méditation 22eme dimanche ordinaire

Mystères de la vie et de la mort, de la souffrance et du renoncement, toujours incompréhensibles. Et Jésus, qui présente sa Passion, sa mort et sa Résurrection comme inéluctables, paraît accréditer une logique de peine et de douleur. Pauvre Pierre brutalement rabroué. Comment être disciples du Christ ?

L’annonce de la Passion et de la Résurrection contraste avec la profession de foi de Pierre à Césarée de Philippe. Il avait été déclaré heureux, et maintenant il est obstacle. Il avait été béni par le Père et le voici possédé par Satan. On est confronté aux deux versants de la vie du disciple, le côté lumineux et le versant obscur. Habité par la grâce qui lui donne de reconnaître le Christ, il reste tenté par le mal qui le freine dans son chemin de vérité et le pousse au mensonge.

Aujourd’hui comme hier, la mort et la résurrection de Jésus font difficulté. Même si elles sont dans la logique des choses, nous ne concevons pas que le Père livre son Fils aux mains des hommes. Cet acte pourtant cause notre salut, nous délivre du Mal. C’est l’arme du combat non-violent. Jésus se laisse tuer plutôt que de se défendre, se battre ou détruire. De la même manière dans notre monde, des gens font la grève de la faim, mettent leur intégrité physique en péril devant des injustices ou prennent le risque de se faire assassiner pour améliorer le sort d’autres. Ainsi, le Père donne son Fils, et ce don est appelé à devenir le don de chacun à Dieu et à l’humanité, une sorte de don en retour.

Jésus n’exalte en aucune manière la souffrance, qu’il a d’ailleurs redoutée. Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi (Mt 26,39). Le renoncement, comme la souffrance n’ont pas de valeur en soi. Jésus le précise d’ailleurs, en disant qu’il s’agit de trouver sa vie définitivement. S’il faut parfois accepter la possibilité de la perdre, c’est pour assurer cet objectif ultime de la garder toujours.

Les paroles de Jésus sont provoquantes dans leur forme. Elles s’inscrivent bien sûr dans la situation de persécution que vivaient les premières communautés. Elles ont toutefois une portée plus large et elles doivent être comprises au-delà des contre-sens qu’elles peuvent entraîner.

Renoncer à soi-même. Il n’est pas question de refuser de vivre. Nous avons même le devoir d’être le plus vivant possible en prenant des initiatives, en faisant fructifier au mieux nos talents. Jésus condamne d’ailleurs le mauvais serviteur timoré qui s’est contenté de cacher le talent qu’il avait reçu (Mt 23,24-28). Il s’agit plutôt de renoncer de faire de notre ego le centre de notre univers, la référence de notre vie. De renoncer à ce qui entrave notre recherche de l’amour de Dieu.

Prendre sa croix. Jésus n’a jamais recherché la croix pour elle-même, mais il a accepté de mourir par amour. Accepter d’endurer le poids du jour et de la chaleur (Mt 20,12) de notre vie, en communion avec le Christ. Cette croix-là est aussi glorieuse que la sienne. Ce qui n’autorise pas à la faire la plus lourde possible, ni pour soi, ni pour les autres. Ni d’être des donneurs de leçons.

Suivre Jésus. Il ne s’agit pas de chercher à l’imiter par mimétisme, mais d’entrer dans la dynamique du don gratuit par amour. Cela ne dispense pas d’être créatifs, de chercher sa propre voie, ou de discerner sa vocation selon ses aptitudes et les appels que l’on ressent dans la vie.

Le Christ nous appelle à mener nos propres existences en passant derrière lui, sans éluder les difficultés inévitables du trajet. Il nous invite à convertir nos cœurs et nos esprits pour accueillir l’infinie tendresse de Dieu. Il nous précède sur le chemin de la vie.

prions pour nos défunts

Nous recommandons à vos,prières Monsieur Roger Baudoin, veuf de Josée Monfort, décédé à l’age de 91 ans. les funérailles seront célébrées en l’église Sainte Walburge de Sart ce samedi 29 août à 11h

méditation pour le 25 août.

Matthieu concentre, dans cette partie de son évangile, des paroles de Jésus utiles à la polémique que sa communauté ecclésiale entretient avec la Synagogue de son temps, d’obédience pharisienne. Dans une progression orchestrée, il dresse d’abord un portrait des scribes et des pharisiens pour se lamenter contre eux, les invectiver, annoncer leur jugement et enfin se lamenter sur Jérusalem. Il met en scène la venue de Jésus à Jérusalem dans son chemin qui le mène à sa Passion et sa résurrection. Le contexte est celui du Temple de Jérusalem, où Jésus s’est rendu pour y prodiguer son enseignement.

Jésus reconnaît l’autorité des scribes et des pharisiens et ne s’élève pas contre leur enseignement ni leur attachement à la Loi, mais il critique les incohérences entre leurs actes et leurs discours. Il dénonce leur culte à la Loi qui devient une idolâtrie. Il leur reproche de se poser comme les artisans de leur propre salut. Il souligne leur mépris envers ceux qui n’ont pas la science de la Loi et des traditions.

La formule de Jésus contre ses détracteurs est célèbre – « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites » – et sonne comme une condamnation sans appel. Elle paraît cependant être nuancée dans une autre traduction : « Prenez garde, scribes et séparés comédiens »[1]. La mise ne garde de Jésus n’est pas une malédiction, mais plutôt l’expression d’une douleur, d’une indignation pouvant aller jusqu’à une menace prophétique. Elle s’adresse aux autorités du Temple dont beaucoup étaient pharisiens – séparés dans une traduction littérale. Leur hypocrisie relève du jeu de la comédie – les comédiens jouaient avec un masque – et réside dans leur casuistique qui oriente la piété vers des prescriptions secondaires au détriment des commandements principaux de la Loi. Autrement dit, ils masquent l’essence de la Loi par un fatras de rites et d’usages secondaires.

Jésus va plus loin. L’insistance des pharisiens sur des points particuliers fait d’eux des guides aveugles. Leur aveuglement symbolise l’incrédulité à la foi, des ténèbres à la lumière. Ceux qui se targuent d’être éclairés ne sont pas à même de voir celui qui apporte la lumière du salut. Par leurs pratiques, ils s’enferment dans les ténèbres et la perdition.

Jésus met ainsi en exergue deux pratiques des pharisiens, la dîme et la purification. La dîme d’abord, dont les pharisiens avaient étendu la pratique aux produits les plus infimes de la terre au détriment des prescriptions fondamentales telles que la justice, la miséricorde, la foi. La purification ensuite, dont ils détournent le vrai sens, qui n’est pas extérieur mais intérieur.

Même si la querelle de Jésus avec les Pharisiens, ou celle de la communauté de Matthieu à la Synagogue, nous paraissent bien loin de nos préoccupations quotidiennes, son enseignement reste bien actuel pour nous dans le discernement de nos attitudes. La question de la cohérence entre le dire et le faire est toujours posée et le meilleur témoignage n’est pas dans les paroles, mais dans les actions qui viennent appuyer ces paroles. L’hypocrisie nous guette toujours parce qu’il n’est pas évident parfois de faire la différence entre ce qui est fondamental et ce qui est secondaire, quand il est plus facile de dissimuler ou de masquer la réalité. L’aveuglement peut survenir quand on croit être dans son bon droit ou si l’on est guidé par l’orgueil ou la vanité. En toutes choses, le seul guide est le Christ, lumière du salut.    


[1] Bible Segond.