méditation pour le 5eme mardi de paques

merci à Alexis de cette nouvelle méditation sur la parole du jour

Se recevoir de Jésus signifie se laisser imprégner de sa paix pour pouvoir la transmettre. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, annonce-t-il d’entrée. Une paix qui n’a rien d’anodin. C’est un héritage qui nous est transmis, elle ne vient pas de nous, mais de celui qui nous la lègue, et notre responsabilité est de la faire parvenir à notre tour à d’autres. La paix ne nous appartient pas en propre, nous en avons l’usufruit collectif, elle émane de Dieu. Donner la paix du Christ est ainsi communiquer le signe vivant et efficace de sa présence avec nous. La paix est sacrement de la présence de Jésus parmi les siens.

Jésus prononce ces paroles dans le contexte de son entretien ultime avec ses disciples. Après le dernier repas au cours duquel il a lavé les pieds des siens, il a annoncé la trahison de Judas. Dans cette situation dramatique, il voulu réconforter ses disciples bouleversés et effrayés. Il s’est révélé comme l’unique chemin vers le Père et leur a promis l’Esprit saint pour les consoler et les guider.

La Paix que donne Jésus est toujours liée à sa personne et à sa présence. La paix est la plénitude de la vie, le don messianique par excellence, et pas une simple disposition de l’âme. La paix est avant tout un état d’harmonie parfaite.1 Au-delà d’une absence de guerre ou de conflit, la paix signifie le don qui contient tous les autres : bien-être, félicité, bonheur, santé, prospérité, sécurité, salut, relations sociales équilibrées, harmonie vécue entre Dieu et les hommes, vie vécue en plénitude. Dans les pays orientaux, le mot paix est utilisé quand on aborde quelqu’un pour lui souhaiter la bienvenue, ou pour s’enquérir de son bien-être. C’est par conséquent une paix active que Jésus nous lègue, pour une vie harmonieuse et bienheureuse de l’humanité. À nous de la faire progresser de proche en proche.

Jésus annonce l’imminence de son départ. Je m’en vais et je reviens vers vous, avertit-il ses disciples. Paradoxalement, il les appelle à se réjouir de cette situation, car elle les entraînera à un nouveau regard de foi. Le rapprochement de ses paroles et des événements les amènera à une nouvelle compréhension de la réalité. Ils appréhenderont le sens de la relation du Père au Fils non plus comme une simple correspondance, mais comme la réponse du Père à l’obéissance du Fils et qui lui communique la gloire. Glorification qui est source de vie pour les disciples.

La gloire dont nous bénéficions, c’est le poids, la densité de présence de Dieu en nous. Elle nous fait pénétrer dans la réalité de la vie en Dieu. Elle nous amène à expérimenter notre foi, à nous interroger sur notre manière de croire. De même l’absence de Jésus et l’attente de son retour nous questionnent sur la manière de les vivre : source de joie ou, au contraire de découragement ou d’indifférence ?

Jésus a la lucidité de ce qui va s’accomplir et des difficultés que vont rencontrer les disciples. Il vient le prince de ce monde, dit-il. Ou encore, les puissances hostiles à la souveraineté divine vont se manifester. Elles n’ont cependant aucune emprise sur Jésus parce qu’il est sans péché. La Passion qui s’annonce est donc le fait de la pure liberté de Jésus qui exprime, dans son obéissance, son amour au Père. En donnant sa vie, Jésus accomplit jusqu’au bout l’œuvre que lui a confiée le Père. Son obéissance atteste de son unité avec lui, manifeste sa divinité et révèle la gloire du Père.

Maintenant comme hier, les interrogations sur Jésus, son identité, sa relation au Père, sa Passion, sa Résurrection restent les mêmes. Plus particulièrement aujourd’hui se pose pour nous la question de l’articulation de notre mission et de notre relation au monde. Comment donner la paix du Christ dans un environnement parfois malveillant, où il vient le prince du monde ? Quel rapport au monde ? Quelles collaborations possibles ? Pour quelle paix ? Mais nous avons l’assurance que le Christ nous accompagne sur notre chemin et qu’en tout cela nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.2

1 Le terme shalom, paix en hébreu, a une connotation de vivre en harmonie.

2 Hymne à l’amour de Dieu (Rm 8,37).

méditation pour ce 25 avril

merci à Alexis de nous partager cette méditation sur la parole d’aujourd’hui

Les écrits du Nouveau Testament tracent plusieurs témoignages1 de l’impact du personnage de Marc2 dans l’Eglise primitive. On relève ainsi sa présence tant dans les premiers voyages apostoliques de Paul que plus tard auprès de Pierre. Il a exercé son ministère dans le sillage de personnalités plus importantes que la sienne pour enfin fonder l’Eglise d’Alexandrie3 et y subir le martyre.4 L’Eglise célèbre5 aujourd’hui celui qu’elle appelle le contemplateur de Dieu et l’auteur du deuxième évangile.6

La personnalité de Marc est complexe, puisqu’il a d’abord été le compagnon de Paul pour ensuite devenir l’interprète7 de Pierre. On l’identifie à Jean-Marc, juif originaire de Jérusalem8 et cousin de Barnabé, qui accompagne9 brièvement Paul avant de se séparer de lui. Il se lie ensuite à Pierre, avec qui il se rend à «Babylone», sans doute Rome.10 Le témoignage que livre Marc, dans son évangile éponyme, constitue le premier exemple du genre. Modelé d’abord selon les nécessités de la catéchèse, de la liturgie, de la prédication, il s’enracine dans la tradition des premiers disciples. Il rappelle que la foi se décline dans un engagement sans compromis à la suite de Jésus, toujours à l’œuvre au sein de l’humanité.

Le passage de l’évangile que la liturgie utilise pour illustrer le témoignage de Marc est à la fois paradoxal et surprenant. Paradoxal tout d’abord, puis que cet épilogue de l’évangile est de tradition incertaine et que beaucoup considèrent que le récit de l’évangéliste se terminait de manière abrupte par l’attitude apeurée et le bouleversement des femmes devant le tombeau vide,11 ou encore que la finale primitive a été perdue et remplacée par un texte qui n’a pas la même qualité et facture que le reste de l’évangile.12 L’écriture est une sorte de sommaire des récits d’apparitions ou d’événements mentionnés par ailleurs13 et n’apporte aucun élément nouveau pour une meilleure connaissance du Christ ou de sa Résurrection.

Surprenant ensuite, parce que la relation ouvre à une dimension inédite ou encore inouïe de la mission des Apôtres. Elle se présente comme une épiphanie, ultime manifestation du Christ avant son Ascension. Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création. La perspective de la mission s’en trouve élargie à tout ce que Dieu a créé. La puissance de transformation de l’évangile est universelle et ne concerne pas seulement l’humanité,14 mais elle régénère tout l’univers. La Bonne Nouvelle du salut prend désormais une dimension cosmique dans l’avènement du règne de Dieu à la consommation des temps. Ce que viennent encore souligner les signes accompagnant la rédemption par la foi : la défaite du mal, le parler en langues,15 la guérison des malades. Trois éléments qui marquent la victoire définitive du Christ.

L’essence de notre foi est de rencontrer le Christ dans notre existence. Une rencontre qui vient nous surprendre dans la portée universelle du ministère. Et qui opère une conversion radicale. Jésus nous envoie aujourd’hui en mission, pour faire resplendir l’évangile pour toute la création.

1 Tant dans les Actes des Apôtres que dans les lettres de Paul et de Pierre.

2 Markos en grec, Marcus en latin.

3 L’Eglise copte d’Egypte se réclame de la prédication de saint Marc. Son passage est également signalé à Venise, où il est également vénéré.

4 Son tombeau est situé à proximité du Caire.

5 Marc est fêté le 25 avril dans l’Eglise latine et le 27 novembre dans l’Eglise orientale.

6 Le récit évangélique ne cite pas de nom d’auteur, mais les commentateurs identifient généralement Marc au personnage du jeune homme à moitié nu qui apparaît furtivement à la suite de Jésus à son arrestation (Mc 14,51).

7 Selon l’expression de Papias, évêque d’Hiérapolis. Le terme peut désigner un traducteur ou un secrétaire.

8 Arrestation et délivrance de Pierre (Ac 12,12).

9 Un compagnonnage attesté à plusieurs reprises (Ac 12,25 ; 13,5.13 ; 15,37-39 ; Col 4,10).

10 Salutation finale de la première lettre de Pierre (1 P 5,13).

11 Les femmes au tombeau (Mc 16,8).

12 Dans un vocabulaire et un style qui ne sont pas celui de l’évangéliste.

13 Dans les autres évangiles et dans les Actes des Apôtres.

14 Comme chez Matthieu, par exemple, où le Ressuscité envoie les disciples à toutes les nations (Mt 28,19).

15 La glossolalie, parler en langues, est l’expression que l’Eglise parle toutes les langues de la terre – ainsi la venue de l’Esprit saint le jour de la Pentecôte (Ac 2,1-13).

pour le 3eme dimanche de Paques avec les disciples d’Emmaüs

Souvent nous pérégrinons désabusés sur nos chemins d’Emmaüs. Aujourd’hui comme au soir de Pâques, l’inouï de la Résurrection nous pose question. Difficile de percevoir la victoire de la vie sur la mort dans le supplice infâmant de la croix. La fin de Jésus a toute l’apparence d’une débâcle. Maints disciples se sont alors dispersés, abandonnant Jérusalem le cœur amer et l’esprit désemparé, pour rentrer chez eux et reprendre le cours de leur vie antérieure.

Ils avaient pourtant cru avec la force de toute leur espérance à ce Messie de Dieu. Sans doute n’avaient-ils pas compris qui il était vraiment, préférant penser qu’il serait le libérateur d’Israël. Jésus leur avait pourtant annoncé à plusieurs reprises sa Passion et sa mort. Mais ils n’avaient pu se résoudre à cette perspective. On fait souvent la sourde oreille quand on entend ce qui ne plait pas.

Qui étaient-ils ces deux disciples anonymes sur la route d’Emmaüs ? Sans doute avaient-ils accompagné Jésus à Jérusalem. Peut-être même à la croix, puisqu’un évangile y cite la présence de Marie femme de Cléophas.[1] C’est peut-être le couple qui retourne chez lui dans la déconvenue. Une figure féminine est bienvenue pour atténuer la lourdeur de la peine. Mais ces deux-là nous représentent tous, qui parfois cheminons désenchantés et en deuil de nos illusions.

Peu importe finalement, puisque Jésus les rejoint et marche avec eux. Leur aveuglement est profond et leurs propos désillusionnés. Ce qu’ils débitent d’une voix éteinte, ce sont pourtant nos préceptes fondateurs. Ils ont en main tous les éléments pour comprendre. Mais le visage est morne et il y manque la flamme de l’espérance. À nous aussi parfois, cette lueur fait défaut malgré nos professions de foi.

Dans pareil état d’esprit et de découragement, comment prêter foi aux déclarations de quelques femmes exaltées qui n’ont pas trouvé le corps au tombeau et y ont eu des visions assurant qu’il est vivant ? Ou encore du témoignage de compagnons corroborant les faits, mais qui ne l’ont pas vu ? Nous avons aussi tendance à écarter les affirmations de foi quand l’accablement ou la déception incitent à ne pas croire.

Aux disciples désappointés, Jésus explique par le détail la signification des événements, reprenant, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Les textes bibliques nous transmettent la Parole où nous pouvons découvrir la fidélité et l’amour de Dieu pour les siens. Ainsi, nous sommes mis devant l’attachement opiniâtre de Dieu pour l’humanité. Ouvrons dès lors, non seulement nos yeux, mais surtout nos cœurs pour qu’ils deviennent tout brûlants à l’écoute de cette Parole qui réchauffe et transforme.

Jésus se donne à reconnaître à la fraction du pain. Que de chemins, par le monde, sur lesquels marchent des hommes qui ont perdu l’espoir. Que de rêves et d’attentes déçus. La présence, les paroles peuvent aider, réchauffer les cœurs, mais ils ne suffisent pas à ranimer l’espérance. Seul le partage peut faire resurgir la vie et le goût de vivre. Le partage de la Parole et du pain fait communier au Corps du Christ.

À l’instant même, ils se levèrent. Se lever, le verbe de la résurrection. Désormais les disciples d’Emmaüs sont remis debout, ils retournent en hâte à Jérusalem porter témoignage à leurs frères. Comme eux, nous sommes rejoints par le Christ sur le chemin de nos doutes dans le partage du pain de sa Parole. Il vient dans le quotidien de notre vie et marche avec nous. Aujourd’hui, il nous relève, il nous ressuscite.


[1] La crucifixion et la mort de Jésus (Jn 19,25).