méditation pour la fête du baptême du Seigneur

Le temps de la Nativité se clôture et le baptême de Jésus n’appartient déjà plus à son enfance, puisqu’il a été baptisé à l’âge adulte et qu’il a inauguré par là son ministère public. Le baptême du Seigneur est manifestation solennelle de Dieu à l’humanité. Tous les éléments traditionnels des grandes théophanies bibliques y sont réunis : déchirement du ciel, descente de l’Esprit saint et proclamation de la voix du Père. Le Baptême au Jourdain relève, avec la visite des mages et les noces de Cana, des trois épiphanies de la tradition de l’Église.

Marc est le seul évangéliste à situer le baptême de Jésus au début de son évangile. Il a d’abord énoncé l’objectif qu’il poursuivait : Commencement de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu.[1] Il se propose ainsi d’écrire le commencement de la Bonne Nouvelle du salut, dès la prédication de Jean-Baptiste en qui apparaît déjà l’œuvre de Dieu. Il se concentre sur Jésus, le Messie, – celui qui a reçu l’onction – le Sauveur attendu et qui est réellement le Fils de Dieu. Dès le départ, l’identité de Jésus est révélée.

Le portrait qu’il dresse vient souligner la nature profonde de Jésus et sa supériorité sur Jean-Baptiste. Jean baptisait[2] dans le Jourdain. Il n’était pas le seul à pratiquer ce rite[3] en signe de conversion et de purification des péchés. Mais il se distinguait des autres baptiseurs dans ce qu’il ne se reconnaissait que comme le précurseur d’un autre, qui viendrait après lui. D’un rédempteur dont il ne s’estimait pas digne de délasser les courroies des sandales.[4] Cet autre ne se contentera pas de baptiser dans l’eau pour le pardon des péchés, mais dans l’Esprit saint.

Jésus n’a pas besoin de se présenter au baptême de Jean, puisqu’il est sans péché. Mais par ce geste, il vient manifester sa soumission à la volonté du Père et marquer qu’il partage, par son incarnation, la condition humaine en plénitude. Il se range humblement au niveau des pécheurs, à l’image de l’agneau prenant sur lui le péché du monde. Le baptême du Christ annonce et préfigure, pour l’humanité, le temps du pardon et de la rédemption.

La théophanie au moment où Jésus sort de l’eau l’investit de sa mission. La venue de l’Esprit saint sous la forme d’une colombe rappelle le souffle de Dieu planant sur les eaux au premier jour de création.[5] Elle évoque aussi le retour de la colombe vers l’arche de Noé à la fin du Déluge[6], et qui annonce la restauration de la création ainsi que la promesse d’une alliance avec toute l’humanité. Le Baptême de Jésus inaugure ainsi une création nouvelle, avec un mode inédit de relation d’amour. La parole céleste s’adresse à Jésus pour lui notifier qu’il est bien le fils privilégié, l’héritier par excellence. Il est investi pleinement de l’amour de Dieu. Et c’est désormais dans cet amour qu’il va accomplir sa mission.

Le baptême de Jésus annonce notre propre baptême. Baptisé au nom de Jésus, le fidèle devient à son tour, par cette association, enfant de Dieu. Il reçoit l’Esprit saint qui lui permet de s’adresser à Dieu en l’appelant Abba-Père. Comme Jésus qui ressort du Jourdain, le baptisé émerge du mal et de la mort du péché pour s’éveiller à la vie en plénitude, créature nouvelle pour un monde nouveau. Par son baptême, Jésus invite les êtres humains à la conversion, à la foi, mais, mieux encore, il les guérit, il les relève. Entrer avec Jésus dans l’eau du baptême, c’est donc entrer dans la joie totale et plénière.


[1] Mc 1,1.

[2] Le verbe grec baptisein signifie immerger dans l’eau. Il s’agissait ainsi d’un rite d’immersion dans l’eau plutôt que d’aspersion, donc différent des aspersions rituelles pratiquées dans les milieux juifs.

[3] Les rites de baptême et de purification étaient répandus à l’époque, notamment dans la communauté de Qumram.

[4] Une référence au droit de rachat des biens, où l’usage voulait que l’acquéreur chaussât la sandale du cédant (Rt 4,7). Jean-Baptiste n’est donc pas celui qui rachète, il n’est pas le rédempteur.

[5] Gn 1,22.

[6] Gn 8,8-12.

une nouveauté pour notre UP

Notre Up continue d’avancer!

Dans notre société actuelle, nous avons besoin de contact humain.

Gladys Felten, assistante pastorale, est maintenant à mi temps au service des paroisses de notre Up.

Elle assurera une permanence, une écoute, les lundi mardi et vendredi.

Lundi, permanence au presbytère de 8h30 à 15h30

mardi permanence au presbytère de 8h30 à 15h30

vendredi permanence au presbytère de 13h30 à 16h30

cette permanence ouvre la porte à une écoute (si importante en ces temps troublés qui nous referment sur nous même), à des renseignements. Elle se tiendra dans le strict respect des mesures sanitaires en vigueur, avec un pelxiglass.

c’est avec cette bonne nouvelle d’une nouveauté que nous vous souhaitons encore une belle et douce nouvelle

année.au nom des équipes paroissiales.

Votre curé, Benoit Sadzot

méditation de ce 5 janvier

La multiplication des pains est un thème important dans l’Église primitive. On ne recense pas moins de six récits analogues dans les évangiles.[1] L’intérêt pour les assemblées eucharistiques est évident, avec des origines liturgiques.[2] Les références bibliques ne manquent pas, avec le banquet messianique qui annonce les grandes œuvres de Dieu et du Messie à la fin des temps, ou avec le miracle du prophète Elisée multipliant les pains[3], ou encore avec la nourriture procurée par Dieu à son peuple au désert.[4]

Les répétitions de multiplications des pains dans un même évangile s’expliquent par les destinataires des récits, qui sont différents. L’évangéliste Marc s’adresse ici à des communautés judéo-chrétiennes, ce qu’indiquent les références culturelles : L’ordonnance de la foule rappelle l’organisation d’Israël au désert (en rangées de 100 et 50) – Les chiffres font appel à une symbolique juive (5 pains, 12 paniers, 5000 hommes). Le deuxième récit chez Marc, écrit dans un contexte différent, s’adresse à des chrétiens d’origine païenne (7 pains, 7 corbeilles, 4000 hommes).

L’évangéliste situe l’événement après le retour des Douze de mission. Ils se retirent dans un endroit isolé au désert tant pour se reposer que pour tirer les enseignements de la mission qu’ils viennent de vivre. C’est alors qu’ils sont rejoints par les foules qui cherchent Jésus.

L’épisode se situe ainsi au désert, lieu d’errance, mais aussi lieu emblématique de la recherche et de la rencontre de Dieu. La pitié qui anime Jésus pour les foules sans berger est motivée par l’état d’abandon du peuple laissé  à lui-même par ses dirigeants. Jésus se conduit comme le berger messianique à l’image de Moïse ou de Dieu qui conduit son peuple au désert. L’enseignement qu’il prodigue est une manifestation de cette pitié.

L’injonction que donne Jésus aux Dix – Donnez-leur vous-mêmes à manger – est symptomatique de la dynamique qu’il imprime à sa mission. Il les oblige à l’action et les prépare à collaborer à son œuvre. Mieux, il conditionne la réussite de toute son entreprise à leur participation. Sans l’être humain, Dieu ne peut rien faire, mais avec lui, tous les miracles deviennent possibles.

La tâche qu’ont à accomplir les disciples est gigantesque, et les difficultés insurmontables. Les montants évoqués sont colossaux[5] et les moyens à disposition (cinq pains et deux poissons) sont dérisoires. Seul un miracle parviendra à subvenir aux besoins de tous. Un miracle qui s’accomplira précisément dans le partage de ces pauvretés.

Jésus ordonne la foule en groupes[6] et la dispose sur l’herbe verte (au désert). Il se conduit comme le berger qui mène son peuple près d’un endroit herbeux près des lieux de repos et lui dresse une table. Là encore, c’est Dieu lui-même qui conduit son peuple et le nourrit.[7]

La bénédiction qu’il prononce est une prière de louange et d’action de grâces tant dans le judaïsme que dans le christianisme. Jésus rappelle les bienfaits de Dieu pour son peuple en exprimant le sens du pain partagé. Il charge les disciples de la distribution de la nourriture qui rassasie la foule.

Des reliefs du repas sont récoltés douze paniers, tant est surabondant le don de Dieu. Ces restes sont ramassés. Par l’entremise des apôtres, le repas est ouvert à d’autres participants encore.

L’évangile interpelle aujourd’hui notre humanité. La société contemporaine n’est-elle pas fort semblable à ces foules errant dans le désert et que Jésus rassemble et nourrit ? Les normes se sont estompées, les gens n’ont plus de référence, sont en recherche de spiritualités nouvelles. Notre mission à nous chrétiens est de leur proposer l’espérance qu’apporte Jésus, le Berger qui fait reverdir nos déserts.

Le Christ demande toujours l’intervention de l’être humain pour accomplir sa mission. Il ne fait rien sans nous, sans notre accord, mais il a besoin de notre participation pour réaliser son Royaume. Donnez-leur vous-mêmes à manger, autrement dit, prenez vos responsabilités, passez à l’action. Utilisez les moyens qui sont à votre disposition, même s’ils sont dérisoires, même si les besoins sont énormes. Je n’agis que par vos bras.

Le miracle n’est pas tant dans la multiplication des pains que dans le partage des pauvretés. C’est parce que les disciples distribuent les maigres ressources que tous sont rassasiés. Ou encore, la surabondance ne survient que dans la solidarité des pauvres. Ce n’est pas en concentrant les richesses sur quelques-uns que l’on résorbera les crises que traverse notre monde : les riches deviendront plus riches et les pauvres plus pauvres. Seule la solidarité permettra de vaincre la misère, la disette, la famine. Le partage par les pauvres est le seul vrai miracle. C’est à cela que nous entraîne Jésus.


[1] Deux chez Matthieu (en 14,13-é& et en 15,32-34-, deux chez Marc (en 6,34-44 et en 8,1-10), un chez Luc (en 9,10-17) et un chez Jean (en 6,1-17).

[2] Voir le récit de la dernière Cène en Mc 14,22.

[3] Élisée assainit un potage empoisonné puis multiplie les pains en disant « Distribue-les aux gens, et qu’ils mangent. » Voir II R 4,42-44.  

[4] Le don de la manne (Ex 16).

[5] 200 deniers représentent 200 fois le salaire journalier d’un ouvrier agricole. La ration quotidienne de pain valait un douzième de denier.

[6] Il s’agit de l’ordonnance du peuple en marche au désert de l’Exode.

[7] Psaume 23 (22) : Le SEIGNEUR est mon berger, je ne manque de rien.