méditation pour le dimanche des rameaux

Alexis nous partage cette belle médiation pour entrer dans la semaine sainte.

Paradoxe des Rameaux et de la Passion du Christ, où se mêlent en se succédant la joie et l’enthousiasme des acclamations triomphales à la souffrance et l’échec qui apparaît absolu d’une mort ignominieuse. Quelle différence entre ces foules qui acclament leur Roi et celles qui hurlent leur haine au Prophète déchu ? Ceux qui s’exaltent ne sont-ils pas prompts parfois à crier au loup ? Mais le triomphe de Jésus ne résiderait-il pas précisément dans la folie de la Croix ? Parce que la mort engendre la vie.

Notre société élude la mort et tout son cortège, la vieillesse, la déchéance physique. Elle entretient le mythe de l’éternelle jeunesse, de la toute-puissance de la science supposée résoudre tous les problèmes et répondre à toutes les questions. Elle relègue les mourants dans des endroits dédicacés – maisons de repos et de soins ou services hospitaliers de soins intensifs ou palliatifs. Et même si la réalité s’impose brutalement, elle tente d’en écarter le visage en le cachant sous des statistiques anonymes.

De même nous chrétiens, quand nous abordons le mystère du salut, avons-nous souvent tendance de faire l’impasse sur l’agonie, les souffrances et la mort de Jésus pour en arriver un peu trop rapidement à sa résurrection[1]. Il n’est pas correct de procéder ainsi, la Croix du Christ est une réalité incontournable. Les évangiles ne le font d’ailleurs pas. Bien au contraire, ils accordent une place fort importante au récit de la Passion. Ainsi l’évangéliste Marc s’applique-t-il à déployer un long récit très circonstancié. Récit qui peut paraître disproportionné avec le reste de l’évangile.[2] Si ces pages n’avaient pas été essentielles, l’évangéliste n’aurait-il pas estompé les scènes scandaleuses de la croix pour insister d’avantage sur le récit de la résurrection[3] ? Par conséquent, la Croix est primordiale à l’intelligence de la Résurrection.

La Croix met en relief une vérité paradoxale, celui d’un Dieu qui accepte la mort par amour de l’humanité. Un Dieu qui offre le visage du Christ crucifié. D’un point de vue humain, la mort de Jésus est un tragique échec. Echec d’une mission et de toute une vie, accentué encore par le supplice infâmant de la croix. Le Christ meurt dans la déréliction absolue, il succombe au terme d’atroces souffrances, méconnu et abandonné de tous. L’Evangile en relate toutes les circonstances, sans les dénier.

Le christianisme naît cependant de cet échec. Parce que c’est un échec traversé, qui ouvre à une vie plus féconde. Sur la Croix se manifeste la gloire de Dieu, autrement dit sa densité de présence pour les êtres humains. Certes pas la gloire qu’aspirent la plupart de nos contemporains, faite de suffisance et d’autonomie mal digérée. Mais une présence à l’humain dans tous ses échecs, pour les porter avec lui, pour l’aider à aller plus loin, dans tous les recommencements. La densité de vie de Dieu se montre sur la croix et non malgré la croix. Dieu est grand parce qu’il tient bon, persévère avec et pour les hommes. Le salut vient de la Croix, c’est là que se manifeste éminemment la solidarité de Dieu pour l’humanité.

La Passion de Jésus met en question les fondements d’un monde qui dénie sa fragilité. Elle vient aussi éclairer et donner sens à nos échecs. Elle nous apprend à ne pas les nier, mais à les traverser pour que ces expériences douloureuses nous fassent grandir et accéder à des qualités supérieures d’existence. Nous sommes aujourd’hui devant la Croix. Que cette semaine sainte nous fasse cheminer vers la joie et la lumière de Pâques. Alors, avec le Christ, nous nous relèverons.   


[1] Dans un même ordre d’idées, à l’occasion de la célébration de funérailles, il faut se méfier de parler trop vite de l’espérance de la résurrection du défunt, sans avoir d’abord pris en compte la douleur que vit la famille et le travail de deuil souvent pénible qu’elle doit effectuer.

[2] Que dirait-on d’une biographie d’un personnage célèbre dont le récit de la mort prendrait à lui seul, comme ici, un cinquième de la totalité du livre ?

[3] Chez Marc, le récit de la Passion dénombre 119 versets contre 20 pour la Résurrection.

Une réflexion sur “méditation pour le dimanche des rameaux

  1. Sadzot Françoise

    Merci Alexis, pour cette belle méditation du dimanche des Rameaux.
    J’aime spécialement bien quand les méditations sont assez courtes (comme celle-ci ).
    Celle-ci m’a beaucoup apporté.
    Bonne semaine sainte à toi et à ton épouse, et belle fête de Pâques :
    Françoise Sadzot.

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