méditation pour le 15 mars

Pas de culte sans justice, proclame le prophète Isaïe.[1] Son message est intimement lié aux circonstances au milieu desquelles il est appelé à exercer son activité,[2] son attitude est dépendante de ce qu’il vit avec son peuple. Son apparition sur la scène de l’histoire[3] coïncide avec une période de prospérité du peuple juif, mais qui avait en contrepartie l’avènement d’une classe de propriétaires qui accaparaient toutes les terres, l’écrasement des pauvres. Le prophète ne peut que stigmatiser ce qu’il considère comme le contraire de la justice voulue par Dieu et annoncer sa colère.

Isaïe n’hésite pas à comparer la classe dirigeante du peuple d’Israël aux grands de Sodome ou encore au peuple de Gomorrhe. Une image très forte, quand on pense que ces deux villes ont été anéanties par Dieu dans une pluie de soufre et de feu.[4] Le péché qui leur valut cette sanction est généralement attribué à leur dépravation morale, en particulier par des pratiques homosexuelles. A examiner de plus près les textes, on s’aperçoit que c’est leur manque de justice qui causa la colère du Seigneur.[5] De plus, leur faute consiste aussi dans leur déni d’hospitalité et dans leur idolâtrie.[6] Isaïe signifie ainsi que les possédants pratiquent l’injustice avec les pauvres, qu’ils n’accueillent pas, réduisent à la misère et oppriment. Leur seule motivation, leur seul dieu, est leur appétit de puissance et de domination.

Mais si l’accusation est grave, Isaïe ne condamne pas irrémédiablement les pécheurs. Il les appelle à se convertir en se purifiant de leurs fautes. Il les exhorte à un revirement radical de leurs attitudes dans la recherche du bien et de la justice. En concentrant leurs efforts sur les trois catégories de personnes les plus précarisées de la société de l’époque, les opprimés, les orphelins et les veuves.

Le prophète met littéralement en procès[7] ceux qui oppriment le peuple dans une promesse de pardon qui se réalisera dans la mesure où ils y répondront. Ici aussi, les mots disent la profondeur du changement qui peut s’opérer pour ceux qui acceptent cette purification. L’opposition du rouge et du blanc est particulièrement explicite. Le pardon de Dieu les lavera complètement du sang qu’ils auront répandu et ils retrouveront leur pureté originelle.

L’oracle d’Isaïe pose clairement l’alternative aux pécheurs. Ceux qui se convertiront goûteront à la promesse faite à leurs pères.[8] Ceux qui s’obstineront dans leurs appétits de possession périront dans la violence.[9] L’enjeu pour le peuple est ainsi de choisir entre la paix et la guerre.

La même alternative se place devant nous aujourd’hui. Vois : je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur.[10]Nous sommes mis devant nos responsabilités. Si nous choisissons la puissance et l’injustice, notre civilisation sera engloutie par le feu du ciel. Si nous prenons parti pour la solidarité et l’équité, nous jouirons des fruits de paix.


[1] Le livre d’Isaïe couvre une longue période qui voit évoluer une « école » de trois prophètes. Il s’agit ici du premier prophète de ce nom (chapitres 1-39).

[2] On suppose qu’Isaïe était apparenté à la famille royale, mais son autorité relève avant tout de sa mission prophétique.

[3] Isaïe a commencé à prophétiser en 740 pendant le long règne sur Judas du roi Osias, et son activité s’est étendue sur une quarantaine d’années.

[4] Le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu. Cela venait du ciel et du Seigneur (Gn 19,24).

[5] Comme cela ressort de l’intercession d’Abraham pour les habitants des deux villes : Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le coupable ? (Gn 18,16-33).

[6] Dans l’épisode qui confronte Loth aux gens de Sodome (Gn 19,1-29), les habitants veulent déloger de chez lui les deux anges qu’il a accueillis dans sa maison, en violation complète des règles élémentaires de l’hospitalité orientale. Ensuite, ils veulent les « connaître », terme à connotation sexuelle. Mais quand on songe qu’il s’agit d’anges, de créatures divines, on est en droit de se dire que c’est Dieu lui-même qu’ils veulent connaître, s’approprier, posséder, et commettre ainsi le crime d’idolâtrie. 

[7] La formule « Venons et discutons » est caractéristique d’une diatribe juridique.

[8] Je vous ai fait entrer au pays des vergers pour que vous en goûtiez les fruits et la beauté (Jr 2,7).

[9] Je ferai venir sur vous l’épée chargée de venger l’Alliance, et vous vous rassemblerez dans vos villes. J’enverrai la peste au milieu de vous, et vous serez livrés aux mains de l’ennemi (Lv 26,25).

[10] Dernier discours de Moïse (Dt 30,15).

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