méditation du 16 02

Après les Pharisiens à qui Jésus a refusé un signe[1], ce sont les disciples eux-mêmes qui semblent frappés d’aveuglement. Jésus va leur adresser les mêmes reproches qu’à ceux du dehors, pour qui tout devient énigme pour que tout en regardant, ils ne voient pas et que tout en entendant, ils ne comprennent pas de peur qu’ils ne se convertissent et qu’ils ne soient pardonnés.[2] Autrement dit, l’échec de la prédication chrétienne auprès des juifs ne fait qu’aggraver le péché du peuple endurci. Le prophète Isaïe avait déjà constaté cette paralysie de l’intelligence et de la volonté avec ses auditeurs rebelles et qui refusaient de comprendre, et par conséquent de se convertir.[3]

Les signes que Jésus donne doivent être interprétés en fonction du Règne de Dieu. Et le Royaume ne peut être accueilli qu’en se nourrissant du pain de la Parole. Mais les disciples se préoccupent plutôt d’avoir omis de se munir de pains matériels en embarquant avec Jésus. Celui-ci tente de leur faire saisir la signification des deux multiplications des pains auxquelles ils ont assisté.

Il recommande d’abord de prendre garde au levain des Pharisiens et à celui d’Hérode. Le levain était considéré comme source d’impureté et de corruption[4]. Il était symbole les mauvaises dispositions des hommes, donc ici des mauvaises dispositions à l’égard de Jésus des Pharisiens et des Hérodiens. Les disciples risquent de partager ces mauvaises dispositions s’ils restent rebelles aux efforts de Jésus pour leur manifester le sens de la mission à laquelle il veut les associer.

Rappelant alors les deux épisodes successifs de multiplication de pains,[5] il insiste sur les chiffres pour tenter d’en faire ressortir la symbolique. Dans le premier cas, les chiffres relèvent de la culture juive[6] et dans le second du monde païen[7]. Par conséquent, la Parole de Dieu est d’abord adressée au peuple d’Israël et ensuite, parce que celui-ci la refuse, elle est ensuite adressée à toutes les nations. Jésus met ainsi en exergue l’universalité de la mission qu’il confie à ses disciples.

Il conclut son interpellation par l’interrogation désabusée «Vous ne comprenez pas encore ?». Tout ce qui relève de la mission et de l’identité de Jésus restera largement incompris de ses disciples pendant la durée de son existence terrestre. Ce n’est qu’à la lumière de la Résurrection, quand le règne de Dieu se révélera, qu’ils pourront en saisir pleinement le sens.

L’évangile nous interpelle aujourd’hui à discerner nos aveuglements. Notre compréhension de la Parole de Dieu est souvent limitée et les signes que Dieu nous donne ne nous apparaissent pas clairement. Nous méritons parfois les mêmes reproches que ceux adressés aux disciples. Profitons de cette période de Carême pour identifier nos levains, nos mauvaises dispositions  et voir à quelle mission Jésus veut nous associer. Pour participer à la croissance du Royaume de Dieu et à l’universalité du salut.


[1] Mc 8,11-13 : Le signe refusé aux Pharisiens.

[2] Mc 4,11-12 : Le pourquoi des paraboles.

[3] Et il dit : « Va, tu diras à ce peuple : Ecoutez bien, mais sans comprendre, regardez bien, mais sans reconnaître. Rends gras le cœur de ce peuple, appesantis ses oreilles, colle-lui les yeux. Que de ses yeux il ne voie pas, qu’il n’entende pas de ses oreilles. Que son cœur ne comprenne pas. Qui ne puisse se convertir et être guéri » (Is 6,9-10- La conversion est la conséquence naturelle de voir et de comprendre.

[4] Pendant toute la période de la Pâque, les juifs doivent se débarrasser de toute trace de levain dans leur maison et manger des pains azymes. Le levain est un symbole ambigu. Il peut représenter la mort (d’où la consécration de pain non levé dans l’Eglise latine), mais aussi la vie qui reprend (d’où la consécration de pain fermenté dans l’Eglise orientale). 

[5] Successivement en Mc 6,30-44 et Mc 8,1-10.

[6] Les cinq pains rappellent l’organisation d’Israël au désert, considérée comme l’ordre idéal du peuple de Dieu. Les 5000 hommes se réfèrent à l’ordonnance de la foule en rangées de 100 et de 50. Les douze paniers se rapportent aux douze tribus d’Israël.

[7] Les sept pains et les sept paniers rappellent le collège des Sept présidant au service des tables des hellénistes, le chiffre sept étant le chiffre parfait ; les anciens recensaient 70 nations païennes.. Les 4000 hommes se réfèrent au chiffre 4, qui représente les quatre points cardinaux, mais aussi les quatre évangiles et par conséquent la Parole de Dieu qui se répand partout.

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