meditation du 31 octobre

Le Christ révèle à l’humanité le vrai visage de Dieu, le visage de l’Amour. Il lui montre l’image d’un Dieu qui aime, qui respecte et qui fait confiance. La grande nouveauté du christianisme est en effet d’affirmer que l’Amour conduit le monde, que Dieu est Amour et que son unique commandement est d’aimer.

L’évangile de Marc se fait l’écho de toutes les difficultés, des polémiques, des divisions traversées par les communautés pagano-chrétiennes qui l’a vu naître. L’évangéliste rapporte ainsi les questions et les objections soulevées par la découverte progressive de l’identité de Jésus et la révélation de sa filiation divine, de même que la compréhension de son enseignement.

Après avoir présenté la personnalité messianique de Jésus, Marc aborde, dans une nouvelle étape, son affrontement aux autorités religieuses juives. La confrontation est décisive. Jésus entre à Jérusalem et y prend position par rapport à la plus grande institution, le Temple. Il enseigne souverainement dans ce lieu, en annonçant la ruine.[1] S’en suit une longue série de controverses avec le judaïsme officiel.[2]

L’épisode de ce jour tranche avec les échanges habituels, apportant une trêve dans les polémiques. Un scribe aborde Jésus avec un à-priori favorable. La question qu’il pose à celui qu’il considère comme son égal[3] sur le plus grand commandement est celle d’un professionnel, fin connaisseur des Ecritures et accoutumé aux débats, parfois passionnés, qu’entretiennent les rabbins sur la hiérarchisation ou la mise en ordre des nombreux préceptes – en hébreu mitzvot – de la Loi.[4]

La réponse de Jésus est, de prime abord, très classique. Il évoque en premier lieu l’amour de Dieu et la profession de foi fondamentale du peuple juif.[5] Pour citer en second lieu l’amour du prochain qui occupe une place centrale au cœur de la Torah.[6] Mais, à y regarder plus près, Jésus fait œuvre originale en rapportant ensemble les deux commandements pour les lier en un seul. Sa réponse provoque l’entière satisfaction de son interlocuteur, ce qui lui vaut un rare compliment. Marc souligne un dialogue profond entre Jésus et un scribe particulièrement ouvert, sans arrière-pensée.

Ecoute Israël. Ecoute, Dieu parle aux hommes. Notre Dieu est un Dieu de liberté qui prend l’initiative d’entrer en relation avec l’humanité. Ecoutons ce qu’il dit, ses mots révèlent la source d’où jaillit le vrai bonheur. Et cette source est son amour. C’est un Dieu qui n’enferme pas l’être humain dans un carcan normatif de contraintes et d’interdits, mais veut le faire accéder à sa pleine humanité. Sous l’unique commandement de l’amour de Dieu et du prochain.

Jésus associe de manière inédite et péremptoire amour de Dieu et amour du prochain. Parce que l’amour du prochain s’enracine dans l’amour de Dieu et qu’il est impossible d’aimer Dieu, que l’on ne voit pas, sans aimer son frère, que l’on voit.[7] C’est dans les yeux de l’autre, et singulièrement du plus humble, de l’exclu, du méprisé, du malade, du souffrant, que se reflète le visage du Dieu d’amour.

Aimer son prochain de l’amour originel, que Dieu lui-même crée, qui fait la vie dans son jaillissement fondateur. Un amour qui engendre le respect de l’autre comme un don de l’Esprit. Révérer l’autre dans ce qu’il est, dans ce qu’il a de particulier, de différent, d’unique, et qui lui donne du prix aux yeux de Dieu. Mettre cet amour en pratique. Qui fait cela n’est pas loin du Royaume de Dieu.


[1] Les vendeurs chassés du Temple (Mc 11,15-19).

[2] La parabole des vignerons homicides (Mc 12,1-13), L’impôt dû à César (Mc 12, 14-17), la résurrection des morts (Mc 12,18-27). 

[3] Il appelle Jésus « Maître », le titre donné aux rabbins, avec beaucoup d’égards.

[4] Les mitzvot ne sont pas à proprement parler des commandements, mais plutôt la mise en mouvement d’un ordre (au sens de « mettre en ordre »). Ils sont au nombre de 613, dont 365 (le nombre de jours de l’année) ont une forme affirmative et 248 (le nombre présumé des os et organes du corps humain) une forme négative. Ils ordonnent le temps pour permettre à l’être humain d’accéder, en toute liberté, à sa pleine humanité.

[5] Le fameux Schéma Israël que prie le juif pieux chaque jour : Ecoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force (Dt 6,4-5).

[6] N’aie aucune pensée de haine contre ton frère, mais n’hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d’un péché à son égard. Ne te venge pas et ne sois pas rancunier à l’égard des fils de ton peuple : c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. C’est moi le Seigneur (Lv 19,17-18).

[7] Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère (1 Jn 4,20-21).

Le nouveau nom est officiel!

Voici le décret épiscopal approuvant la demande de notre Unité Pastorale de porter un nom plus fédérateur. Merci à Monseigneru Delville de son encouragement à nos communautés paroissiales.

méditation pour le 30eme dimanche ordinaire

Nous l’attendions, la voici, la méditation d’Alexis!

Jésus fait recouvrer la vue. Guérir un aveugle[1] est un acte à portée hautement symbolique qui illustre son pouvoir illuminateur et ses efforts pour ouvrir les yeux de ses disciples. Une action d’autant moins banale que, pour une fois,[2] le bénéficiaire n’est pas anonyme. L’évangile a retenu son nom, Bartimée, littéralement fils de l’honoré. Donc quelqu’un dont le père ou un aïeul a été honoré, célébré, et qui lui-même est déchu.[3] Un patronyme lourd à porter pour qui est aveugle, condamné à la mendicité, et assis au bord du chemin.

Jésus monte de Jéricho à Jérusalem, il va vers sa passion, sa résurrection et la révélation de son identité de Fils de Dieu. Et c’est en tant que Messie – oint du Seigneur – que l’homme l’interpelle, en le désignant comme Fils de David. Un titre qui rappelle la fidélité de Dieu aux promesses qu’il fit au roi David. Un cri qui est aussi une provocation, car, pour qui connaît la géographie des lieux, la scène se déroule aux pieds du palais d’Hérode, l’usurpateur du pouvoir royal.

Sa supplique «aie pitié de moi» est moins un appel à une pitié condescendante qu’une aspiration à la libération et au salut, une confession de foi. Requête qu’adresse un pauvre au Dieu de miséricorde. Ce qui est en jeu ici n’est rien moins que la vie qui renaît pour tous les aveugles que nous sommes.

Typique aussi est la réaction de la foule. Cet aveugle, ce perturbateur au comportement inconvenant, les gens veulent le faire taire. On est toujours gêné par ceux qui manifestent bruyamment et de façon incongrue. Ils nous dérangent, et nous restons indifférents à leurs problèmes.

Jésus, lui, prend toujours le contrepied de nos attitudes frileuses et égoïstes. Il est attentif aux cris de ceux qui l’apostrophent. Mais jamais il n’intervient sans le consentement des personnes. Au contraire, il interpelle pour sensibiliser et impliquer dans son action. Pour cela, il ordonne d’appeler l’homme.

L’empressement de l’aveugle à rejoindre Jésus est aussi significatif. Il bondit et court en rejetant son manteau, ce qu’il possède pour se couvrir et peut-être l’argent que les passants y avaient déposé. Son élan est irrépressible, il laisse derrière lui tout ce qui constituait sa vie d’exclu pour s’ouvrir à la liberté. Dans une confiance totale, il abandonne tout son passé pour saisir la chance d’une existence nouvelle.

Que veux-tu que je fasse pour toi ?, demande Jésus. Une question surprenante pour un aveugle. Elle invite à voir plus loin que les réponses évidentes, au-delà des seules choses perceptibles. Jésus est bien plus qu’un simple thaumaturge qui accomplit des miracles. De quelles cécités peut-il guérir l’humanité ? Il a trop de respect pour la liberté de choix de ceux qu’il sollicite que pour s’imposer à eux par des actes de puissance.

Dans sa réponse, l’aveugle donne à Jésus le titre de rabbouni.[4] Autrement dit, il lui témoigne du respect en même temps qu’il reconnaît son autorité. Ce qui lui vaut d’être envoyé guéri : va, ta foi t’a sauvé. La foi qui sauve est cette confiance placée en quelqu’un qui porte, qui nourrit. Pour le sauver, Jésus ne peut agir seul, il a besoin de sa foi. Notre guérison spirituelle, notre salut, ne peuvent s’accomplir sans notre participation. Alors seulement, nous pourrons, comme Bartimée, nous mettre à la suite de Jésus.

Que voulons-nous que Jésus fasse pour nous ? La question interpelle chacun en profondeur. Elle ouvre un champ de liberté, et, en même temps, elle oblige à se positionner. La foi est un choix libre et d’une sincérité totale. Le Christ guérit nos cécités, mais il nous incite d’abord à approfondir et à préciser nos vrais besoins, à affiner nos désirs dans un travail de conversion. La guérison de Bartimée, le mendiant aveugle devenu disciple, nous incite à quitter les bords du chemin où nous sommes assis. Pour dessiller les yeux de notre cœur et accueillir dans la foi la vision du Christ ressuscité.


[1] C’est la deuxième guérison d’un aveugle dans l’évangile de Marc. Le premier épisode (Mc 8,22-26) intervient juste avant la profession de foi de Pierre à Césarée de Philippe.

[2] C’est la seule fois dans l’évangile que le nom du bénéficiaire d’un miracle soit connu.

[3] La maladie ou l’infirmité résultent, dans la mentalité sémite, des péchés commis.

[4] Rabbouni est un terme araméen qui n’est pas uniquement un diminutif tendre de rabbi, mais témoigne du respect et de l’autorité d’un maître qui commande. Il correspond ainsi au français Seigneur. Le mot araméen rabbi, quant à lui, désigne plutôt un maître qui enseigne.