meditation du 26 juillet

Creuser la terre pour rechercher un trésor, plonger au plus profond des mers dans l’espoir d’y trouver une perle précieuse, escalader un pic inviolé pour être le premier à embrasser du regard les vallées de la cime, franchir les océans seul en bateau. Vaines chimères ? Risquer sa vie pour réaliser un rêve relève de la folie. Mais qui n’a pas sa part de rêve ? Et la vie serait triste et monotone sans un peu de folie.

L’Évangile présente des gens qui laissent tout, qui osent tout, pour un trésor. Jésus nous enseigne que le seul trésor qui en vaille la peine, c’est l’amour de Dieu. Et si l’on ne risque pas tout pour cet amour, c’est qu’il ne signifie pas grand-chose pour nous, que nous n’en sommes pas dignes.

Trois petites paraboles – le trésor caché, les perles fines, le filet jeté dans la mer – pour nous présenter le Royaume et ses enjeux. Le Royaume n’est pas une abstraction, ou une construction intellectuelle qui ne nous concernerait qu’après notre mort, comme nous l’imaginons souvent. Le Royaume est une réalité qui prend déjà forme pour nous aujourd’hui, à expérimenter dans le quotidien de nos existences, dans la complexité de la vie et son foisonnement, et que nous sommes appelés à édifier. Il naît à ce monde quand notre relation à Dieu va s’approfondissant, s’épurant dans la communion aux autres. Une réalité qui dépasse nos rationalités, qui n’a pas de prix et où le courant de la vie irrigue comme une sève du Créateur vers sa créature.

La venue du Royaume n’est pas une menace, c’est au contraire une Bonne Nouvelle pour l’humanité. Dieu nous propose d’entrer en communion d’amour avec lui. Il nous laisse libres d’accepter ou de refuser ce qu’il nous offre. À nous donc de décider. Quelles valeurs voulons-nous vivre et partager, la richesse, le pouvoir, les honneurs, ou la sagesse, la justice, la solidarité ? Nous sommes placés devant nos choix de vie, pour distinguer notre essentiel, nos priorités. Et mesurer nos objectifs, nous concentrer sur nos seuls intérêts, ou sur ce qui nous permettra d’aider les autres. Tout est possible.

Les paraboles nous disent que le Royaume est là tout proche. Il est mêlé à tout ce qui fait la vie de ce monde. C’est une chance à saisir. Mais une opportunité qui suppose également des renoncements, des sacrifices à consentir. De quoi sommes-nous disposés à nous dessaisir de nous-mêmes pour y accéder ? Prenons-nous la patience de discerner ce qui est à garder et ce qui est à rejeter ?

À nous alors de comprendre ce que dit Jésus dans son limpide appel à la conversion. Si les bons et les méchants coexistent non seulement dans le champ du monde mais aussi dans le filet de l’Église, seuls les justes trouvent pourtant une place dans le Royaume.

Le règne de Dieu est exigeant, mais sa vitalité est puissante et féconde. Continuons à le chercher pour mieux encore le découvrir. Dieu, qui donne tout, nous respecte assez pour ne pas nous donner du tout fait. Prenons alors le temps du discernement, pour nous rencontrer nous-mêmes et rencontrer les autres. Demandons au Seigneur un cœur qui sache écouter et découvrir ce qui est notre vrai trésor et ce qui fait la saveur de la vie.

evangile 21 juillet

En ce temps-là, comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

méditaiton du 21 juillet

Les rapports de Jésus adulte à sa famille biologique ne sont guère évoqués dans l’Écriture. Les évangiles synoptiques ne mentionnent que des relations distantes, voire conflictuelles, avec sa mère, ses frères, ses sœurs. En particulier, Marie n’y joue aucun rôle positif pendant toute la vie publique de son fils. Seul l’évangile de Jean accorde une place à la mère de Jésus dans son ministère, puisqu’elle y est présente au début (à Cana) et à la fin (au pied de la croix). Tout sous-entend ainsi que la vraie famille de Jésus se situe dans une autre perspective que celle des liens biologiques.

La relation des liens familiaux chez Matthieu fait suite à une éprouvante controverse de Jésus avec les pharisiens. Son activité – ses guérisons et ses exorcismes – divise ses auditeurs sur la question de son identité. Pour les foules qu’il rassemble, il est reconnu comme le fils de David (12,23). Les pharisiens, par contre, soutiennent qu’il ne chasse les démons que par Béelzéboul, le chef des démons (12,25). Jésus rétorque qu’il agit par l’Esprit saint et qu’eux pêchent contre l’Esprit. Il affirme alors que c’est d’après tes paroles que tu seras justifié et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné (12,37). Et qu’à cette génération mauvaise et adultère (12,39) qui lui demande un signe, il ne sera donné d’autre signe que celui de sa mort et de sa résurrection. Un contexte de dure controverse qui se conclut par une sorte de contrepartie positive : Jésus constitue avec ses disciples une famille spirituelle dont l’origine est céleste.

Matthieu note sobrement l’arrivée de la mère et des frères de Jésus pendant qu’il enseignait aux foules. Ils se tenaient au dehors, précise-t-il, donc en dehors de la foule rassemblée et du cercle des disciples. Et ils cherchaient à lui parler, lui signale-t-on. L’évangéliste ne spécifie pas pourquoi sa famille biologique souhaite s’entretenir avec Jésus. Chez Marc (Mc 3,20-35) ils veulent s’emparer de lui parce qu’il a perdu la tête et chez Luc (Lc 8,19-21), ils ne peuvent le rejoindre à cause de la foule trop dense. Mais les raisons et les motivations importent peu, l’essentiel réside dans le fait que la mère et les frères de Jésus sont clairement situés en dehors du cercle de ses familiers et qu’il ne les reçoit pas.

Jésus joint le geste à la parole pour désigner ses disciples comme sa famille. La condition d’appartenance à cette vraie famille est de faire la volonté de Dieu. Il avait déjà indiqué les modalités à remplir : « Il ne suffit de dire Seigneur ! Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (7,21). À la confession des lèvres doit correspondre celle de la vie concrète. La volonté de Dieu a pour Jésus la double signification du dessein de salut de Dieu et de l’ensemble de ses exigences pour la conduite quotidienne. Ainsi la famille spirituelle est-elle plus importante pour Jésus que la famille naturelle. Et le lien spirituel est plus fort que le lien biologique.

Jésus ne dénigre pas pour autant les liens du sang. Le cercle familial reste pour lui le nœud de toute la cohésion sociale. Mais, devant l’urgence de ce qu’il annonce, il établit une hiérarchie de valeurs. Ce qui prime dans la venue du règne de Dieu est l’appartenance spirituelle, ce qui rend second le lien naturel. Il n’y a pas de déterminisme biologique pour entrer dans le Royaume. L’enseignement de Jésus est ainsi une parole libératrice qui nous invite à dépasser nos liens et préférences naturelles.

Quel crédit accordons-nous à ce que nous dit aujourd’hui Jésus ? Quelle est la force du lien spirituel qui nous relie à lui ? Que représente-t-il concrètement pour nous ? En quoi faisons-nous la volonté du Père ? Savons-nous discerner le dessein de Dieu dans notre vie ? Et l’appliquer au quotidien ? Toutes questions qui nous rapprochent du Royaume.