méditation second dimanche de carême

comme chaque Dimanche Alexis nous partage sa méditation sur la parole du jour.

La Parole de Dieu,[1] qui aligne des textes aussi disparates que le Sacrifice d’Isaac[2] et la Transfiguration de Jésus[3] vient interpeller. Les scènes ont en commun de se dérouler sur une montagne indéterminée. La montagne est le lieu par excellence où Dieu apparaît, se manifeste, se révèle. Et c’est donc bien de révélation dont il est question aujourd’hui, tant pour Abraham qui entraîne son fils Isaac, que pour les disciples Pierre, Jacques et Jean, appelés à contempler la gloire de Dieu.

Le sacrifice d’Isaac choque et horrifie le lecteur ou l’auditeur saisi à chaud et sans recul par ce qui paraît relever de la pratique barbare de sacrifices humains. Il débouche pourtant sur une bénédiction et une promesse de fécondité et de descendance pour celui qui a su faire confiance à Dieu. Le sacrifice passe alors au second plan pour faire émerger une expérience spirituelle de la rencontre des réalités divines qui n’est pas sans rappeler la Transfiguration.

Une révélation qui est la conséquence d’une triple mise à l’épreuve d’Abraham, de Dieu et d’Isaac. Dieu met à l’épreuve Abraham. En lui demandant de sacrifier le fils de sa vieillesse et de la promesse d’une descendance, il veut éprouver sa foi, la confiance qu’il met en lui. Il veut le pousser au bout de ses possibilités, dans ce qu’il a de plus cher et de plus précieux. Une expérience initiatique qui révèle à Abraham la bienveillance de Dieu pour qui se montre fidèle.

Mais Abraham met aussi Dieu à l’épreuve. A son fils Isaac qui l’interroge sur la victime à offrir, il répond : « Elohim verra pour lui l’agneau pour un holocauste ».[4] Autrement dit, il met Dieu en demeure de trouver une solution à la situation dans laquelle il l’a engagé. Une phrase ferme qui signifie à la fois la confiance et l’expérience que doit faire Dieu pour évoluer vers une conclusion bienveillante.

Et Isaac est aussi mis à l’épreuve.[5] Il est appelé à se libérer du lien paternel représenté par la ligature physique pour acquérir son autonomie et mener sa propre vie. L’épreuve est pour lui une initiation à une existence indépendante, où il prend ses marques par rapport à son père. Une révélation de son identité en dehors de l’influence de son père.

Une histoire de fils donc. Abraham ne refuse pas son propre fils à Dieu. Mais il en coûte à Dieu de voir mourir les siens.[6] Et le Père ne refuse pas son Fils qui est livré pour le salut de l’humanité.[7] Le Fils bien-aimé nous est révélé dans sa Transfiguration, il a les paroles qui font vivre.

Les Pères de l’Eglise ont souligné qu’Isaac était la figure de Jésus. Isaac échappe à la mort par la volonté et la grâce de Dieu. De même lors de la Résurrection, Jésus est arraché à la mort par l’amour du Père et par l’action de l’Esprit vivifiant.

La Transfiguration baigne déjà dans le climat pascal. Elle est comme une vision anticipée de la gloire du Ressuscité, elle est aussi la découverte du mystère qui habite Jésus, aboutissement de l’incarnation.

Dans cette scène de révélation, les paroles et les postures des personnes présentes méritent l’attention. Jésus emmène sur la montagne trois apôtres qui seront également les témoins privilégiés de sa frayeur et son angoisse au domaine de Gethsémani.[8] Ils expérimentent ici la proximité de Jésus avec le Dieu d’Abraham et d’Isaac. Moïse et Elie entourent le Transfiguré comme pour accréditer son ministère auprès des apôtres. Ils s’entretiennent avec le Messie dont ils ont préparé la venue. Enfin, sommet de l’événement, Dieu parle et confesse la filiation divine de Jésus auquel il confie les êtres humains. Dans un dernier dialogue, Jésus impose le silence sur sa messianité, car le moment n’est pas encore venu où cette révélation pourra être entendue par l’humanité.

L’expérience extraordinaire des disciples sur la montagne nous renvoie inévitablement à l’expérience ordinaire des femmes et des hommes d’aujourd’hui. Notre existence est parsemée d’épreuves et de révélations. Il est souvent malaisé ou périlleux de témoigner de la foi chrétienne dans le monde de ce temps. Nous connaissons tous des moments de découragement, de crainte ou de doute. Mais nous vivons aussi des temps de grâce où nous sommes visités par l’amour de Dieu qui vient nous illuminer. Des expériences de la présence de Dieu qui transfigure notre quotidien.


[1] Gn 22,1-2.9-13.15-18 – Ps 116(115) – Rm 8,31b-34 – Mc 9,2-10.

[2] Lire en version intégrale dans Gn 22,1-19.

[3] Marc fait intervenir l’épisode de la Transfiguration après la profession de foi de Pierre à Césarée de Philippe et une première annonce de la Passion et de la Résurrection. Les récits parallèles figurent en Mt 17,1-7 et Lc 9,28-36. L’expérience de Pierre est rapportée en 2 P 1,17-18.

[4] Gn 22,8. Effectivement, un bélier apparaîtra dans un buisson pour le sacrifice.

[5] La tradition juive ne parle pas de « sacrifice d’Isaac », mais dénomme l’épisode la « ligature d’Isaac ». Elle insiste par-là sur le lien que noue Abraham lorsqu’il « lia son fils et le mit sur l’autel au-dessus des bûches » (Gn 22,9). Les commentaires rabbiniques prétendent qu’à cette époque, Isaac n’était plus un enfant, mais un homme jeune et accompli, et son père un vieillard. Isaac a donc la force physique pour s’opposer à Abraham lorsqu’il noue le lien, mais il lui reste soumis. Ce qui est alors en jeu pour le fils est de dénouer ce lien paternel pour se séparer de lui.

[6] Ps 116,15. Le psalmiste est en écho avec l’enseignement constant des Ecritures : Je ne prends pas plaisir à la mort de celui qui meurt – Oracle du Seigneur Dieu. Revenez donc et vivez (Ez 18,32).

[7] Rm 8,32. Paul fait ici référence au sacrifice d’Isaac.

[8] Mc 14,33 : Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean. Et là, il commença à ressentir frayeur et angoisse.

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