méditation pour la fête de la croix glorieuse

merci à Alexis, comme chaque mardi et dimanche, de nous proposer une méditation sur la parole du jour

Célébrer la Croix, contemplée comme glorieuse, signifie accueillir la promesse de la vie éternelle avec le Christ, l’unique engendré livré pour nous et comprendre que ce don vient du Père, qui veut que par son Fils le monde soit sauvé. Et proclamer que Jésus Christ est Seigneur, pour la gloire de Dieu le Père.[1] Symbole de la victoire pascale du Christ sur la mort, la Croix représente également le signe traditionnel du Fils de l’Homme, qui apparaîtra dans le ciel pour annoncer son retour.[2]

La dévotion de la sainte Croix – née à Jérusalem et peut-être liée à la découverte de la vraie croix, mais certainement en lien avec l’érection des deux basiliques élevées l’une au calvaire et l’autre au tombeau du Christ[3] – se répandra rapidement à travers tout l’Orient et ne sera attestée que plus tard en Occident. Le rite byzantin,[4] où la Croix est élevée aux quatre points cardinaux, a donné son nom primitif à la fête. La célébration latine actuelle[5] résulte ainsi de la fusion de la fête de l’Exaltation[6] de la sainte Croix et de celle de l’Invention[7]de la sainte Croix.

Cette dimension d’élévation reste présente dans toute la liturgie. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’Homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Si le Christ Jésus a été élevé par Dieu au-dessus de tout, c’est parce qu’il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. Ainsi donc, nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’Homme. L’élévation du Christ ressuscité résulte du double abaissement de son Incarnation et de sa Passion.

Nous sommes invités aujourd’hui, comme les Hébreux dans le désert vers le serpent de bronze, à élever nos regards vers la Croix. Comment comprendre que cet instrument de supplice qui conduit à la mort la plus ignominieuse[8] soit aussi l’instrument de la rédemption et représente la victoire de la Vie ? C’est la Croix, source de mort telle la morsure des serpents brûlants[9], qui, lorsqu’on la regarde, la contemple et l’adore, devient source de vie. Ce symbole universel réunit en son centre, à la croisée de l’axe vertical et de l’axe horizontal, à la fois la mort et la résurrection. L’une ne peut exister sans l’autre, c’est parce qu’il s’est abaissé dans la mort que le Christ est ressuscité, a été glorifié et est assis à la droite du Père.

Le mot exaltation provient de l’adjectif latin altus, qui signifie à la fois haut et profond. Il suggère donc que c’est en descendant au plus profond du mystère de l’amour divin que le Christ est élevé au plus haut. L’arbre de la Croix plonge ses racines dans les abîmes des enfers et étend ses frondaisons dans les hauteurs du ciel. Et c’est le Christ ressuscité qui assure le lien entre la terre et le ciel, entre l’univers profane et le monde sacré. Nul ne peut accéder au ciel, à son Père et à la vie sans passer par lui.

Le scandale de la Croix est révélateur de l’amour du Père. Pour mieux pénétrer le mystère de la Croix et vivre les épreuves, il faut se rappeler que Dieu, lui,  n’a pas fait la mort, et il ne prend pas plaisir à la perte des vivants[10], et combien il est proche dans la souffrance comme dans la joie, combien en son Fils il vient partager cette souffrance tant physique que morale. La manifestation de son amour apparaît autant dans la croix que dans la résurrection. Cette croix nous indique le chemin, notre part de la croix du Christ[11], pour accéder à l’amour du Père et avoir part à sa vie.


[1] L’abaissement du Christ, dans l’hymne aux Philippiens, atteste la gloire du parfait amour mutuel du Père et du Fils (Ph 2,11).

[2] Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’Homme ; alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine ; et elles verront le Fils de l’Homme venir sur les nuées du ciel dans la plénitude de la puissance et de la gloire (Mt 24,30).

[3] L’église de la Résurrection est élevée sur le tombeau du Christ en 335. La date du 14 septembre correspond au lendemain de la dédicace de cette église.

[4] Après les Matines, le célébrant encense la sainte Croix ; puis il la porte en procession à travers les portes royales, qui séparent le narthex de la nef, il s’arrête ; tourné vers l’orient, c’est-à-dire vers l’abside, il donne une triple bénédiction avec la Croix, s’incline profondément, se redresse et élève la Croix aussi haut qu’il le peut ; pendant ce temps le chœur chante cent fois le Kyrie Eléison. Cette élévation se répète encore quatre fois vers le midi, l’occident et le nord et de nouveau vers l’orient (René Bornert, La célébration de la sainte Croix dans le rite byzantin, in La Maison Dieu n° 75, Cerf, Paris, 1963).

[5] Issue du Concile de Vatican II.

[6] Du verbe latin exaltare (ex altus, vers le haut), élever.

[7] Du latin invenire, trouver, découvrir. Cette fête était célébrée le 3 mai avant la réforme de Vatican II.

[8] Le supplice de la Croix était réservé aux esclaves.

[9] A la morsure cuisante, très venimeuse. Le mot brûlantsséraphim – désigne aussi les Séraphins, une catégorie d’anges – à l’origine des dragons – donc des envoyés de Dieu. Les serpents sont envoyés par Dieu.

[10] Sg 1,13 : La justice source de vie.

[11] En nous rappelant toujours la promesse de Jésus : Mon joug est aisé et mon fardeau léger (Mt 11,30).

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