méditation de pentecôte

merci à Alexis de nous partager cette méditation au souffle de l’esprit.

Viens Esprit Saint, en nos cœurs, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.[1] Avec la Pentecôte, l’Esprit est donné. Il vient faire l’unité en nous et entre nous. Il délivre de la peur, il apporte la liberté et la vie.

Tout comme Pâques, la Pentecôte est une fête juive avant d’être une fête chrétienne. Chavouot célèbre la moisson du blé, avec offrande des prémices, ainsi que les semaines – sept semaines après Pessah – mais encore le don de la Torah sur le Sinaï, au cinquantième jour d’Exode hors d’Egypte. C’est une fête de pèlerinage à Jérusalem, d’où l’affluence de Juifs religieux venant de toutes les nations sous le ciel.[2]

Tout comme Pâques, la fête chrétienne se situe à la fois en continuité et en rupture de la fête juive, comme la nouvelle alliance l’est de l’ancienne. Si la Pâque signifie la fête du passage – de l’esclavage à la liberté pour les juifs, de la mort à la vie pour les chrétiens – la Pentecôte signifie la fête du don – de la Loi ou enseignement qui nourrit et libère pour les juifs, de l’Esprit saint qui vivifie pour les chrétiens. Le passage d’une réalité ancienne et obsolète à une situation nouvelle et décisive s’accompagne d’un don, d’une gratuité qui le signifie. La Pentecôte donne un sens, vient accomplir la Pâque.

La venue de l’Esprit Saint est relatée de manière différente et contradictoire dans les récits du Nouveau Testament. Les évangiles synoptiques ne mentionnent pas de venue de l’Esprit, même si son envoi est promis par Jésus. Dans l’évangile de Matthieu, les disciples se rendent sur une montagne en Galilée et sont envoyés par le Ressuscité vers toutes les nations.[3] Dans celui de Marc, il est enlevé aux cieux et les disciples partent prêcher partout.[4] Pour l’évangile de Luc, Jésus est emporté au ciel sur le chemin de Béthanie le soir de Pâques et les disciples s’en retournent joyeux à Jérusalem.[5] Chez l’évangéliste Jean, Jésus remet l’Esprit sur la croix[6] et les disciples réunis dans une maison le soir même de la Résurrection le reçoivent par le souffle du Ressuscité.[7] Seuls les Actes des Apôtres[8] détaillent que Jésus est élevé au ciel quarante jours après Pâques[9] et que l’Esprit Saint se pose sur chacun des disciples le jour de la Pentecôte sous la forme de langues de feu.[10]

De ces dissonances, on peut conclure que les disciples ont fait une triple expérience de relation au Christ, fondatrice et initiatique. D’abord, celle de la résurrection, avec le tombeau vide et les apparitions. Ensuite, celle de l’absence physique, éprouvante.[11] Enfin, celle de l’effusion de l’Esprit, qui se décline différemment selon les évangélistes.[12] A cette expérience d’un rapport différent au Ressuscité dans la présence de l’Esprit, nous sommes aussi appelés, dans la variété des modes relationnels.

L’évangéliste Jean montre Jésus adressant ses dernières confidences à ses disciples, quand l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père.[13] Il les prépare à ce que sera leur vie lorsqu’il ne sera plus physiquement présent avec eux. En même temps, il leur annonce, d’une part le don de l’Esprit saint pour les défendre. Et d’autre part, une autre forme de présence au fidèle, quand chez lui, nous ferons une demeure. Désormais, c’est en nous que nous pourrons trouver Dieu, qui réside en celui qui l’aime.

Nous voici donc fils avec le Fils, héritiers avec le Christ. Agissons alors en enfants de Dieu, dépassons nos craintes, nos faiblesses et nos enfermements, laissons-nous modeler au souffle de l’Esprit. Nous avons un Défenseur qui nous permet de répondre avec assurance à ceux qui nous attaquent, mais aussi nous protège contre nous-mêmes, nos médiocrités.

L’Esprit est celui qui nous fait souvenir de tout ce que Jésus a dit et fait, qui nous aide à suivre sa trace en éclairant le chemin, qui donne la force de marcher, qui nous garde fidèles à la parole et généreux envers nos frères. Esprit d’amour, il nous rend capables d’aimer. Esprit de vie, il fait de nous des semeurs de réconfort et d’espérance. Esprit de vérité, il nous transforme en artisans de justice, de solidarité et de paix. Saurons-nous accueillir l’Esprit dans nos vies ?


[1] Séquence de Pentecôte.

[2] Cette affluence est notée dans les Actes des Apôtres (Ac 2,5).

[3] Le Ressuscité envoie les disciples en mission (Mt 28,16-20).

[4] Apparitions de Jésus ressuscité (Mc 16,9-20).

[5] L’apparition aux Onze (Lc 22,36-53).

[6] La crucifixion et la mort de Jésus (Jn 19,30).

[7] Les disciples voient le Seigneur (Jn 20,22-23).

[8] Les Actes des Apôtres sont pourtant de la main de l’évangéliste Luc.

[9] L’Ascension (Ac 1,9-11).

[10] C’est le seul récit distinct de la Pentecôte (Ac 2,1-11).

[11] Et qui a duré quarante jours, comme les quarante années d’Exode du peuple juif.

[12] Peut-être cinquante jours, comme le suggère l’étymologie du mot Pentecôte (cinquante).

[13] Le dernier repas et le lavement des pieds (Jn 13,1).

méditation pour le dimanche 29 mai

le we prochain est un we particulier. Samedi Messe à Sart à 17h30 et Lp à Arbrefontaine, mais pas de messe à bra à 19h.

dimanche, messe unique à Trou de bra pour la procession. pas de messe à Lierneux ni jevigné, et pas de Lp à verleumont. De plus, le curé est en réunion de travail à partir de ce jeudi après midi, et ce jusqu’à la semaine prochaine (retour jeudi 2 juin) comme cette réunion de travail est au portugal, c’est Alexis qui assurera les Urgences pastorales.

voici pourquoi vous avez en exclusivité le méditation de dimanche dès aujourd’hui. (merci de tout coeur à Alexis)

Entre Ascension et Pentecôte, l’Eglise est en transition. En attente de l’Esprit Saint, de la révélation de celui qui vient sans tarder. Mais quelles attentes concrètes, ce vers quoi l’on est tendu ? Peut-être un peu plus d’intimité, de communication plus sereine. On pressent confusément, dans un univers éclaté par ce qui le déchire, devant les difficultés du quotidien, la nécessité d’une unification, d’une pacification des personnes et des peuples. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi.

L’heure est désormais venue de la passion de Jésus. Il va être arrêté, livré à ses bourreaux. Et vivre sa glorification. La gloire de quelqu’un, c’est son poids, l’épaisseur ou la densité de sa personne. La gloire du Christ se manifeste paradoxalement sur la croix, instrument d’ignominie. C’est sur la croix que Jésus signifie à notre humanité l’importance que celle-ci représente pour le Père, qui l’aime jusqu’à lui donner son Fils unique, ce qui fait notre gloire.

Aujourd’hui, nous sommes introduits dans la prière de Jésus. Prière qui nous fait entrer dans l’intimité de la relation de Jésus à son Père. L’évangile montre à plusieurs reprises Jésus en prière. Régulièrement, il éprouve le besoin de s’isoler pour prier, pour être avec le Père. Mais cette prière-ci a une intensité particulière. On l’appelle souvent la prière sacerdotale, parce que Jésus prie pour toute l’humanité qu’il est venu sauver. Dans une ultime prière, il veut porter le monde et les hommes pour les remettre dans la miséricorde du Père.

Il confie d’abord ses apôtres, qui vont être confrontés à sa passion. Difficile épreuve pour l’amitié qui les a liés, pour la foi avec laquelle ils l’ont accompagné. Il prie aussi pour tous ceux dont la foi dépend du témoignage de ces premiers disciples, et qui accueilleront leur parole. Il prie pour que le monde croie et que les hommes aient la vie. Sa prière a une dimension universelle, car elle englobe toute l’humanité, jusqu’à la fin des temps. Aussi universelle que sa mission, confiée à ses disciples et à nous aujourd’hui.

Jésus prie pour l’unité de ceux qui croient en lui. Cette insistance sur l’unité entre les hommes qu’il aime et qu’il est venu sauver demeure, pour l’Eglise et pour nous, une exigence autant qu’un défi. Exigence de fraternité, puisque le Christ a fait de nous des enfants d’un même Père et que toute atteinte à cette communion blesse le salut qui nous est offert. Exigence du témoignage que nous avons à donner et de la cohérence de nos actes avec nos propos. Exigence de fécondité pour la mission, puisque tout amour véritablement vécu porte du fruit, et que l’amour dont nous vivons est l’amour du Père et du Fils.

L’unité dont parle Jésus n’est pas l’uniformité d’une pensée unique à laquelle tous seraient appelés à se conformer sous peine d’être taxés de déviants et exclus. Tout au contraire, elle est communion dans la richesse des diversités de sensibilités, de cultures, de modes d’expression, de spiritualités. L’unité du Père et du Fils vient unifier nos cœurs, nos existences, elle est cohésion dans le respect des altérités. Pareille unité ne provient pas de nous. Elle nous est donnée et se reçoit dans l’Esprit qui vient harmoniser la vitalité de nos spécificités.

La venue de l’Esprit saint inaugure un nouveau mode de relation à Jésus, dans l’absence. Le seul signe concret qui portera témoignage de sa présence et de son amour sera celui de l’unité de ses disciples. Pour que le monde croie que tu m’as envoyé, prie-t-il son Père. A nous de découvrir comment, dans le quotidien de nos existences, être ce signe d’amour et d’unité.

pour le 5eme dimanche de Pâques

Merci à Alexis de cette méditation sur la parole de ce dimanche

L’amour est toujours nouveau. Il fait voir toutes choses nouvelles. Il renouvelle nos manières de penser, d’être, d’imaginer, de rêver, de vivre notre rapport aux autres, à nous-mêmes, à nos vis-à-vis, au monde, à Dieu. Notre capacité d’aimer nous dilate, nous élève, nous détache de nos pesanteurs, nous lave de ce qui nous englue. L’amour physique, l’amour parental, l’amour de sentiment, l’amour de volonté[1] sont autant de moteurs qui nous poussent à dépasser nos propres limites. Que penser alors de l’absolu que représente l’amour de Dieu apporté par le Christ ? Un amour qui transcende toutes nos perceptions, en les unifiant dans une même direction, les récapitulant dans une perspective radicale de résurrection.

Avec cette dernière Cène, l’heure est venue, les masques sont tombés. Judas est sorti, emporté dans les ténèbres. Une machine est mise en route, qui aboutira à l’arrestation, la passion et la mort de Jésus. Cette heure de glorification se manifeste étonnamment avec la trahison, et la gloire de Jésus apparaît paradoxalement sur la croix, signe d’infamie et de déréliction.

La gloire d’une personne, c’est le poids qu’elle représente, sa pesanteur, sa consistance, sa densité de présence aux autres. Le poids de Jésus est celui d’un amour qui se donne pour les autres. Le geste qui le livre devient le geste par lequel il se livre librement par amour de l’humain. Dieu est en train d’exprimer son amour à travers le geste de son Fils qui, en mourant, s’abandonne au rayonnement de son amour. Gloire et amour sont intimement liés. Dieu aime, et c’est cela qui fait la densité de sa présence à nous.

L’heure est venue, et désormais le temps s’accélère pour Jésus. Il ne sera plus longtemps physiquement présent parmi les siens et il lui importe de délivrer à ses disciples en testament son commandement d’amour. L’amour de Dieu pour l’humanité et pour son peuple traverse toutes les Ecritures. La Torah – l’enseignement de Dieu – toute entière retentit de ce commandement d’amour de Dieu,[2] de même que l’amour du prochain.[3] Jésus s’inscrit pleinement dans cette tradition d’amour de Dieu et de l’humanité.

Jésus donne pourtant un commandement nouveau. L’originalité de sa parole ne réside pas dans l’amour, mais dans la référence à lui-même, dans la qualité de l’amour, son dépassement : Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Ce «Comme je vous ai aimés» fait toute la différence et apporte une nouveauté radicale dans l’amour mutuel. Jésus a aimé d’un amour gratuit et inconditionnel, qui est allé jusqu’au don total de sa personne et de sa vie. Cet amour est neuf dans la mesure où il requiert une humilité et une volonté de service qui mènent à prendre la dernière place et à mourir pour les autres. Pour être fort, l’amour doit aborder les obstacles et embrasser les réalités de l’existence, au prix parfois de sacrifices. L’amour vrai se manifeste à la fois dans les actes qu’il pose et par son rayonnement.

Notre humanité confond trop souvent amour et sentimentalisme, et cherche des refuges dans de faux-fuyants. Jésus ne promet pas une vie facile de réconfort et de consolation, mais il confronte à la vraie vie, avec ses heurts et ses malheurs. Un chemin parfois rude, mais qui relève, qui mène à la résurrection. Une vie nouvelle, dans un amour qui renouvelle. Qui dépouille des oripeaux et revêtit l’homme nouveau.

Aimer comme le Christ, c’est d’abord se laisser aimer par lui. S’abandonner à lui pour être transformés par la force de son amour. Pour devenir les artisans d’un monde nouveau où règnent la paix, la justice, la solidarité. Une humanité et un univers régénérés par l’amour.  


[1] Le vocabulaire de la langue française est assez pauvre pour exprimer les nuances du mot amour. Les dialectes wallons sont plus expressifs (avec toutes les déclinaisons régionales de «bien voir»). Les langues anglo-saxonnes sont plus riches (en anglais, to love et to like). Le vocabulaire classique grec est beaucoup plus nuancé et série quatre types d’amour. Eros est l’amour passionné, l’attirance physique, sexuelle et pulsionnelle, l’amour charnel et érotique. Storgé représente l’amour fraternel, parental, amical et engagé ; non impulsif, il grandit avec le temps. Philia est l’amour de sentiment, d’attraction, l’amour entre amis, l’amour du prochain ; il n’implique pas de passion ni d’attirance sexuelle. Agapé signifie l’amour inconditionnel et pur, spirituel, universel, l’amour de volonté ; il entraîne le respect de la personne aimée.

[2] L’amour de Dieu est la première des dix paroles de Dieu adressées à Moïse : Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toutes tes forces (Dt 6,5).

[3] L’amour du prochain est même à l’épicentre de la Torah, puisqu’on le découvre au centre du Lévitique, lui-même livre central du Pentateuque, noyau de la Torah : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19,18).