méditation pour la solennité du Christ Roi

En célébrant le Christ, Roi de l’Univers, l’Église met en lumière le temps où Dieu sera tout en tous.[1] Le Royaume est présent, et celui qui règne ne fait pas sentir son pouvoir comme les puissants de ce monde. Au contraire, il se fait serviteur de tous jusqu’à subir le sort du dernier des esclaves. Et c’est dans la relation à l’autre que se détermine la capacité de recevoir le Royaume en héritage.

La fin du temps liturgique fête le temps de la fin. La fin des temps se décline dans l’espérance du retour de Jésus. Cette attente du Seigneur était très prégnante dans les premières communautés chrétiennes. Le Christ était monté aux cieux après sa Résurrection, et il devait revenir, on l’espérait rapidement, pour juger les vivants et les morts. Pour établir, de manière définitive, son Royaume de justice et de paix.

Mais il n’est pas revenu, ou du moins pas comme cela. L’espérance s’est alors émoussée, ou plutôt elle s’est transformée. Les croyants ont ainsi compris qu’ils avaient un rôle à jouer dans l’établissement du Royaume, qu’il se construisait au fil du temps des êtres humains, dans le quotidien de leurs vies. Par des actes d’amour, des gestes de solidarité, de paix et de justice. Le Royaume sera là quand la pauvreté, la détresse, la guerre, l’inégalité, l’individualisme, la faim, l’esclavage, pour ne citer que ceux-là, auront été éradiqués. L’univers sera régénéré dans le Christ et un monde de domination aura pris fin.

Dangereuse utopie, douce rêverie, vue d’un esprit dérangé ? Peut-être pas, même si les temps ne sont guère à l’optimisme, et si une transformation radicale ne s’annonce pas de sitôt. Nous avons en effet ensemble la capacité d’influer le cours des événements. Des personnes déterminées et solidaires n’ont-elles pas, de tous temps, fait reculer les oppressions et fait grandir notre humanité ?

Et puis nous ne sommes pas seuls, Jésus est déjà revenu. Il est bien présent, au cœur de nos existences, compagnon discret que nous devons apprendre à deviner. Qui de nous n’a pas pressenti, à un moment ou l’autre de sa vie, sa présence apaisante, qui apporte joie, plénitude et réconfort ?

D’ailleurs, il nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps.[2] Nous le découvrons peut-être avant tout dans les autres. Nous le croisons au coin de nos rues, dans nos villages, dans les banlieues de nos villes. Il est la mendiante, le prisonnier, le chômeur, la malade, l’exclus, le réfugié, le sans-logis. Il nous quémande notre amour, notre respect, un simple verre d’eau, un peu de nourriture. Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

Dans le Royaume de Dieu, ce qui est mis à l’avant, c’est l’attention aux autres, aux petits, aux fragiles, aux blessés, aux insécurisés. Jésus nous en a donné l’exemple tout au long de son existence ici-bas. Non seulement, il approchait ceux qui étaient tenus à la marge de la société – lépreux, handicapés et autres possédés – mais encore il les aidait à retrouver la confiance, il leur rendait leur dignité. Et non content de les réinsérer dans la communauté, il faisait d’eux des éléments moteurs de cette société qui les avait marginalisés.

C’est donc à un autre regard que nous sommes appelés, à une conversion de pensée et d’attitude. Notre société privilégie les battants, ceux qui réussissent, qui dominent les autres et leur environnement. En Dieu, ceux qui ont la première place, ce sont les petits et ceux qui leur sont venus en aide. Le Seigneur est attentif aux personnes, il vibre à leur détresse, il est saisi aux entrailles, il souffre leur douleur.

Qui va à la rencontre d’une personne en détresse va à la rencontre de Dieu. Mais qui est indifférent au malheur des autres se rejette lui-même de Dieu. À celui qui est juste, Jésus montre une reconnaissance éternelle. Ceux qui seront à sa droite s’entendront dire : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. »


[1] I Co 15,28.

[2] Mt 28,20.

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