méditation du 14 décembre

Voici la méditation d’Alexis sur la parole de ce mardi

La question de l’intérêt de Dieu pour l’humanité traverse tout le livre de Sophonie. Les temps sont troublés et les sceptiques prétendent que le Seigneur ne peut faire ni bien ni mal.[1] Le thème de l’indifférence ou de l’absence de Dieu rejoint les préoccupations ou les revendications de bon nombre de nos contemporains. Leur horizon est limité aux seules occupations matérielles dans un monde désenchanté où règne la grisaille du présent et la peur de l’avenir.

Le prophète s’interroge sur le sens de l’histoire dans une période particulièrement dramatique pour le peuple élu. L’empire assyrien est en pleine expansion, les petits états araméens ont été laminés[2] et le royaume du Nord est assujetti.[3] Le royaume de Juda subsiste provisoirement, serré dans le couloir palestinien. Il participe aux intrigues politiques et aux jeux de coalition entre vassaux des deux puissances dominantes, l’Assyrie et l’Egypte.

Le livre présente une lecture prophétique des signes des temps, qui prépare la littérature de révélation. Un ciel d’apocalypse[4] et une terre pour les pauvres du Seigneur, tels sont les deux thèmes principaux de Sophonie, avec une réalité centrale : Dieu au milieu de son peuple, car lui seul orchestre l’histoire et sauve les humbles.

Le prophète prononce un oracle contre Jérusalem. Parce que la ville est récalcitrante et infidèle, parce que ses chefs, juges, prophètes, prêtres se sont montrés sourds à la voix de Dieu, celui-ci place Jérusalem sous son jugement et la voue au malheur. Ce ne sont pas seulement les grands qui pâtissent, mais aussi les idolâtres, les incrédules, tous subiront l’action divine.[5]

Dans le constat qu’il dresse contre Jérusalem, Sophonie donne en fait une définition en quatre points de la vie dans la foi. Pour lui, croire signifie se mettre à l’écoute de l’appel de Dieu, accepter son enseignement, placer sa confiance en lui pour enfin s’approcher de lui. La foi ne signifie pas d’abord une adoration rituelle, mais surtout une soumission docile à la volonté de Dieu. La foi est toujours de l’ordre de l’expérience d’une relation de vie avec Dieu.

Au-delà des menaces qu’il profère contre les nations,[6] le prophète apporte la promesse de la conversion des peuples qui se purifieront de leurs idoles pour invoquer le vrai Dieu, le servir, l’adorer et lui apporter leur offrande. Les accents qu’il imprime sont ceux d’une conversion et d’un salut des nations, de la métamorphose et de la refonte d’une humanité tout entière qui se libère de son péché et se réconcilie avec son Créateur. Et qui annonce la rédemption apportée à tout l’univers par le Christ Jésus.

De même, Sophonie annonce la conversion d’Israël. Le Jour du Seigneur sera pour le peuple élu le jour d’un bouleversement général. Dieu en extirpera toutes les actions mauvaises, les révoltes, l’arrogance et l’orgueil. Seuls subsisteront ceux qui placent leur foi dans le Seigneur et qui s’abandonnent en lui. Le mensonge et l’iniquité disparaitront de la Ville sainte. Le prophète a des accents de tendresse pour les petits qui mettent en pratique la volonté du Seigneur. Seuls ceux-là, les humbles, ont quelque espoir à échapper au cataclysme de la colère divine. Ils sont le reste d’Israël, petit groupe resté fidèle, le nouveau peuple de Dieu. Le jugement de Dieu n’aboutit pas ainsi à une totale extermination, ce qui signifie que l’élection du peuple n’est pas mise en question, et que le reste[7] est une manifestation de la grâce divine, qui exige une réponse de ceux qui en sont l’objet.

Pour nous chrétiens, la prophétie de Sophonie ne trouvera sa pleine réalisation que dans le Christ. Lui qui apporte la promesse du Règne de Dieu. Dans ce Royaume, il met en avant[8] les pauvres, les humbles, ce petit reste qui fait la volonté de Dieu, son Père. Parce qu’ils mettent leur confiance en lui, il les place dans sa tendresse et leur accorde la vie en plénitude. En lui notre espérance.


[1] Eh bien ! En ce temps-là, je fouillerai Jérusalem avec des torches, et j’interviendrai contre les hommes figés dans leur inertie et qui pensent : le Seigneur ne peut faire ni bien ni mal (So 1,12).

[2] Les Assyriens occupent toute la région située entre l’Euphrate et la Méditerranée, Damas est tombée en 732, Tyr le sera en 701.

[3] Prise de Samarie en 722 et déportation de sa population.

[4] Apocalypse signifie révélation.

[5] Ils ont violé sa loi (So 3,4).

[6] Ces menaces sont dirigées contre les quatre points cardinaux : contre ceux de l’Ouest (So 2,4-7), contre ceux de l’Est (So 2,8-11), contre ceux du Sud (So 2,12), contre ceux du Nord (So 2,13-15).

[7] Ceux que le prophète Isaïe appelle les réchappés : Si le Seigneur de l’univers ne nous avait laissé quelques réchappés, nous serions comme Sodome, semblables à Gomorrhe (Is 1,9).

[8] C’est ainsi que Chouraqui traduit le terme Bienheureux dans le discours des Béatitudes.

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