.

Marie, image de l’Église. Comme elle qui s’empresse auprès de sa cousine Élisabeth, l’Église est porteuse d’une Bonne Nouvelle : Christ est ressuscité ! Il nous emmène sur le chemin du Royaume. Marie a porté en elle celui par qui s’édifiera l’Église et qui est la source et le sommet de notre foi. Avec elle, nous engendrons un jour nouveau, celui de l’espérance, où tous pourront chanter : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! »