méditation du 33eme dimanche ordinaire

Vous savez que l’été est proche, dit Jésus. Difficile pourtant d’imaginer l’été quand s’accroche l’hiver. Notre monde vit un interminable hiver : incertitude et désespérance de la pandémie, ampleur des enjeux écologiques et climatiques, réfugiés économiques et politiques, persécutions, scandales sexuels, relents de racisme, injustices et paupérisation, ténèbres du terrorisme et de la barbarie. C’est pourtant dans la nuit qu’il faut croire au jour, pour que renaisse l’espérance. Et rêver d’avenirs lumineux, en étant vigilant car le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde.[1] Cultiver l’esprit de résistance.

Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. L’avertissement de Jésus ne doit pas être pris à la lettre, mais au contraire au sérieux. Sa promesse date de si longtemps, ne reviendrait-il plus ? Ou reviendrait-il d’une autre manière ? Ou encore, parlerait-il de toutes les générations de l’humanité, de la mienne tout comme de celles qui me précèdent ou qui me suivent ?

La venue du Christ avec grande puissance et avec gloire signifie la fin des temps. La fin du monde ou la fin d’un monde ? Ou encore la fin de mon monde, qui se terminera avec ma vie ? Ou tout cela à la fois ? Si c’est la fin de mon existence, Jésus me donne l’assurance qu’il viendra me visiter avant. Je ne connais pas l’heure de ma mort, mais j’ai l’espérance fabuleuse, la promesse inouïe de le rencontrer.

A moi par conséquent de distinguer sa présence dans les signes du temps, de relire les événements de ma vie pour reconnaître son action en moi. Ne faisons-nous pas tous parfois l’expérience de faits qui nous dépassent et qui nous font dire «ce n’est pas moi qui ai fait cela» ? Ces instants de grâce fugaces ne font-ils pas signe qu’il est là avec nous ?

Jésus n’est-il pas déjà revenu ? Ne l’avons-nous pas rencontré, peut-être sans le reconnaître ? N’était-ce pas lui dans la tendresse de cette maman donnant le sein à son bébé ? Ou dans le regard de cette infirmière épongeant le front du moribond ? Ou dans celui du pauvre ou du passant ?

La venue de Jésus s’annonce par des signes. Signes de détresse, de bouleversements. Signes de crises, mais aussi d’une espérance paradoxale. La crise, malgré les désordres ou les violences qu’elle engendre, facilite le discernement, et sa résolution débouche sur de nouvelles perspectives. Un monde se termine et un monde nouveau débute, création nouvelle.

Des calamités, il y en a eu de tous temps. Chaque époque a les siennes, qui marquent les populations. Ainsi, notre contrée a été touchée de plein fouet par des inondations dramatiques, d’une ampleur jamais égalée depuis des générations. La crise climatique, dont la perception restait théorique à bien des égards, nous a rattrapés de manière soudaine et violente. Des personnes sont mortes, emportées par les eaux, des habitations sont détruites ou ravagées, des quartiers entiers sont défigurés, certains ont perdu en quelques instants le travail de toute une vie.

La tragédie met en évidence la faiblesse de notre société et de nos institutions : services d’intervention d’urgence non préparés ou inadéquats malgré leur abnégation et leur courage, mais surtout fragilité des infrastructures et des modes de vie dans l’approvisionnement de ce dont nous sommes dépendants (électricité, gaz, eau potable, aliments). Une vulnérabilité qui interroge nos modes de consommation, de subsistance, la hiérarchie de nos besoins.

Face aux conséquences du sinistre et aux misères humaines qu’il engendre, on ne peut que souligner l’amplitude de l’élan de solidarité de toute la population. De partout, des personnes se sont rassemblées, dépassant tous les clivages de langue, de génération, d’opinions, de nationalité. Pareille mobilisation ne se retrouve guère que dans les événements les plus dramatiques qui ont traumatisé et endeuillé le pays. Cette capacité du bénévolat à s’engager au service des démunis est un signe des transformations que nous devons opérer dans nos sociétés pour plus d’égalité, de justice, de dignité.

Avec ces sinistrés, ces réfugiés climatiques, Christ est tout proche, qui frappe à la porte de nos cœurs. Avec eux, notre mission est au creux de ce monde, pour y être des germes de Bonne Nouvelle que l’été de Dieu viendra faire resplendir. Un monde nouveau est en train de lever, comme le figuier de l’évangile.


[1] Bertold Brecht, La résistible ascension d’Arturo Ui, 1941.

Méditation pour la dédicace de la Basilique Saint Jean du Latran

Merci à Alexis de nous permettre de voyager à Rome aujourd’hui.

Pourquoi fêter la dédicace d’une église, même prestigieuse comme la Basilique du Latran[1] ? Ne serait-il pas plus signifiant de porter d’avantage l’attention sur ceux qui ont construit l’Eglise, ici et ailleurs ? Peut-être, mais en célébrant l’Eglise-mère de tout l’Occident chrétien, tous ceux qui y ont contribué sont mis en avant. De plus, des liens sont mis en évidence entre nous, les Eglises-filles, et cette Eglise-mère. Ces relations de filiation et de communion nous disent à quelles sources nous nous abreuvons. Surtout, elles nous rappellent qu’on n’est pas chrétien tout seul et que l’on se reçoit toujours d’un autre.

Ce qui est vrai dans l’Eglise catholique en union avec l’évêque de Rome, l’est aussi pour chacune des Eglises particulières, regroupées autour de son évêque diocésain. Ainsi, chacune des unités pastorales[2] est fille de l’Eglise-mère du diocèse. Et les paroisses, en interdépendance aves ces unités pastorales, ne sauraient exister, se nourrir et se développer en dehors de cette communion et de ce lien filial. S’isoler, c’est flétrir, et, à terme, mourir !

Nous paroissiens catholiques avons parfois tendance à faire nos petites affaires, nos cultes par exemple, entre nous, souvent au détriment d’assemblées plus significatives. Nos clochers gardent assurément leur importance, mais ne sommes-nous pas parfois à l’image des marchands du Temple, qui vivent en vase clos, et que Jésus chasse avec éclat ? Ils ne faisaient pourtant rien de mal, leur commerce était utile, mais ils oubliaient l’essentiel, Dieu et sa gloire. Rappelons-nous l’importance de manifester cette gloire de Dieu par une communion dans l’unité de nos communautés !

Pour les juifs du temps de Jésus, la gloire de Dieu résidait dans le Temple, qui faisait toute leur fierté. Le Christ les provoque en leur signifiant que c’est en lui que resplendit la gloire de Dieu. La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant : la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu.[3] L’homme dont la source n’est pas tarie, dont la joie fait jaillir la vie. Celui qui communique le désir de vivre et de resplendir.

Le Temple est chacun de nous. Dieu vient nous visiter chacun en particulier, tout être humain est le lieu sacré où il établit sa demeure. Le Temple est aussi nous ensemble. Ce temple doit être une construction harmonieuse où chacun a sa place, où chacun s’appuie sur les autres, où chacun porte les autres, où ensemble nous reflétons quelque chose de la gloire de Dieu.

Du côté droit du Temple jaillit de l’eau. Un torrent qui vient assainir la Mer morte, tout ce qu’il pénètre. La vie apparaît en tout lieu qu’arrose cette eau. Toutes sortes d’arbres fruitiers y poussent. A l’image de cette eau, la grâce de Dieu vient féconder nos communautés, épurer tout ce qui est mort en elles. Elle fait foisonner la vie dans ce Temple que nous formons tous ensemble et y suscite des fruits nouveaux. Nous sommes assurés que les fruits seront une nourriture. Ou encore, c’est pour les autres, pour que nous puissions répondre à leurs besoins profonds, que Dieu nous donne de resplendir de vie.

Cette eau surgit désormais du cœur même du Crucifié,[4] du sanctuaire de son corps. L’eau vive coule du cœur de notre Dieu pour assainir les ratages de nos existences et nous garder dans sa communion. Que nous sachions nous nourrir et nous abreuver de ce qui provient de cette source qui jaillit sous le seuil du Temple, afin que notre feuillage ne flétrisse pas !


[1] La Basilique du Latran est la cathédrale du pape en tant qu’il est évêque de Rome. Elle a été érigée sous l’empereur Constantin vers 320.

[2] Pour reprendre la terminologie officielle du diocèse de Liège.

[3] Irénée de Lyon.

[4] Mais l’un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau (Jn 19,34).

méditation pour le jour de commémoration des défunts

Merci à Alexis de nous partager cette enrichissante méditation

Christ est ressuscité, sur lui la mort n’a plus d’emprise. Cette victoire sur la mort aide à comprendre d’une façon nouvelle l’épreuve à laquelle les femmes et les hommes de tous temps sont inévitablement confrontés, la fin de leur existence terrestre et leur mort corporelle. Nous chrétiens affirmons avec force que la mort n’est pas une fin, mais un départ vers une autre vie dans la plénitude de l’amour de Dieu.

Les chrétiens souffrent de la mort comme tout un chacun. Elle est une épreuve pour tout être humain. Elle peut être un moment de doute et d’obscurité, elle peut être entourée de grandes souffrances. Elle peut être un moment de révolte, mais n’est jamais une fin en soi. Telle est l’espérance chrétienne.

Jésus vient rejoindre nos cœurs dans les bouleversements de nos deuils. L’évangile nous le présente s’adressant à ses disciples bouleversés par l’annonce de sa Passion, de la trahison et de la défection de ses proches. Il veut les rassurer en les ramenant à l’essentiel, croire en Dieu et en lui. Il veut nous mener vers le Père pour demeurer auprès de lui.

Où demeure le Père, sinon dans le Fils ? C’est donc avec le Fils, en se mettant à sa suite, que l’on trouvera le Père. Moi je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Et d’abord, Moi je suis. Affirmation de Jésus de sa divinité par le Nom révélé à Moïse à l’Horeb.

Ensuite le Chemin. Pour aller vers Dieu, il faut emprunter cette route qu’est Jésus. Voie qui ne révèle pas facile, mais caillouteuse et tortueuse, parce que parsemée d’incompréhension, de souffrance, de reniement.

Jésus est passage vers le Père parce qu’il est la Vérité. Sa vérité est d’être avec le Père, de vivre en lui et d’accomplir sa volonté. Une vérité qui nous rend aptes à faire la part entre le vrai et le faux dans nos vies. Et qui nous permet de vivre en communion avec Dieu.

Une relation qui donne la Vie. Vie éternelle, vie de Dieu qui surgit dans la destinée des hommes. Vie pour aujourd’hui autant que pour le futur. Vie en plénitude, en abondance, dans l’exubérance de son jaillissement, non pas une existence étriquée, rabougrie et mesquine.

La vie demeure en Dieu et en Dieu nous pouvons demeurer. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. Une multiplicité, tant en quantité qu’en qualité. Dieu n’exclut personne, il accueille sans réserve. Le ciel est vaste et multiple, et Jésus y part nous préparer une place.

Aujourd’hui, nous prions pour nos défunts. Nous commémorons l’amour que nous avons vécu avec eux, les épreuves et les peines que nous avons traversées ensemble, mais surtout les joies, les moments de tendresse et de bonheur que nous avons partagés. Que notre prière se fasse action de grâce pour tout ce qu’ils nous ont donné, pour cette communion de prière et de pensées dans l’amour de Dieu que nous entretenons avec eux. Pour cette communion des saints.