homélie du 7 mars 2021

Voici l’homélie qu’Alexis nous propose pour ce dimanche

Au fil des jours de Carême, le Christ révèle que Dieu donne et se donne. Ce qui se joue aujourd’hui dans la Parole de Dieu tient à la qualité de la relation à Dieu et interroge sur la participation à la vie de l’Eglise. A ce qui fait de chacun des fidèles les membres du Corps du Christ, le Temple d’une Alliance inédite parce que renouvelée par sa Passion et sa Résurrection.

Notre Dieu libère notre humanité de ses esclavages, la défait de ses asservissements. Les dix paroles[1] de l’Alliance au Sinaï ne sont pas des chaînes pour entraver la liberté, mais au contraire des jalons pour baliser une route de vie et empêcher l’être humain de retomber sous le joug de ce qui l’opprime. On les considère trop souvent comme des commandements moralisateurs qui induisent la culpabilité, alors que ce sont des paroles d’amour et de libération.

Ainsi, se souvenir du shabbat [2]rend-il compte à la fois du repos de Dieu au septième jour de Création[3]  et de la libération de l’esclavage en Egypte[4]. Dans les deux cas cette mémoire parle-t-elle de dégager à l’humanité des espaces de liberté pour qu’elle puisse vivre et se développer.

Ou encore, alourdir[5] son père et sa mère signifie-t-il tout autant leur attribuer le poids de leur mérite que leur rendre le poids que l’on n’a pas à porter pour eux. Ce qui implique reconnaître que l’on ne se reçoit pas de soi-même mais de ses parents, mais également refuser d’endosser leurs frustrations, leurs angoisses, leurs désirs. Honorer ses parents, c’est les croire capables de se libérer du poids de leur vécu autrement qu’en le faisant porter par leurs enfants. Et donc pouvoir s’approprier son existence sans devoir se conformer aux projets et rêves parentaux, sans chercher à combler leurs manques ou réparer leurs échecs. Une parole libératrice tant pour les parents que pour les enfants.

Le Décalogue instaure les bases d’une vie harmonieuse et du culte rendu à Dieu en vérité. Chacune des dix paroles constitue autant de signes concrets du dessein de Dieu pour l’homme. S’en éloigner ou les négliger conduit à rompre l’Alliance et fait perdre leur sens aux rites, aux postures religieuses qu’on pourrait adopter.

Jésus ne signifie rien d’autre dans le texte de l’évangile de Jean. En expulsant du Temple non seulement les marchands et les changeurs, mais aussi les animaux eux-mêmes, il rend impossible la pratique des sacrifices rituels. De ce fait, il porte atteinte à l’essence du culte sacrificiel bien plus qu’il ne dénonce les excès mercantiles commis dans l’enceinte sacrée. Les Juifs ne s’y trompent pas, qui réclament un signe de ce qu’il accomplit. En fait de signe, il ne leur sera donné que celui de son Corps livré en pâture et ressuscité. L’Alliance ancienne s’en est allée et le culte du Temple est devenu caduc. Désormais un culte nouveau est inauguré, et le Temple, c’est le Corps du Christ.

Le Messie qui nous est révélé n’est pas d’abord l’homme en colère contre une institution, mais un homme déterminé à être jusqu’au bout le Fils bien-aimé du Père, marchant dès le début de son ministère dans la clairvoyance de sa Passion et appelant ses disciples à entrer dans le mystère de sa Résurrection. Nous prêchons un Messie crucifié, écrit Paul aux Corinthiens[6]. Pour être relevé, il faut d’abord mourir à soi-même. Sommes-nous prêts à entendre cela et à intégrer la perspective que nous montre le Christ ?


[1] Elles sont à la fois données par le livre de l’Exode (Ex 20,1-17) et par celui du Deutéronome (Dt 5,6-21).

[2] L’impératif porte sur la mémoire, le souvenir du shabbat et non sur son observance par les multiples prescriptions et interdits.

[3] Dans la version du livre de l’Exode (Ex 20,8).

[4] Dans la version du livre du Deutéronome (Dt 5,12).

[5] Le verbe alourdir, donner du poids, est préférable au verbe honorer, qui n’existe pas en tant que tel en hébreu, langue qui ne manie pas les mots abstraits, mais les rend par des expressions concrètes.

[6] Le Dieu de Jésus Christ se révèle par la Croix, bouleversement complet de paradigme pour les Juifs qui croyaient tout savoir sur Dieu, et proposition inacceptable pour les Grecs, pour qui la raison humaine était établie en libre arbitre de toutes choses.

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