Commentaire sur l’évangile 24 03

voici un autre commentaire de l’évangile que nous propose Alexis. Merci à lui. restons unis dans la prière.

Guérison d’un paralytique à Jérusalem L’épisode vient s’insérer après celui du second signe à Cana, où Jésus guérit le fils d’un officier royal. L’évangéliste Jean appelle « signes » les miracles opérés par Jésus, pour indiquer par-là qu’il faut y voir autre chose que des prodiges, mais la manifestation des œuvres qu’il accomplit au nom de son Père : le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père (Jn 5,19) . Jésus est donc venu à Jérusalem à l’occasion d’une fête juive . Bien que l’évangile ne le précise pas, il pourrait s’agir de la Pâque, ou encore de la fête de Purim, qui célèbre la victoire de Mardochée (le bien) sur Hamam (le mal) dans le livre d’Esther. Mais peu importe, et Jésus se rend à la porte des Brebis 1 , à proximité du Temple, à la piscine de Bethzatha. 2 Le mot « Bethzatha » signifie « maison de la grâce » : on peut donc s’attendre à ce que la miséricorde de Dieu se manifeste. La piscine était utilisée pour laver les moutons avant leur sacrifice au Temple, ce qui explique le caractère purificateur de son eau. Eusèbe de Césarée (265-339), évêque et historien, précise que sous ses porches se retrouvaient habituellement un grand nombre d’infirmes qui attendaient que l’eau se trouble et qu’un miracle se produise. Parmi ceux qui se pressent là, un homme qui était malade depuis trente-huit ans . On n’en sait pas plus sur lui. Un anonyme donc, qui ne sait pas se déplacer, qui est sans ressource et qui n’a personne pour l’assister, puisqu’il arrive toujours trop tard quand l’eau s’agite. Un détail attire cependant l’attention, la durée de sa maladie. Trente-huit ans, c’est près de la moitié d’une vie. L’homme a donc passé la majeure partie de son existence à attendre la miséricorde de Dieu à la piscine de Bethzatha. Saint Augustin voit dans ce chiffre trente-huit le symbole de la maladie. Une longueur de temps qui vient illustrer l’incapacité de l’homme de s’approprier tout moyen de guérison par ses propres forces. Trente-huit ans, c’est aussi le temps passé par le peuple hébreu dans le désert de Moab selon le livre du Deutéronome. 3 Le temps de l’errance donc, pour se préparer à recevoir la grâce de Dieu. Jésus voit l’homme couché, s’enquiert de son état et l’aborde en lui demandant : « Veux- tu guérir ? » La question surprend au premier abord, car que pourrait demander l’homme d’autre que de guérir, lui qui espère ce miracle depuis si longtemps ? Jésus ne veut-il pas aller plus loin, au-delà de la guérison physique, aussi essentielle qu’elle puisse être ? Ou encore, de quoi d’autre pourrait être guéri l’infirme, et qui serait plus important ? Peut- être de son errance, du désert dans lequel il s’est trouvé pendant trente-huit ans, ou encore de toutes ses paralysies mentales ? La question de Jésus engage l’homme, demande une réponse, l’infirme doit se déterminer. Désire-t-il guérir en vérité, avec tout le bouleversement de vie que cela peut représenter pour lui ? La guérison va le libérer, mais cette liberté a toujours des exigences, parfois dures à porter. On peut repenser ici au peuple hébreu, libéré d’Egypte, mais dont l’errance était justement la conséquence d’une libération difficile à assumer. L’esclavage, même quand il résulte de tout ce qui nous paralyse, peut parfois paraître plus rassurant qu’une liberté retrouvée, qui fait peur et dont on ne sait que faire. 1 Située au nord du Temple et destinée à l’entrée des ovins, la porte de Brebis est mentionnée par Néhémie : Élyashiv, le grand prêtre, se leva, ainsi que ses frères les prêtres, et ils bâtirent la porte des Brebis. Ils la consacrèrent et en posèrent les battants (Ne 3,1). 2 Bethzatha est un quartier de Jérusalem. Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver la piscine, mais non les cinq portiques. Il y avait à proximité un sanctuaire consacré à Sérapis, dieu guérisseur. 3 La durée de notre marche depuis Qadesh-Barnéa jusqu’au passage des gorges du Zéred avait été de trente- huit ans jusqu’à ce que toute la génération des combattants ait entièrement disparu comme le Seigneur le leur avait juré (Dt 2,14). Jean 5,1-16​« Seigneur, je n’ai personne », répond l’homme, sollicitant ainsi implicitement une aide. Pour que Jésus agisse, il faut lui demander. Il ne guérit que si nous lui exprimons notre manque, si nous reconnaissons, comme l’homme, notre incapacité à nous en sortir seuls. La première étape de la guérison est ainsi d’avoir l’humilité de se reconnaître comme des êtres limités et dépendants et de pouvoir s’abandonner dans la confiance en ce Dieu qui nous sauve. Il ne nous impose pas ce que nous ne souhaitons pas, mais il vient combler, au-delà de toutes nos espérances, nos carences er nos défaillances. Jésus guérit par sa parole : « Lève-toi, prend ton grabat et marche ». Une parole sobre et performante, il dit, et cela s’accomplit. Comme le fait Dieu à la création du monde. Et c’est bien d’une création, ou d’une re-création, dont il s’agit ici, puisque c’est un homme nouveau qui se met en marche. « Se lever », c’est le même terme qu’à la Résurrection : l’infirme est remis debout et placé en mouvement. Jésus, en guérissant, ouvre la personne à des perspectives originales, à un avenir inédit. Les autorités juives restent dans l’incompréhension totale de la dynamique nouvelle qu’insuffle Jésus. Leur opposition reflète les tensions et l’exclusion qui se manifestaient à l’époque de la rédaction de l’évangile envers l’Église naissante. Une polémique cristallisée ici sur la question de l’observance du shabbat. Particulièrement sur ce qui est permis ou pas. Tous les travaux de création sont interdits durant le shabbat. Accepter que Jésus puisse opérer une guérison ce jour-là reviendrait en quelque sorte à admettre qu’il fasse œuvre de création et par conséquent reconnaître sa filiation divine. Pas plus que les autorités juives, l’ancien infirme ne connaît l’identité de celui qui l’a guéri. Sa guérison n’est donc pas liée à une adhésion de foi telle que l’on peut l’entendre au sens doctrinal. La seule foi qui s’exprime ici est la foi en la guérison. Et quand l’homme retrouve Jésus dans le Temple, celui-ci se contente de conseiller : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire . » Il n’affirme pas de lien entre le péché et la maladie – comme on le faisait couramment à l’époque – mais ouvre l’homme à autre chose. Il suggère que son action ne se limite pas à la guérison physique et que le miraculé doit désormais vivre en fonction du don qu’il a reçu. Aujourd’hui aussi, Jésus nous fait signe et nous engage de vivre en fonction de ce que nous recevons de lui. À nous également, il pose la question « Veux-tu guérir ? » De quelle paralysie, de quelle peur, de quelle défaillance voulons-nous être guéris ? À nous encore, il dit « Lève-toi, prend ton grabat et marche . » De quelles difficultés pouvons-nous être relevés, quel grabat portons-nous et dans quelle direction marchons-nous ? Le Christ nous ouvre à son espérance, que lui répondons-nous ? Jean 5,1-16

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