Porter du fruit, tel est notre devoir de chrétiens pour aujourd’hui. Cette image que Jésus donne de la vigne avec tous ses sarments est belle. Nous ne pouvons agir en chrétien qu’en étant sans cesse reliés à la vraie vigne qu’est Jésus. Comme la vigne fait vivre par la sève chaque sarment, nous recevons notre vie du Christ. Dieu le Père est le vigneron qui a planté cette vigne et espère qu’elle pourra porte du fruit, non elle-même mais pour lui. Car si nous agissons en chrétiens, nous ne porterons pas de fruits humains, mais agirons pour la gloire de Dieu.
Elle est belle cette image de la vigne, qui nous invite aussi à réaliser que nous, sarments de cette vigne, si nous sommes ancrés en jésus, nous serons aussi proches de nos frères et sœurs, comme chaque grappe accrochée à la vigne est proche des autres grappes. Un des premiers fruits que nous pouvons porter n’est il pas un fruit de prière qui nous ouvre le cœur aux dimensions du monde ?
Nous l’avons compris, nous sommes les sarments, Jésus est la vigne, le Père est le vigneron et nos frères et sœurs sont les autres sarments de la vigne. Mais ou pouvons-nous situer le saint esprit, nous qui nous approchons de la pentecôte ? Jésus n’en parle pas dans cette page d’évangile, mais ne pourrions-nous pas dire que le Saint esprit est cette sève, cette source de Vie. Nous ne voyons pas la sève, mais elle est essentielle pour la vie de la vigne. Nous ne voyons pas l’esprit, mais il est essentiel pour la vie de nos communautés chrétiennes.
En offrant au Seigneur le vin au moment de l’offertoire, offrons-lui en toute vérité le fruit de la vigne, du travail des hommes. Offrons au seigneur en cette eucharistie notre action chrétienne d’aujourd’hui.
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car il vient, le prince du monde. Certes, sur moi il n’a aucune prise, mais il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que je fais comme le Père me l’a commandé. »
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, nous dit Jésus. La paix n’a rien d’anodin. C’est un héritage qui nous est transmis, elle ne vient pas de nous, mais de celui qui nous la lègue, et notre responsabilité est de la faire parvenir à notre tour à d’autres. La paix ne nous appartient pas en propre, nous en avons l’usufruit collectif, elle émane de Dieu. Donner la paix du Christ est ainsi communiquer le signe vivant et efficace de sa présence avec nous. La paix est sacrement de la présence de Jésus parmi les siens.
Jésus prononce ces paroles dans le contexte de son entretien ultime avec ses disciples. Après le dernier repas au cours duquel il a lavé les pieds des siens, il a annoncé la trahison de Judas. Dans cette situation dramatique, il voulu réconforter ses disciples bouleversés et effrayés. Il s’est révélé comme l’unique chemin vers le Père et leur a promis l’Esprit saint pour les consoler et les guider.
La Paix que donne Jésus est toujours liée à sa personne et à sa présence. La paix est la plénitude de la vie, le don messianique par excellence, et pas une simple disposition de l’âme. Shalom, en hébreu, signifie paix, mais surtout harmonie parfaite. Au-delà de l’absence de guerre ou de conflit, le mot désigne le don qui contient tous les autres : bien-être, bonheur, santé, prospérité, sécurité, salut, relations sociales équilibrées, harmonie vécue entre Dieu et les hommes, vie vécue en plénitude. Dans les pays orientaux, le mot paix est utilisé quand on aborde quelqu’un pour lui souhaiter la bienvenue, ou pour s’enquérir de son bien-être. C’est par conséquent une paix active que Jésus nous lègue, pour une vie harmonieuse et bienheureuse de l’humanité. À nous de la faire progresser de proche en proche.
Jésus annonce son départ : je m’en vais et je reviens vers vous. Il appelle ses disciples à s’en réjouir, car cette situation entraînera ses disciples à un nouveau regard de foi. Le rapprochement de ses paroles et des événements les amènera à une nouvelle compréhension de la réalité. Ils appréhenderont le sens de la relation du Père au Fils non comme une simple correspondance, mais comme la réponse du Père à l’obéissance du Fils et qui lui communique la gloire. Glorification qui est source de vie pour les disciples.
La gloire dont nous bénéficions, c’est le poids, la densité de présence de Dieu en nous. Elle nous fait pénétrer dans la réalité de la vie en Dieu. Elle nous amène à expérimenter notre foi, à nous interroger sur notre manière de croire. De même l’absence de Jésus et l’attente de son retour nous questionnent sur la manière de les vivre : source de joie ou, au contraire de découragement ou d’indifférence ?
Jésus a la lucidité de ce qui va s’accomplir et des difficultés que vont rencontrer les disciples. Il vient le prince de ce monde, dit-il. Ou encore, les puissances hostiles à la souveraineté divine vont se manifester. Elles n’ont cependant aucune emprise sur Jésus parce qu’il est sans péché. La Passion qui s’annonce est donc le fait de la pure liberté de Jésus qui exprime, dans son obéissance, son amour au Père. En donnant sa vie, Jésus accomplit jusqu’au bout l’œuvre que lui a confiée le Père. Son obéissance atteste de son unité avec lui, manifeste sa divinité et révèle la gloire du Père.
Maintenant comme hier, les interrogations sur Jésus, son identité, sa relation au Père, sa Passion, sa Résurrection restent les mêmes. Plus particulièrement aujourd’hui se pose pour nous la question de l’articulation de notre mission et de notre relation au monde. Comment donner la paix du Christ dans un environnement parfois hostile, car il est venu le prince du monde ? Quelle est notre relation au monde ? Quelles collaborations possibles ? De quelle paix parlons-nous ? Le Christ nous accompagne sur notre chemin et en tout cela nous sommes vainqueurs (Rm 8,37).