méditation du 8 mars

Nous l’attendions la voici. Merci à Alexis de sa méditation pour aujourd’hui.

La Parole de Dieu est féconde, elle n’est jamais sans effet sur ceux à qui elle est destinée, elle est efficace et toujours réalise ce qu’elle annonce. Tel est l’enseignement du prophète Isaïe, destinée à encourager les esprits et réconforter les cœurs de ceux qui, hier comme aujourd’hui, sont sur les routes de l’exil. Pour nous chrétiens, elle prend une signification toute particulière en ce début de Carême. Le Christ Jésus, qui est lui-même le Verbe de Dieu,[1] réalise l’oracle et met en perspective cette espérance d’une Parole performatrice.

Le second prophète Isaïe[2] annonce le retour du peuple juif d’exil, avec la déchéance de Babylone et le triomphe des Perses. Il s’adresse d’abord à tout le peuple d’Israël, puis plus progressivement à une élite de ce peuple. Ses prophéties sont marquées par un retournement de situation où, d’opprimés, les juifs se trouvent consolés par la restauration de Jérusalem et la conversion des nations au vrai Dieu. Son œuvre[3] est connue sous la dénomination de livre de la consolation d’Israël,[4] car il annonce le salut.

Après s’être adressé à Jérusalem,[5] qualifiée d’épouse du Seigneur, pour lui signifier qu’après avoir été humiliée, elle sera maintenant glorifiée, le prophète se tourne vers les fidèles[6] qui se préparent à la repeupler, pour leur préciser la nature et les conditions de leur bonheur. Il insiste sur la transcendance de Dieu, l’efficacité de sa Parole et l’éclat du nouvel Exode. Dieu, par la voix de son prophète, propose l’aliment solide de son enseignement, qui procure la vie en plénitude. Il promet ensuite de rendre à ses fidèles le rayonnement qui fut jadis celui de David, et presse les obstinés de se convertir, de faire confiance à son pardon, car ses vues dépassent les leurs et sa Parole ne déçoit jamais. Il renouvelle enfin sa promesse de libération telle que son retentissement se répercutera à jamais.

Reprenant l’image, chère au psalmiste,[7] de l’eau qui tombe des cieux pour ensemencer la terre, lui faire porter ses fruits et donner sa nourriture à l’homme, le prophète insiste sur la fécondité de la semence. Le Christ, complètera l’apôtre Paul,[8] nous apporte cette semence pour faire croître des fruits de justice. De même, ce qui sort de la bouche de Dieu, la Parole de justice,[9] accomplit toujours ce qu’elle promet.[10] Jésus, le Verbe de Vie, en remettant l’Esprit sur la Croix,[11] apporte l’ultime aboutissement de la promesse de Dieu de réaliser un règne de paix.[12] Ainsi se réalisera la volonté du Seigneur d’une vie en plénitude.[13]

Dans un monde aujourd’hui bouleversé par les épidémies et la guerre, pour nos contemporains tenaillés par la peur du lendemain, l’oracle d’Isaïe apporte le réconfort de la Parole de Dieu. Comme l’eau qui ensemence la terre, elle vient féconder les cœurs. Avec le Verbe de Dieu, une vie en plénitude est promise à notre humanité, dans la paix et la justice véritables.


[1] Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu (Jn 1,1).

[2] On considère généralement que la rédaction du livre d’Isaïe s’est étendue sur plus de deux siècles et a été élaborée par une « école » dont on identifie trois prophètes. Le second Isaïe écrit probablement dans la période des années 550-539 ACN et prédit le retour d’exil à Babylone.

[3] On lui attribue les chapitres 40-55 du livre d’Isaïe.

[4] En référence à son adresse : Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, rassurez Jérusalem et proclamez à son adresse que sa corvée est remplie, que son châtiment est accompli, qu’elle a reçu de la main du Seigneur deux fois le prix de toutes ses fautes (Is 40,1).

[5] Tout le chapitre 54 du livre d’Isaïe est consacré à cette exhortation.

[6] Dans le chapitre 55 du livre d’Isaïe, qui constitue l’épilogue de l’enseignement du second Isaïe.

[7] Bien développée dans le psaume 103 (hébreu 104), particulièrement les versets 13-15.

[8] Celui qui fournit la semence au semeur et le pain pour la nourriture, vous fournira aussi la semence, la multipliera, et fera croître les fruits de votre justice (2 Co 9,10).

[9] De ma bouche sort ce qui est juste, une parole irréversible (Is 45,23).

[10] C’est lui qui a parlé, et cela arriva, lui qui a commandé, et cela exista (Ps 32 (hébreu 33),9).

[11] Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est achevé », et, inclinant la tête, il remit l’esprit (Jn 19,30).

[12] C’est en effet dans la jubilation que vous sortirez et dans la paix que vous serez entraînés (Is 55,12).

[13] Si tu fais de sa vie un sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours, et la volonté du Seigneur aboutira (Is 53,10).

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