méditation pour le premier Janvier (fête de Sainte Marie mère de Dieu)

En ce dernier jour de l’année, Alexis nous partage sa méditation de nouvel an. nous vous souhaitons une belle et sainte année 2023.

L’étonnement qui saisit ceux qui entendent les bergers est un ébranlement moral, une surprise causée par quelque chose de singulier, d’extraordinaire, d’inattendu, une stupéfaction. La capacité à s’interroger sur une vérité aveuglante, qui empêche de voir et de comprendre le monde immédiat. L’événement qui fait sens est le nouveau-né couché dans la mangeoire, autrement dit la venue d’un enfant-Dieu qui se donne, nourriture pour le salut de l’humanité. Un étonnement qui est aussi émerveillement[1] devant le mystère de l’incarnation, qui dépasse tout entendement.

Marie est dépositaire de cette révélation dont le sens ne sera pleinement manifesté qu’à la lumière de Pâques. Elle le retient pour l’avenir, en interprétant les événements dans son cœur. Ou encore dans sa vie intime, sa pensée, sa mémoire, ses sentiments, ses décisions.

Les bergers, des hommes rustres et qui ne jouissent d’aucune considération, ont vu de leurs yeux le mystère que l’ange leur avait annoncé, un nouveau-né couché et emmailloté dans une mangeoire.[2] Ainsi s’accomplit la parole de l’ange Gabriel : Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus.[3]

Historiquement, c’est aujourd’hui la commémoration de cet événement. Exactement huit jours après la naissance, l’enfant mâle était circoncis et recevait son nom, et donc sa personnalité. En l’occurrence, le nom de Jésus, qui veut dire Dieu sauve.

C’est important de dire que l’enfant a été circoncis. C’est un principe de réalité quant à son humanité. Jésus est un homme de chair et de sang, fils d’Israël selon la chair. Celui qui naît du sein de Marie est pleinement homme, comme il est pleinement Dieu. Le Verbe s’est fait chair.[4] Quand Dieu se fait homme, ce n’est pas l’apparence d’un homme, ce n’est pas qu’un corps d’homme, mais bien l’homme tout entier, corps et âme. Il est vraiment de notre nature humaine, un frère en humanité.

Parce que Marie est la mère de Jésus, aujourd’hui elle est honorée en tant que mère de Dieu. L’apôtre Paul dit sobrement que Dieu a envoyé son fils, il est né d’une femme.[5] Ou avec les mots de Luc : Toutes les générations m’appelleront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.[6]

Et de fait, depuis des temps reculés, Marie est honorée par l’Eglise sous le titre de Mère de Dieu,[7] que nous célébrons aujourd’hui. L’histoire de cette définition n’a cependant pas été simple et a été source de divisions entre chrétiens.[8]

Marie tient un rôle unique puisqu’elle a enfanté Dieu selon la chair. Mère de l’homme Jésus, elle est aussi mère de Dieu. Sa libre acceptation à la volonté de Dieu[9] a rendu possible l’incarnation. Marie a coopéré à l’œuvre de Dieu et notre humanité lui en est redevable. Sa détermination nous ouvre un chemin et nous apprend à aimer Dieu.

Durant cette nouvelle année qui commence, que Marie nous apprenne à garder, dans notre cœur, les signes discrets de la présence de Dieu dans nos vies. Que nous puissions faire mémoire de la merveille de ces signes et, avec les bergers, les annoncer pour la joie du monde.


[1] Certaines versions de l’évangile disent émerveillés plutôt que étonnés.

[2] Apparition de l’ange du Seigneur (autrement dit du Seigneur lui-même) aux bergers (Lc 2,12).

[3] Annonce à Marie (Lc 1,31).

[4] Prologue de l’évangile de Jean (Jn 1,14).

[5] Lettre aux Galates (Ga 4,4).

[6] Magnificat (Lc 1,48.49).

[7] Le terme grec est Theotokos, littéralement qui porte Dieu.

[8] Au 5° siècle, Nestorius, patriarche de Constantinople, a refusé à Marie le titre de Theotokos, lui préférant celui de Christotokos (qui porte le Christ). Il a été déposé de sa charge et exilé. Des Eglises orientales sont ainsi séparées depuis le concile d’Ephèse (431).

[9] Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit (Lc 1,38).

Décès du Pape émérite Benoit XVI

Le pape émérite Benoit XVI est décédé ce matin. je vous partage l’article que j’ai trouvé sur le site info du Vatican.

A 9h34 ce samedi 31 décembre, à l’âge de 95 ans, le pape émérite Benoît XVI est décédé au monastère Mater Ecclesiae où il résidait depuis sa renonciation en 2013. Depuis quelques jours son état de santé s’était déterioré.

Andrea Tornielli – Cité du Vatican

La dernière fois que la mort d’un ancien pape ne signifiait pas la fin d’un pontificat, c’était en 1417. Benoît XVI, né Joseph Ratzinger, est décédé samedi 31 décembre 2022 à 9h34 au Vatican, près de 10 ans après sa renonciation, qu’il avait annoncée par surprise le 11 février 2013 avec la lecture d’une courte déclaration en latin devant des cardinaux ébahis. Jamais, au cours de deux millénaires d’histoire de l’Église, un pape n’avait quitté la chaire parce qu’il ne se sentait pas physiquement apte à supporter le poids de la papauté. D’ailleurs, dans une réponse donnée au journaliste Peter Seewald dans le livre-entretien «Lumière du monde» publié trois ans plus tôt, il avait quelque peu anticipé: «Lorsqu’un Pape arrive à la claire prise de conscience qu’il n’est plus capable physiquement, mentalement et spirituellement de mener à bien la tâche qui lui est confiée, alors il a le droit et dans certaines circonstances même le devoir de démissionner». Bien que l’épilogue de son règne ait été antérieur à la fin de sa vie, ce qui constitue un précédent historique d’une énorme importance, il serait peu généreux de ne retenir Benoît XVI que pour cela.

Le «Teen ager» théologique au Conseil

Né en 1927, fils de gendarme, dans une famille simple et très catholique de Bavière, Joseph Ratzinger a été une figure majeure de l’Eglise du siècle dernier. Ordonné prêtre avec son frère Georg en 1951, il devient docteur en théologie deux ans plus tard et, en 1957, il est autorisé à enseigner la théologie dogmatique. Il est professeur à Freising, Bonn, Münster, Tübingen et enfin Regensburg. Avec lui, disparaît le dernier des souverains pontifes personnellement impliqués dans les travaux du Concile Vatican II. Très jeune et déjà théologien estimé, Joseph Ratzinger avait suivi de près l’assemblée en tant qu’expert du cardinal Frings de Cologne, proche de l’aile réformiste. Il était parmi ceux qui ont fortement critiqué les projets préparatoires préparés par la Curie romaine, balayés ensuite par la décision des évêques. Pour le jeune théologien, les textes «doivent donner des réponses aux questions les plus pressantes et doivent le faire, dans la mesure du possible, non pas en jugeant et en condamnant, mais en utilisant la langue maternelle». Joseph Ratzinger exalte la réforme liturgique à venir et les raisons de son inévitabilité providentielle. Il affirme que pour redécouvrir la vraie nature de la liturgie, il fallait «briser le mur du latin».

Gardien de la foi avec Wojtyla

Mais le futur Benoît XVI a aussi été le témoin direct de la crise postconciliaire, de la contestation dans les universités et les facultés de théologie. Il assiste à la remise en cause de vérités essentielles de la foi et à des expérimentations sauvages dans le domaine liturgique. 1966, un an à peine après la fin du Concile, il disait voir l’avancée d’un «christianisme au rabais».

En 1977, à 50 ans, Paul VI le nomme archevêque de Munich et le crée cardinal quelques semaines plus tard. Jean-Paul II lui a confié en novembre 1981 la direction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. C’est le début d’une collaboration étroite entre le pape polonais et le théologien bavarois, destinée à ne se dissoudre qu’avec la mort de Karol Wojtyla, qui a refusé jusqu’au bout la démission de Ratzinger, ne voulant pas se priver de ses qualités. C’est au cours de ces années que l’ancien Saint-Office met les points sur les «i» dans de nombreux domaines: il freine la théologie de la libération, qui utilise l’analyse marxiste, et prend position face à l’émergence de problèmes éthiques majeurs. L’œuvre la plus importante est certainement le nouveau Catéchisme de l’Église catholique, un travail qui a duré six ans et qui a vu le jour en 1992.

Humble travailleur de la vigne

Après la mort de Jean Paul II, le conclave de 2005 a appelé pour lui succéder en moins de 24 heures un homme déjà âgé – 78 ans – universellement estimé et respecté, même par ses adversaires. Depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, Benoît XVI se présente comme «un humble ouvrier dans la vigne du Seigneur». Etranger à tout protagonisme, il dit n’avoir «aucun agenda», mais veut «écouter, avec toute l’Eglise, la parole et la volonté du Seigneur».

Auschwitz et Regensburg

Plutôt réservé, il ne renonce pas à voyager: son pontificat est itinérant, comme celui de son prédécesseur. Sa visite à Auschwitz en mai 2006 en est l’un des moments les plus émouvants. Ce jour-là, le pape allemand déclare: «dans un endroit comme celui-ci, les mots manquent, seul un silence stupéfiant peut subsister – un silence qui est un cri intérieur adressé à Dieu: « pourquoi as-tu pu tolérer tout cela ? »». 2006 est aussi l’année de l’affaire de Ratisbonne, où un vieux passage sur Mahomet, que le souverain pontife cite sans se l’approprier dans l’université où il fut professeur, est instrumentalisée et déclenche des protestations dans le monde islamique. Par la suite, le Pape multipliera les signes d’attention envers les musulmans. Benoît XVI affronte des parcours difficiles ; il est confronté à la sécularisation galopante des sociétés déchristianisées et aux dissensions au sein de l’Église. Le 16 avril 2008, il est aux Etats unis, célèbre son 81è anniversaire à la Maison Blanche en compagnie du président George Bush Jr, et quelques jours plus tard, le 20 avril, il prie à Ground Zero avec les familles des victimes du 11 septembre 2001.

L’encyclique sur l’amour de Dieu

Si, comme préfet de l’ancien Saint-Office, il a souvent été qualifié de «panzerkardinal», lorsqu’il devient pape, il parle constamment de la «joie d’être chrétien» et consacre sa première encyclique «Deus caritas est», à l’amour de Dieu. «Au début de la vie chrétienne», écrit-il, «il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne». Il trouve également le temps d’écrire un livre sur Jésus de Nazareth, un ouvrage unique publié en trois tomes. Parmi les décisions à retenir, citons le Motu proprio libéralisant le missel romain préconciliaire et l’institution d’un Ordinariat pour permettre aux communautés anglicanes de revenir à la communion avec Rome. En janvier 2009, Benoît XVI décide de révoquer l’excommunication des quatre évêques ordonnés illicitement par Mgr Marcel Lefebvre, parmi lesquels Richard Williamson, un négationniste des chambres à gaz. La polémique éclate dans le monde juif. Le Pape écrit alors aux évêques du monde entier et en assume l’entière responsabilité.

La réponse aux scandales

Les dernières années sont marquées par la résurgence du scandale de la pédophilie et par Vatileaks, la fuite de documents soustraits au bureau du Pape et publiés dans un livre. Benoît XVI s’attaque avec détermination et fermeté au problème de la «saleté» dans l’Église. Il introduit des règles très strictes contre les abus sur les mineurs, demandant à la Curie et aux évêques de changer de mentalité. Il va jusqu’à dire que la persécution la plus grave pour l’Église ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais du péché commis de l’intérieur. Il mène également une importante réforme, dans le domaine économique, avec la mise en place d’une réglementation contre le blanchiment au Vatican.

Une Église libérée de l’argent et du pouvoir

Face aux scandales et au carriérisme ecclésiastique, le Pape allemand continue à lancer des appels à la conversion, à la pénitence et à l’humilité. Lors de son dernier voyage en Allemagne en septembre 2011, il appelle l’Église à être moins mondaine: «Les exemples historiques montrent que le témoignage missionnaire d’une Église « démondanisée » émerge plus clairement. Libérée des charges et des privilèges matériels et politiques, l’Église peut mieux se consacrer, et de manière vraiment chrétienne, au monde entier. Elle peut être réellement ouverte au monde… ».

méditation du 27 décembre

Merci encore à Alexis pour toutes ses méditations qui nourrissent notre réflexion et notre prière.

Jean l’Evangéliste voit et il croit. Sans doute parce que sa sensibilité et sa proximité avec Jésus l’avaient préparé à discerner les signes avant les autres. Avant Simon-Pierre, qui n’était pas encore revenu[1] de son triple reniement. Et même avant Marie-Madeleine, qui pourtant avait été la première à voir le tombeau vide, et que Jésus avait désignée, apôtre des apôtres,[2] pour annoncer la nouvelle à ses frères.

Jean appartient au groupe des premiers appelés. Il est né au sein d’une famille de pêcheurs de la mer de Galilée. Avec son frère Jacques[3] il rangeait les filets de la barque de leur père Zébédée quand Jésus les a interpellés. Il devient son disciple préféré, qui s’est penché sur son cœur au moment de la Cène et à qui le Maître a révélé le nom de celui qui le trahissait. Il est le seul à ne pas l’abandonner et est présent au pied de la croix, où Jésus lui confie sa mère.[4]

Jésus surnomme les deux frères Jean et Jacques les fils du tonnerre. Tous deux jouent un rôle essentiel sur la première communauté chrétienne de Jérusalem. Jean est très proche de Pierre, et est souvent considéré comme le second parmi les Apôtres. Ils seront arrêtés tous deux au Temple après avoir prêché et seront jugés par le Sanhédrin. Relâchés, ils partiront en mission en Samarie.

Plus tard, Jean se rendra à Ephèse pour y établir une première communauté chrétienne. Il reste de ces voyages de nombreux récits apocryphes. Il finira sa longue existence à Patmos, exilé sous l’empereur Domitien. C’est probablement sur cette île qu’il rédigera la plupart de ses récits.[5]

Toute sa vie, Jean a été réceptif aux signes donnés par Jésus. A l’aube de Pâques, un signe est donné de grand matin, avant que les ténèbres ne se dissipent, la pierre a été enlevée du tombeau. L’annonce est faite par une femme, Marie-Madeleine. Sans les femmes, nous n’en saurions rien. Les hommes s’étaient dispersés, découragés, pensant que la mort de Jésus sonnait le glas de leurs espérances et que la folle équipée était définitivement terminée. Il a fallu la détermination des femmes pour que puisse se propager la nouvelle de l’improbable.

Mais on n’en est pas encore à la foi en la résurrection, plus prosaïquement au constat du tombeau vide. Marie-Madeleine suppose d’ailleurs que le corps a été enlevé et elle en avertit en hâte Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait.

La tradition a identifié ce dernier à Jean l’Evangéliste. C’est vraisemblable, mais les seuls disciples dont il est dit dans l’évangile que Jésus les aimait sont Lazare et ses sœurs, Marthe et Marie. Ou encore, on peut supposer que Jésus aime tous ses disciples, et donc nous aussi. Ce qui élargirait la perspective en faisant penser que nous sommes tous appelés à courir au tombeau avec Simon-Pierre pour constater l’absence du corps.

Simon-Pierre et l’autre disciple courent ainsi au tombeau et ce dernier arrive le premier. Était-il plus agile parce que plus jeune ? Sans doute, mais, au-delà de l’anecdote, on peut aussi penser qu’il était mieux préparé que l’autre à la perspective. Si Simon-Pierre avait en effet reconnu Jésus pour ce qu’il était – Toi tu es le Saint de Dieu – l’autre disciple était cependant le seul à s’être penché sur la poitrine de Jésus, à avoir vécu un rapport de cœur à cœur avec lui et la relation qu’il entretenait était intime, plus intense et réfléchie.

Mais par déférence, il cède la place à son aîné. Simon-Pierre pénètre dans le tombeau. Il y voit que les linges sont posés à plat et que le suaire est roulé à part à la place où reposait la tête. Les constatations ne sont pas anodines. Un soin particulier a été pris à dérouler les bandelettes enroulant le corps du défunt et le suaire entourant sa tête et à ranger ces éléments avec soin. Des détails qui ne cadrent pas avec l’hypothèse d’un enlèvement, forcément hâtif, du corps, où les ravisseurs auraient emporté ou jeté les étoffes. Il s’est donc passé autre chose, mais quoi ?

Simon-Pierre se limite au constat, mais l’autre disciple va plus loin. Pénétrant dans le tombeau, il vit et il crut. Il dépasse la simple constatation des faits, pour débuter un chemin de foi. Mais ce qu’il croit à cet instant précis, l’évangile ne le précise pas. Envisage-t-il déjà la résurrection ? Ou que le témoignage de vie de Jésus est véridique ? La compréhension est encore difficile malgré les affirmations constantes des Ecritures. Il faudra d’autres témoignages et le don de l’Esprit pour parvenir à la pleine conscience de la Résurrection. Mais le témoignage de ces disciples, même s’il est encore hésitant, constitue le socle de notre foi. Notre espérance reste bien ce que le disciple que Jésus aimait a vu et cru ce matin-là.


[1] Quand tu seras revenu, affermis tes frères (Lc 22,32).

[2] Les Eglises orientales et orthodoxes désignent Marie-Madeleine sous le nom d’Apôtre des Apôtres.

[3] Jacques le Majeur, appelé ainsi  pour le distinguer de Jacques, frère de Jésus.

[4] Les deux frères Jacques et Jean étaient cousins maternels de Jésus.

[5] On lui attribue un évangile, trois lettres et une apocalypse éponymes.