méditation de ce 20 juillet

Le miracle de la mer est considéré, avec la marche dans le désert et la conquête de Canaan, comme un événement fondateur du peuple juif. Autrement dit, il est un des faits majeurs qui ont contribué à la naissance de l’identité d’Israël. A ce titre, les événements de la sortie d’Egypte appartiennent aux plus anciennes professions de foi d’Israël,[1] dont la force d’évocation est restée intacte.[2]

Le récit combine deux versions d’auteurs différents ayant écrit à des époques différentes[3] et poursuivant des objectifs différents. Le récit primitif[4] offre un scénario sobre[5] où seul Dieu intervient. Les Egyptiens auraient très vite regretté le départ de leur main d’œuvre et se seraient lancé à leur poursuite. Ils l’auraient rattrapée alors qu’elle venait d’établir son campement au bord de la mer.[6] Mais Israël était protégé par Dieu. Tout d’abord la nuée[7] vint se placer entre les deux groupes de manière d’empêcher les poursuivants de rattraper les fuyards. Ensuite Dieu mobilisa les éléments – eaux et vent d’est[8] – de sorte que les chars égyptiens, cloués sur le bord du rivage, furent balayés par le reflux de la mer.[9]

Le récit est particulier dans le sens où il ne relate pas qu’Israël ait traversé à pied sec, pas plus qu’il ne fait intervenir Moïse. Ainsi donc, l’armée égyptienne est détruite par la seule intervention divine. Et le fait est interprété comme le signe de la bienveillance du Dieu d’Israël. Autrement dit les fugitifs se sont trouvés dans une situation désespérée et ils ont été sauvés dans des circonstances qui leur ont paru comme une action puissante et miraculeuse de leur Dieu. De plus, cette intervention est discrète puisqu’elle s’opère par l’intermédiaire des éléments naturels – le brouillard, le vent, les eaux. Dieu respecte la liberté de l’homme de reconnaître ou pas sa présence dans les actions qu’il mène. Et le miracle relève de l’interprétation religieuse des événements, c’est une question de foi.

La version primitive sera complétée[10] par l’insertion d’éléments qui mettent en évidence l’intervention de Moïse qui agit au nom de Dieu en accomplissant des prodiges. Il fend la mer en deux pour que les Israéliens puissent y pénétrer en marchant sur la terre sèche. Ensuite il referme la mer sur les poursuivants de sorte qu’ils se retrouvent au fond de celle-ci. De plus, le but de l’action est clairement indiqué, Dieu veut se couvrir de gloire aux dépens des Egyptiens.

L’ensemble prend une coloration nettement symbolique. L’Egypte représente ainsi l’ennemi, les forces du mal. Quand elle s’en prend à Israël, c’est Dieu lui-même qu’elle attaque. Dieu ne se contente plus de protéger ses fidèles, il veut détruire ses adversaires. Le miracle de la mer devient ainsi un épisode du combat de Dieu contre les forces du mal. De plus, les éléments prodigieux – la séparation des eaux, l’apparition de la terre sèche – ont des similitudes avec le premier récit de création de la Genèse.[11] Le récit apparaît donc comme une nouvelle création, celle d’un peuple qui triomphe des eaux du mal.[12]

Le miracle de la mer, c’est la naissance du peuple d’Israël. Elle se fait par séparation – séparation d’avec l’Egypte et de toute son armée, séparation des eaux à gauche et à droite, passage de la peur et de la mort au jour et à la confiance, passage sur l’autre rive. Jésus aussi appellera souvent ses disciples à passer sur l’autre rive, de la mort à la vie. Et le baptême signifie de même une libération d’Egypte, avec la mort à la mort, la mort au péché, une nouvelle naissance à Dieu et à la liberté.

La naissance du peuple juif à travers la mer est emblématique de toute libération, de tout salut. Ce peuple est élu – non pas parce qu’il aurait mérité, mais par pure gratuité divine – pour manifester que tous les peuples qui se trouvent dans cette situation d’asservissement sont choisis contre l’oppresseur, contre les forces du mal. Ils sont appelés à naître et à se libérer.


[1] Mon père était un araméen nomade, il descendit d’Egypte et devint une grande nation (Dt 26,5).

[2] Avec aussi le danger d’interprétations nationalistes de tels textes. Ils faisaient ainsi partie de l’instruction militaire des Israéliens lors de la guerre des Six Jours avec l’Egypte (1967).

[3] Respectivement aux 11° et 6° siècles avant l’ère chrétienne.

[4] Datant du temps de David et appelé jahviste parce qu’il appelle Dieu YHWH.

[5] Le cœur de Pharaon et de ses serviteurs changea à l’égard du peuple, ils dirent : « Qu’avons-nous fait là de laisser Israël quitter notre service ! » Les Egyptiens se lancèrent à leur poursuite et les rejoignirent alors qu’ils campaient au bord de la mer. La colonne de nuée se déplaça devant eux et se tint derrière eux. Elle se mit entre le camp des Egyptiens et le camp d’Israël. La nuée était ténébreuse et la nuit s’écoula sans que l’on puisse s’approcher l’un de l’autre de toute la nuit. Et YHWH refoula la mer toute la nuit par un fort vent d’est. A la veille du matin, YHWH regarda depuis la colonne de feu et de nuée vers le camp des Egyptiens. Les Egyptiens dirent : « Fuyons devant Israël car YHWH combat avec eux contre les Egyptiens ! » Au point du jour, la mer rentra dans son lit. Les Egyptiens en fuyant la rencontrèrent, et YHWH culbuta les Egyptiens au milieu de la mer. Ce jour-là, YHWH sauva Israël des mains des Egyptiens et Israël vit les Egyptiens morts au bord de la mer (Ex 14,5b.9.19b-20.21b.24.25b.27b.30).

[6] La mer des Joncs, qui est surtout un endroit marécageux.

[7] La nuée symbolisait la présence de Dieu au milieu de son peuple.

[8] Le vent souffle de l’est, il va donc vers l’ouest, c’est-à-dire vers l’Egypte.

[9] Le récit primitif est ainsi compatible avec celui de la fuite d’une bande d’Hébreux sortant d’Egypte et poursuivis par une patrouille égyptienne équipée de chars. Le vent ayant asséché la région marécageuse, les fuyards, plus légers, seraient passés, tandis que les Egyptiens, plus lourdement équipés, se seraient enlisés.

[10] Les ajouts datent de l’époque perse, donc après l’Exil, au cours d’une période particulièrement difficile pour les croyants confrontés au paganisme ambiant. La communauté qui a donné naissance à cette version, dite sacerdotale, était regroupée autour du Temple et proclamait hautement sa fidélité à YHWH, dont elle attendait l’écrasement de ses ennemis.

[11] Séparation des eaux d’en-haut et d’en-bas, apparition du sec (Gn 1,7-9).

[12] La mer et les eaux sont traditionnellement le symbole du mal.

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