méditation du 28eme dimanche

Merci à Alexis pour cette belle méditation.

Jamais il n’a été facile pour le croyant de reconnaître le Christ, celui qui a reçu l’onction du Seigneur, dans le visage du serviteur humble et promis au destin tragique d’une mort infâmante. A ce dessein, l’évangéliste Marc révèle graduellement la figure de Jésus en exposant ses enseignements sur la venue du Royaume. Il aborde aujourd’hui la question de l’accès à la vie éternelle et du rapport à la richesse pour conclure sur l’acceptation du salut comme un don reçu dans l’abandon de soi.

Dans la culture du peuple hébreu, la richesse était considérée comme une bénédiction, une rétribution divine. Les apôtres sont tout surpris lorsque Jésus leur annonce qu’il est impossible à un riche d’entrer dans le Royaume. Il est vrai que la richesse peut devenir synonyme d’avidité, d’oppression, d’appétit de puissance, d’écrasement et d’exploitation de l’autre, à l’inverse du message de l’Evangile. Mais la vraie richesse n’est-elle pas gratuité de l’amour de Dieu ?

Il arrive, dans l’histoire de l’humanité, que percent des idées, des théories qualifiées d’utopiques. Ce sont des rêves de beauté, de bonté, de fraternité, d’égalité, de justice, de tolérance. L’utopie a cette particularité d’être à la fois nécessaire et impossible. Nécessaire, car elle féconde l’histoire humaine et la fait progresser vers plus d’harmonie et de paix. Impossible, car elle dépasse les capacités et les talents à long terme de l’humanité. L’utopie n’est pas moins indispensable. Que serait une société bouchée une fois pour toutes, immobilisée dans son évolution ?

L’enseignement de l’Evangile procède largement de ce genre utopique. La réponse de Jésus l’atteste à suffisance, «Pour les hommes c’est impossible, mais pas pour Dieu». Ce qui est possible à Dieu, c’est de tracer des chemins dans le cœur des hommes pour qu’ils s’ouvrent à la vérité de la Bonne Nouvelle.

Mais ce qui est impossible à l’homme, c’est de tenir tout au long de sa vie pareil projet. Pourquoi le lui demander alors ? Le Christ veut-il enfermer l’être humain dans un sentiment de culpabilité ? Veut-il à ce point nous décourager que nous n’osions même plus entreprendre de nous changer ?

Au contraire, l’évangile est à prendre comme un appel à une rencontre intense. Cet homme riche, Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. C’est dans la même relation d’alliance, d’amour et de foi qu’il nous faut l’entendre, tant au plan personnel qu’au niveau collectif, et pour tout dire cosmique. Ainsi, l’appel de Jésus, «va, vends ce que tu as», peut d’abord rappeler la valeur relative des biens de la terre. Dans un renversement étonnant des valeurs, le plus riche n’est pas le meilleur, la récompense est ailleurs !

Mais surtout, pour comprendre le sens de l’enseignement évangélique, il faut en percevoir la dynamique. Alors que l’homme qui interroge Jésus cherche la vie éternelle en héritage, il lui est offert d’abord de suivre un chemin, «viens, suis-moi». C’est comme un contrat de confiance qui va transformer la vie et engager dès maintenant à une communion à Dieu par Jésus. Une voie de tous les possibles.

Car tout est possible à Dieu. Le Christ nous ouvre à la vie éternelle, jaillissement du temps de Dieu dans le temps des hommes, émergence du Royaume dans notre existence quotidienne. Aujourd’hui, le salut, qu’il nous est impossible de trouver par nous-mêmes, nous est offert gratuitement. Sagesse du Royaume que nous ne pouvons que recevoir.

Méditation 27eme dimanche ordinaire

Voici la méditation qu’Alexis nous propose pour ce dimanche.

Dieu est de tous les commencements des hommes. Entête Elohim créait les ciels et la terre.[1] Dieu crée la terre pour être habitée par l’humain. Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul, dit Dieu.[2] Et dès ce moment, il déjoue le piège qui s’offre à lui. Il modèle le monde et tout ce qu’il contient, mais confie à l’homme le soin de le nommer.

Car le nom fait réellement exister. Dieu aurait pu créer et nommer. Pour la seule joie de l’humain, il fait émerger le monde. La terre, avec ses plantes et des animaux, n’existe aux yeux de Dieu qu’habitée d’êtres humains libres et heureux. Attribuer le nom aux êtres vivants est donc une affaire d’hommes. Cela dépasse la nomenclature. Dans ce commencement, la Parole est donnée à l’homme qui devient le porte-parole de Dieu.

En façonnant l’univers, Dieu lui ambitionne un avenir. Le cosmos est en perpétuelle création et l’homme est invité à maîtriser cette œuvre gigantesque.

Le Créateur, à l’écoute de sa créature, aurait pu lui faire un alter ego exactement identique à lui. Mais être semblable n’est pas être une copie conforme. Dieu désire que l’être humain soit heureux. Ce bonheur passe par la construction d’une relation. Il invite l’homme à aller à la rencontre de l’autre, à tisser des liens. C’est ainsi que la création pourra évoluer dans la recherche incessante du dialogue et de l’harmonie d’une vie partagée avec tous les autres différents de soi.

Dans la douceur et la nuée du sommeil, Dieu fait découvrir à l’homme celle qu’il appellera la Vivante,[3] et qu’il tutoiera. Car ils sont appelés à se regarder face à face, à s’émerveiller de leur différence et à partager l’œuvre de Dieu. Ensemble, ils deviennent chair une,[4] ils donneront vie, ils nommeront celles et ceux qui peupleront la terre.

Tout comme il est nécessaire d’être différents pour donner la vie, il faut quitter ce qui nous a donné naissance, pour être soi-même porteur de vie et lieu de naissance. Les êtres humains sont appelés à se respecter mutuellement, comme ils respectent Dieu lui-même. Et s’attacher l’un à l’autre par un lien qui est plus fort que celui du sang, parce qu’il donne la vie.

Mais il arrive que la relation échoue, devienne mortifère. « Est-il permis ? », demandent les pharisiens. En reprenant la loi de Moïse, ils essayent de placer Jésus en arbitre de l’homme et de la femme. Il déjoue leur piège en les renvoyant ailleurs. Si des lois sont établies c’est que, sans l’écoute de l’Esprit, les hommes et les femmes perdent toute fécondité et ne vivent plus en relation d’égalité les uns avec les autres, mais en adversaires.

La critique de Jésus va au-delà du problème des relations au sein des couples. Il montre que l’acte légal n’est pas forcément moral et juste. Il invite à porter un regard créateur sur nos relations aux autres. Toute relation véritable se fonde sur la communion entre tous dans l’amour de Dieu.

Jésus nous appelle à être enfants de Dieu et donc frères et sœurs. Il nous invite à prendre les enfants pour modèles. Leur vérité ne souffre aucune demi-mesure. Leur fragilité, leur confiance, leur dépendance, leur capacité d’accueil font d’eux les clefs du message de l’Évangile. Accueillir le Royaume, c’est retrouver cet esprit d’enfance. L’esprit des commencements.  


[1] Traduction de Chouraqui de «bérechit bara Elohim at hachamaim veet haaréts» (Gn 1,1). Cette traduction littérale donne mieux le sens du texte hébreu que la traduction liturgique «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre», qui suggérerait que l’action est figée une fois pour toutes.

Le nom rechit signifie tête, sommet, cime, commencement. Il est utilisé sans article défini ha (au commencement se traduit par haberechit). La meilleure traduction est ainsi «Pour un commencement», avec l’article indéfini. Ce qui semblerait vouloir dire que c’est un commencement parmi d’autres, ou encore qu’il pourrait y avoir plusieurs commencements. Et pourquoi pas que tous les commencements des hommes soient œuvres de création de Dieu ?

Le verbe bara  signifie créer en parlant de Dieu. Autrement dit, il n’admet pas d’autre sujet que Dieu dans toute la Bible. Ce qui signifie que l’homme ne crée pas, il n’est jamais sujet du verbe (d’autres verbes sont utilisés pour désigner l’action de l’homme). Par conséquent, créer reste toujours un mystère réservé à Dieu, l’homme ne sait pas ce que c’est que créer. Par ailleurs, la conjugaison hébreuse ne connaît pas de temps au sens de la conjugaison française, elle indique simplement que l’action du verbe est accomplie ou inaccomplie, que ce soit dans le présent, le passé ou le futur. Dans ce cas, l’action est accomplie, c’est-à-dire définitive, établie et sûre. La traduction française est donc «il crée, il a créé, il créa». Enfin, le verbe est à la troisième personne du masculin singulier, alors que son sujet est à la troisième personne du masculin  pluriel.

Le sujet de la phrase, Elohim est le masculin pluriel (pluriel de majesté ?) d’El, nom du Dieu sémite. Il désigne Dieu dans son aspect relationnel et immanent, à l’inverse du tétragramme YHVH qui désigne la  transcendance de Dieu, son incommunicabilité. Le Dieu créateur est ainsi un Dieu de communication, qui recherche le rapport avec sa créature. Ou encore, Dieu crée pour être en relation.

Ce Dieu crée les cieux. Le mot hébreu chamaim est un masculin pluriel (il n’existe pas au singulier). Il désigne le séjour de Dieu et du monde du sacré. Il y a donc une séparation entre le monde sacré et le monde profane.

Il crée aussi la terre. Le mot féminin singulier érets signifie terre, pays, terroir, et doit être distingué de adamah, qui signifie sol, glèbe (qui est l’origine du nom Adam). Il désigne donc la terre pour être habitée. Dieu crée donc une terre habitable, et son souhait est qu’elle soit habitée par l’homme, à qui il en confiera la maîtrise.     

[2] Et Dieu d’ajouter aussitôt «Je veux lui faire une aide qui lui soit en vis-à-vis» (Gn 2,18). Dieu place ainsi l’homme et la femme en vis-à-vis, autrement dit sur un plan d’égalité en importance et en dignité. La création de la femme à partir d’une côte de l’homme est, dans le texte hébreu, un jeu de mots qui les met tous deux en côte à côte.

[3] L’homme appela sa femme du nom d’Eve – c’est-à-dire la Vivante – car c’est elle qui a été la mère de tout vivant (Gn 3,20). Le nom d’Eve (haw-wa) est rattaché à la vie (hayya).

[4] Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair (Gn 2,24). La phrase donne les critères de réalisation d’un mariage par trois verbes d’action : laisser (ou quitter), s’attacher et devenir. Sans eux, il n’est pas possible de se projeter en couple dans un avenir. Quand l’un d’eux manque, l’union est bancale.

Horaire des célébrations dominicales

Voici l’horaire des messes pour ce dimanche.

Samedi

17h30 messe à Sart

17h30 liturgie de la parole à Arbrefontaine.

19h messe à Villettes.

Dimanche.

10h messe à Lierneux

11h15 messe à Jevigné

11h15 liturgie de la parole à Verleumont.