Notre Dame des 7 douleurs

merci à Alexis de nous partager cette riche médiation

La mémoire de Notre Dame des Douleurs résonne en écho de la fête de la Croix Glorieuse. La mère est associée à la souffrance de son fils. Puisqu’elle a communié intimement à La Passion du Christ, Marie est amenée à participer spécialement à sa Résurrection. Marie est la figure de l’Église qui souffre au long des âges sur la surface de la Terre. Et ainsi l’Église, à l’instar de Marie, est appelée à être agrégée à la gloire de la Résurrection du Christ. Tel est le sens de ce que nous célébrons aujourd’hui.

Le culte de Notre Dame des Douleurs est apparu au 13° siècle en Allemagne pour se propager ensuite dans toute l’Église, entre autres par l’intermédiaire de l’Ordre des Servites de Marie, qui a vu le jour à la même époque à Florence. Marie est célébrée sous le nom de Mater Dolorosa, ou encore sous celui de Notre Dame des Sept Douleurs, en référence aux sept souffrances mentionnées dans les évangiles.[1]

Luc évoque une de ces douleurs[2], lors de la présentation de Jésus au Temple par ses parents, dans son évangile de l’enfance. Le vieillard Syméon est présent au Temple où, il prophétise, après avoir rendu grâce au Seigneur pour avoir vu celui qui apporte le salut préparé face à tous les peuples (2,29-32).

L’émerveillement des parents de Jésus résulte de ce qu’ils n’ont pas encore pu pénétrer tout son mystère après les révélations initiales qui ont été faites à Marie de la conception virginale du Fils de Dieu par le Saint Esprit (1,31-35) et aux bergers du signe de la naissance du Christ Seigneur et sauveur (2,11-14).

L’oracle de Syméon est réservé à Marie, peut-être parce que Joseph n’en connaîtra pas l’aboutissement, ou parce qu’elle vivra dans sa chair tout son développement, puisqu’elle survivra à son fils.[3] 

Syméon souligne que la personne de Jésus ne laissera personne indifférent. Il provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il accomplira la prophétie d’Isaïe, pour qui la sainteté du Seigneur assure la protection du fidèle : Il sera un sanctuaire et une pierre que l’on heurte (Is 8,14). Le Christ sera cette pierre de faîte, sur qui se bâtit la construction, la communauté des croyants, mais aussi la pierre d’achoppement qui fera trébucher beaucoup. L’œuvre de Dieu est perdition pour l’incroyant et salut pour le croyant. Mystère du Christ qui nous traverse tous encore aujourd’hui.

Jésus est un signe contesté. Il est signe car il ne s’impose pas, mais doit être accueilli librement dans la foi. Mais il sera toujours contesté, de tous temps. Et de fait, une majorité d’Israël le refusera. Comme une grande partie de l’humanité. Un refus qui est ainsi annoncé par les Ecritures et qui semble s’inscrire dans le dessein de Dieu. Mais un signe contesté qui est aussi Bonne Nouvelle, puisque le salut qui est refusé par les uns sera alors proposé aux autres, à qui il n’était pas au départ destiné.

L’âme de Marie, toute sa personne, sera traversée d’un glaive. Une obscure menace pour la mère de Jésus qui doit se comprendre dans son contexte. Son fils sera signe de division dans son peuple, et ce drame viendra diviser Marie. Certains voient également dans l’avertissement une annonce de la Passion, dont on imagine qu’elle viendra clouer Marie de douleur.

L’échec complet de la mission de Jésus serait peut-être qu’il laisse le monde indifférent. Parce qu’alors, il serait mort pour rien et la douleur de Marie aurait été épandue pour rien. Pendant tout son ministère, Jésus n’aura de cesse de dénoncer l’incrédulité profonde de ses auditeurs, souvent les plus raisonneurs et les plus dévots. On constate pourtant que même auprès des plus incrédules et de ceux qui le refusent, l’évocation de sa personnalité continue à provoquer des réactions, même si elles sont négatives.

La capacité de Jésus d’interpeller notre humanité demeure ainsi intacte. Parce qu’elle conserve toute sa force de révélateur de nos pensées les plus intimes : Ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. Jésus rejoint l’universel de l’âme humaine, il est le Fils du Dieu qui connaît nos cœurs (Lc 16,15). Sa gloire, la densité pour nous de sa présence, réside peut-être justement dans ce rôle de révélateur de l’âme. Et sa mère, parce qu’elle s’associe à la gloire de son fils, participe de cette révélation.


[1]  Les sept douleurs de Marie sont : La prophétie de Syméon sur l’enfant Jésus (Lc 2,34-35) ; La fuite en Égypte (Mt 2,13-21) ; La disparition de Jésus trois jours au Temple (Lc 2,41-51) ; La rencontre de Marie avec Jésus sur la via crucis (Lc 23,27-31) ;  La présence de Marie à la Croix (Jn 19,25-27) ; Marie recueillant le corps de son fils à la descente de la Croix (Mt 27,57-59) ; Marie abandonnant le corps de son fils à la mise au tombeau (Jn 19,40-42). Le chiffre sept est symbolique, il représente l’ensemble, la totalité, c’est le nombre de la perfection.

[2] L’autre évangile proposé au lectionnaire sanctoral (Jn 19,25-27) relate également une des sept douleurs.

[3] Peut-être Luc avait-il lu l’évangile de Jean qui relate la présence de Marie à la Croix. Il n’atteste cependant pas cette présence dans le récit qu’il fait de la Passion, pas plus que Matthieu et Marc. Pourquoi ?

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