méditation du 21 juin

Ne craignez pas. Par trois fois Jésus rassure les Apôtres pour la première mission qu’il leur confie. Il a récemment constitué son groupe et il ne leur a pas caché les difficultés qu’ils allaient rencontrer, les persécutions qu’ils devraient subir en l’accompagnant. Il vient d’ailleurs de leur confier « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Mt 10,16), et il ne tardera pas à leur préciser « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive » (Mt 10,34). On ne peut être plus explicite sur la nature de ce qu’ils auront à affronter.

Pourquoi dès lors envoyer en mission, dans des telles conditions, des hommes qui n’ont ni formation ni qualification ? À vue humaine, c’est prendre des risques inutiles et courir à un échec inévitable. Mais les vues de Dieu sont différentes et Jésus en donne la raison aux Apôtres en leur disant « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8). Ils ne sont pas envoyés pour combattre le mal, mais pour apporter l’amour de Dieu. Ce n’est donc pas eux qui vont agir, mais l’amour de Dieu en eux. Ils seront animés de la puissance irrésistible de cet amour qui apporte la vérité à tous.

Cette mission de porter au monde l’amour gratuit de Dieu nous revient aujourd’hui. Pour l’accomplir, Jésus en appelle à la confiance. Une exhortation qu’il appuie d’abord dans la révélation de la fidélité de Dieu. Ce qui signifie que la Parole de Dieu fera son chemin, quelles que soient les tentatives des uns ou des autres de l’étouffer. Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ne craignons donc pas de proclamer cette Parole, qui est destinée à éclairer toute l’humanité.

Jésus donne motif à ne pas craindre ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme. Une promesse de vie en Dieu, ce que nous appelons vie éternelle. L’éternité, dans la mentalité du temps, débute dès ici-bas, dans la participation à la vie de Dieu, l’irruption du temps de Dieu dans celui des hommes. Elle est synonyme de bonheur et de plénitude de vie. Jésus en appelle à se confier à la providence de Dieu qui soutient les siens au point que, dit Jésus, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.

Pour bien indiquer de ne pas avoir peur de s’engager dans la mission, Jésus avance encore une raison relevant de l’évidence du sens commun : Vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. En effet, si Dieu accorde de l’importance aux plus petites des créatures, combien plus donne-t-il du poids à ceux qui se déclarent pour lui et qu’il ne reniera en aucune manière.

L’appel à la confiance de Jésus ne vise pas uniquement notre salut personnel. Il concerne plus largement l’annonce de la Parole et le témoignage explicite de la foi. Ne nous montrons pas trop tièdes en nous affirmant croyants. Foi et confiance vont de pair. La foi signifie la capacité de nous appuyer sur Dieu, sur quelqu’un qui nous porte et sur qui nous pouvons compter. En ayant foi en lui, nous plaçons en lui notre confiance. La foi nous porte à nous abandonner à lui, à nous confier à son amour, pour proclamer cet amour gratuit à la face du monde.

évangile de ce 16 juin

Evangile selon Saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! »

méditation du 16 juin

L’évangile de l’amour des ennemis appartient aux antithèses du Sermon sur la Montagne. Jésus instruit les foules rassemblées autour de lui. Son enseignement radical ne peut être compris que dans la logique du Royaume qu’il annonce. Le bonheur qu’il promet est paradoxal car destiné aux humbles, aux pauvres, aux humiliés. Il se tourne ensuite vers ses disciples pour expliciter son discours. Il est ainsi venu pour accomplir la Loi en lui donnant une interprétation orientée vers la justice du Royaume.

L’enseignement de Jésus est nouveau, original et illustré par une série d’applications concrètes. Chacune de ces antithèses débute par « Vous avez appris qu’il vous a été dit … Et bien moi je vous dis … » Une manière de parler qui impressionne d’autant plus que ce « moi je vous dis » revendique pour lui l’autorité de Dieu, source de la Loi. La nouveauté introduite par Jésus réside précisément par la force de l’amour de Dieu dont il remplit les prescriptions de la Loi qu’il vient revisiter.

Le commandement d’amour des ennemis vient nous questionner. S’agit-il d’éprouver des sentiments pour ceux qui nous haïssent ? N’est-ce pas faire offense à notre nature profonde ? Ou s’aplatir devant ceux qui veulent nous opprimer ? Ou encore une position irénique qui ne tient pas compte des réalités ?

Jésus se réfère à la prescription de la Loi « Ne te venge pas et ne sois pas rancunier à l’égard des fils de ton peuple, c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18). Il faut noter que le prochain dont il est ici question appartient au peuple, à l’exclusion donc des étrangers. Par ailleurs, la Loi ne prescrit en aucune manière la haine des ennemis. Si certains groupements religieux (tel Qumrân) vouaient à la haine les communautés hostiles, il ne s’agissait en aucun cas de haine de l’individu.

Pour qualifier l’amour des ennemis, l’Évangile utilise le terme grec agapè, traduction de l’hébreu hésed. Qui a été traduit par le latin caritas, et le français charité. Il représente la fidélité, l’attachement, l’amour divin et inconditionnel. À l’encontre de philia, qui désigne l’amour purement humain, fait d’amitié ou d’attirance mutuelle.

Jésus n’en appelle donc pas à éprouver des sentiments envers les ennemis, ce qui est humainement impossible et constituerait une perversion de l’amour. Mais il commande à leur égard un amour de volonté et de respect. Respecter l’ennemi veut dire le reconnaître en tant qu’être humain, lui accorder une place pour exister. De plus, le respect a une valeur exemplative de provocation. En lui montrant du respect, je le provoque à une prise de conscience, de manière à l’inciter à modifier son comportement. Je lui manifeste ainsi que je le crois capable de changer, de s’améliorer.

Aimer ses ennemis signifie alors aimer à la manière de Dieu, sans condition, d’un amour gratuit qui n’attend pas de retour. Il aime tous les êtres humains, bons comme méchants, et reste ouvert à tous. Aimer d’un tel amour nous rend enfants de Dieu. D’où l’appel à la perfection de Jésus. « Soyez parfaits », autrement dit la perfection des disciples correspond à celle de Dieu, qui étend sa miséricorde sur tous sans exception.

Jésus nous recommande de prier. Nous prions volontiers pour nous et pour les nôtres, pour les chrétiens persécutés, qui sont légion dans le monde. C’est une œuvre louable, mais est-ce suffisant ? Prions-nous pour ceux qui nous persécutent, pour ceux qui torturent ? Associons-nous, dans notre prière, la victime et le bourreau ? Difficile, bien sûr, mais n’est-ce pas la volonté du Christ ? Et n’est-ce pas une manière de reconnaître la personne, de lui rendre une dignité, même si elle n’a pas voulu l’accorder elle-même à celui qu’elle persécute ? Prier pour sortir de la violence, pour remplacer un cercle vicieux par un cercle vertueux. Sans faux irénisme, mais parce que la prière peut transformer, relever. Prier pour la conversion de ceux qui nous persécutent pour que « d’assassins, ils deviennent saints ».[1]


[1] Christian Dehotte, homélie, Saint Antoine (Harre), 2019.