méditation pour le 25 avril

Qu’est-ce que la Résurrection, sinon le triomphe de toute mort, de toute sanction, de toute injustice ? Jésus, le Crucifié, est celui par qui Dieu se révèle pleinement. Il montre l’intimité du Père, son mystère d’amour. Il est le Bon Pasteur, il donne sa vie pour la recevoir de nouveau. Donner, c’est le contraire de garder et retenir. Recevoir, cela s’oppose à prendre, exiger ou revendiquer. Le Christ est tout entier tourné vers ses sœurs et frères en humanité et vers Dieu son Père, rien ne le centre sur lui-même.

Jésus se présente comme le bon berger. Une image qui évoque moins la gentillesse qu’elle ne signifie qu’il remplit son rôle. Son affirmation fait écho à un thème particulièrement riche du Premier Testament. Le berger y représente souvent le roi, qui a pour mission de rassembler son peuple et de le mener sur de bons chemins. C’est ainsi que David, par exemple, est choisi alors qu’il gardait les troupeaux.[1] Tout roi est le pasteur de son peuple, et le sceptre représente le bâton de berger qui ne doit pas servir à frapper les moutons récalcitrants, mais à défendre le troupeau contre les bêtes sauvages. Les prophètes[2] vont dénoncer les rois de leur temps, pasteurs qui dispersent les moutons au lieu de les rassembler et d’en prendre soin. Ils annoncent aussi que le Seigneur donnera à Israël un nouveau David, et aussi qu’il se fera lui-même le berger de son peuple. Quand Jésus se présente comme le bon berger, il accomplit la promesse messianique, et ce qu’il fait le rapproche de Dieu lui-même.

Contrairement au mercenaire, c’est-à-dire au salarié, qui n’a pas la même relation avec son troupeau et l’abandonne au loup pour se sauver lui-même, le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Précisément, il pose son âme pour elles, ce qui signifie qu’il prend des risques pour sauver ses moutons, et que leur vie lui est plus précieuse que la sienne propre. On pense bien sûr à la Passion, si Jésus meurt sur la Croix, c’est qu’il a renoncé à sa propre sécurité, afin que le peuple puisse vivre.

Ce qui est premier dans la relation est la connaissance mutuelle profonde entre le berger et ses brebis. Pour l’homme biblique, connaître renvoie toujours de quelque manière à l’intimité conjugale. Et Jésus indique cette proximité, cette familiarité déconcertante, il va même jusqu’à la confondre avec la relation unique qu’il entretient avec son Père. Il souligne à quel point il se sent, dans le même amour du Père, responsable du troupeau. La communion de Jésus avec nous appartient à celle qu’il vit avec son Père.

Un amour immensément hospitalier, qui n’exclut personne, puisque le bon berger désire rassembler d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos. Ce qui donne de l’ampleur à notre conception de l’Eglise dont l’horizon s’ouvre à l’infini de l’amour divin qui embrasse l’humanité. Il ne faut pas interpréter cela comme un programme de conquête, qui contredirait les propos de Jésus, mais l’espérance de voir un jour l’humanité réconciliée avec le Christ.

A l’intérieur de cette intimité entre le Père et le Fils et entre le Fils et l’humanité, on comprend mieux le sens que Jésus donne au terme commandement, dont on ne perçoit souvent que l’extériorité. Dans la bouche de Jésus, il prend la signification d’une connivence intérieure qui responsabilise et qui engage toute vie au risque d’en mourir.

Aujourd’hui, la voix de Jésus s’élève pour restaurer les rapports humains dans leur plénitude. Il est le vrai berger, médiateur entre le Père et les brebis. Il rassemble en un seul troupeau une multitude de sœurs et frères avec qui il projette une relation personnelle. Il connaît leurs noms, il sonde les cœurs. Mais pour entendre sa voix, il faut le fréquenter, l’écouter, lui répondre. En avons-nous le temps ? Lui laissons-nous le temps de la rencontre ?


[1] 1 S 16,1-3 : Onction de David.

[2] Particulièrement Jérémie (23,1-8) et Ezéchiel (chapitre 34).

méditation du 20 avril

Le livre des Actes des Apôtres nous invite à contempler, avec Etienne le premier martyr, le Fils de l’homme debout à la droite du Père. C’est donc à la gloire du Christ ressuscité que nous sommes conviés à participer. Et ainsi à témoigner du Juste qui a été crucifié en cherchant à l’imiter dans les événements de notre existence quotidienne.

Le martyre[1] d’Etienne est un acte fondateur. C’est la première fois, dans l’histoire de l’Eglise naissante, qu’un disciple donne sa vie en témoignage du Ressuscité. Les Apôtres ont certes déjà fait l’objet de persécutions des autorités religieuses juives, mais ils ont finalement été relâchés après avoir été battus de verges.[2] La situation s’est donc aggravée, en lien avec le succès de la prédication apostolique.

Devant la croissance de l’Eglise et les récriminations des Hellénistes contre les Hébreux, le groupe des Apôtres a proposé d’instituer sept hommes[3] de bonne réputation par l’imposition des mains pour remplir le service des tables.[4] Etienne, homme plein de foi et d’Esprit saint, est le premier cité parmi ces diacres.[5] C’est par le ministère de la Parole,[6] auprès de la synagogue des Affranchis,[7] qu’il témoigne du Christ.

Accusé par de faux témoins, à l’instar de Jésus[8], de paroles hostiles au Temple et à la Loi, Etienne est traduit devant le tribunal du Sanhédrin. Il y tient le discours le plus long des Actes des Apôtres.[9] Il trace une rétrospective de l’histoire d’Israël allant d’Abraham à Salomon et au Temple, en s’attardant particulièrement su Moïse présenté comme une figure annonciatrice de Jésus. Ne se contentant pas de rappeler les bienfaits de Dieu, son propos tourne vite comme un réquisitoire contre les institutions. Il y pointe un Israël toujours prêt à résister à l’Esprit saint, qui parlait à Moïse et aux prophètes, de même qu’il parle aux prédicateurs de l’Evangile.

Les accusations d’Etienne se font l’écho de celles portées contre Israël tout au cours de son histoire d’être un peuple à la nuque raide[10] qui a persécuté les prophètes[11]que Dieu lui a envoyé. Le peuple n’a pas observé la Loi et il a mis à mort ceux qui ont annoncé la venue du Juste.[12] Si plusieurs personnes sont qualifiées de justes dans les Ecritures,[13] Jésus est le Juste par excellence. Il s’accorde pleinement à Dieu, il trouve sa juste place en lui. Il est Dieu et s’ajuste à Dieu. Il est avec lui dans une relation de respect et de confiance pleine et entière. Jésus est en unité profonde avec Dieu.[14]

Le discours d’Etienne exaspère ses auditeurs qui grincent des dents. Et quand, dans une vision extatique, il contemple le Christ en gloire et déclare le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu, leur fureur est à son comble. Il désigne ainsi Jésus dans une allusion[15] à son procès où celui-ci suggère sa filiation divine et qui le fait condamner pour blasphème. Cette déclaration fait condamner Etienne pour blasphème et il est entraîné hors de la ville où il est lapidé.[16]

Lors de son exécution, Etienne s’adresse à Jésus pour demander de recevoir son esprit et de pardonner à ses bourreaux. Ces deux prières rappellent deux paroles de Jésus sur la Croix adressées à son Père dans des circonstances analogues.[17] Le premier martyr est donc présenté comme une imitation de la mort de Jésus et l’issue du procès d’Etienne fait écho à celle du procès de Jésus.

La présence de Saul à la scène est mentionnée par deux fois.[18] Il garde les vêtements des bourreaux et il approuve le meurtre. Cette insistance suggère l’importance de ce martyre pour le futur apôtre, qui a été marqué par l’événement au point de le rappeler par deux fois dans des discours et reconnaître sa culpabilité.[19]

Le martyre d’Etienne pose la question d’être témoin du Ressuscité aujourd’hui. La société dans laquelle nous évoluons est souvent hostile au message du Christ et les chrétiens subissent des persécutions ou font l’objet de vexations dans diverses parties du monde. Le témoignage est donc toujours risqué.

Témoigner dans un milieu inamical suppose du courage et de la persévérance. Être témoin de Jésus signifie le reconnaître comme le Juste et de rechercher sa justice. La justice de Dieu n’est pas rétributive, mais consiste à accueillir chacun tel qu’il est et l’intégrer dans le projet de Dieu. La justice est projet d’humanisation et tout le contraire de l’exclusion. Elle consiste à accorder la juste place.

Témoigner du Christ signifie aussi se mettre à la suite des témoins qui nous ont précédé. Comme Etienne, il faut rechercher l’imitation de Jésus, la fidélité à sa Parole. Vivre de son enseignement dans le quotidien en accordant ses actes à ses déclarations. Mais encore comme Paul, qui a eu l’humilité de reconnaître ses erreurs et de s’en corriger. Témoigner est un chemin de conversion à l’amour de Dieu.


[1] Le mot témoin traduit le grec martyros. La signification du martyre est donc celle d’un témoignage.

[2] Ac 4,40 : Arrestation et délivrance des apôtres.

[3] Ac 6,1-6 : Institution des Sept.

[4] En grec diaconia trapeziais. Le mot tables fait référence d’abord à la table du repas, ce qui implique le ministère de la charité. Ensuite, il signifie l’autel, et donc le ministère de la liturgie. Enfin, il représente le comptoir commercial et ainsi les tâches de gouvernement.

[5] Avec Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parmenas et Nicolas, prosélyte d’Antioche (Ac 6,5).

[6] De même, Philippe, autre diacre, exercera le ministère de la Parole en évangélisant et baptisant l’eunuque éthiopien (Ac 8,26-40).

[7] Des Juifs emmenés comme esclaves par Pompée en 68 ACN, et qui avaient été affranchis. Ils disposaient d’une synagogue à Jérusalem.

[8] Au procès devant le Sanhédrin, Jésus est accusé par de faux témoins de tenir des propos hostiles au Temple (relatés dans

Mt 26,61 et Mc 14,58).

[9] Ac 7,1-53 : Procès d’Etienne. La longueur du discours indique l’importance qu’accordent les Actes des Apôtres au témoignage d’Etienne.

[10] Lors de l’épisode du Veau d’or : Et le Seigneur dit à Moïse : « Je vois ce peuple, eh bien, c’est un peuple à la nuque raide » (Ex 32,9).

[11] Mais ils bafouaient les messagers de Dieu, ils méprisaient ses paroles et ils narguaient ses prophètes jusqu’à ce que la fureur du Seigneur contre son peuple atteigne un point irrémédiable (2 Ch 36,16).

[12] Le titre de Juste est, avec celui de Saint un titre christologique : Vous avez refusé le Saint et le Juste, et vous avez réclamé pour vous la grâce d’un meurtrier (discours de Pierre au Temple, Ac 3,14).

[13] Noé, Job, Zacharie et sa femme Elisabeth.

[14] Moi et le Père nous sommes un (Jn 10,30).

[15] Mais désormais le Fils de l’homme siègera à la droite du Dieu puissant (Lc 22,69). Cette mention de Fils de l’homme est la seule en dehors des évangiles et qui ne soit pas de la bouche de Jésus lui-même.

[16] Le blasphème était puni de mort par lapidation. Les exécutions devaient se tenir hors de la ville.

[17] Des paroles propres à l’évangile de Luc : Jésus poussa un grand cri, il dit : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc23,46) et Jésus disait : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

[18] C’est la première fois que le futur apôtre Paul, encore jeune homme, est mentionné dans le livre des Actes.

[19] Plaidoyer de Paul devant les Juifs après son arrestation au Temple : Et lorsque le sang d’Etienne ton témoin a été répandu, moi aussi j’étais là et j’approuvais ses meurtriers et je gardais leurs vêtements (Ac 22,20) – Discours de Paul devant Agrippa : Et c’est ce que j’ai fait à Jérusalem (combattre jésus le Nazôréen), j’ai en personne incarcéré un grand nombre de saints en vertu du pouvoir que je tenais des grands prêtres, et j’ai apporté mon suffrage quand on les mettait à mort (Ac 26,10).

messes du we

ce we, nous aurons les messes

Samedi 17h30 à Sart

Samedi 19h à Villettes

Dimanche 10h à Lierneux

Dimanche11h15 à Jevigné