méditation pour la fête de Saint Pierre et Saint Paul.

En fêtant ensemble les apôtres Pierre et Paul, l’Eglise veut rappeler que tous deux ont répandu leur sang à Rome[1] pour témoigner de l’Evangile du Christ. Deux figures de proue de l’Eglise naissante, à la fois différentes l’une de l’autre, mais complémentaires dans la première annonce de la foi. En leurs personnes est célébré le mystère de l’Eglise en tant qu’il se fonde sur la foi des apôtres.

Tous deux ont enduré persécutions et souffrances pour le Christ. Ils n’ont pas ménagé leur peine sur les routes, ont supporté les quolibets et subi la prison. Mais jamais, dans les situations angoissantes, ils n’ont désespéré de l’aide du Seigneur et ils ont persévéré dans leur combat malgré les injustices. Toujours ils ont placé leur foi dans celui qui les arrachait de leurs ennemis pour les sauver et les faire entrer dans son Royaume.

Ce mystère de l’Eglise persécutée mais qui resurgit, toujours plus forte, du sang de ses martyrs, renvoie au mystère du Christ, de sa présence qui apporte le salut, mais aussi de l’identité profonde de ce Jésus de Nazareth, qui ne peut être saisie pleinement qu’à la lumière de sa Pâques.

Au départ de la foi, il y a cette question que Jésus pose, et dont il attend une réponse personnelle, à chacun de ses disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Toute proclamation de l’Evangile ouvre nécessairement le débat de fond sur l’identité de Jésus. Et s’il est relativement aisé de saisir le caractère prophétique de son témoignage, l’accès à sa nature profonde ne peut se faire que dans l’acceptation du mystère de sa Résurrection.

La réponse que fait Simon-Pierre à Césarée de Philippe – Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant – relève précisément de cette dynamique pascale, qui donne la clé du Royaume des Cieux. A celui qui proclame cette foi s’ouvre un monde nouveau. Il peut être libéré des chaînes qui entravent sa liberté, le pouvoir des forces du Mal ne peut l’atteindre définitivement.

Beaucoup éludent la question de Jésus, ils se dérobent en donnant une réponse convenue. En énonçant des concepts abstraits, qui n’engagent pas vraiment la personne, ou en évoquant des obligations, des devoirs, des interdits moraux. Et réduire ainsi la foi à une affaire de préceptes, d’adhésion intellectuelle, de doctrine, où finalement la vie est absente.

Mais ce n’est pas cela que Jésus attend, il réclame une rencontre avec lui. Une relation personnelle, de cœur à cœur. Il ne s’agit pas de s’abriter derrière une opinion, mais de s’engager concrètement avec lui dans la confiance et la fidélité. Placer sa foi en un Dieu qui est le roc fidèle sur qui on peut s’appuyer, s’abandonner à lui, se laisser nourrir de sa Parole. Il pose la question à tous et à chacun en particulier et demande une réponse qui engage. Parce que croire est toujours une amitié singulière.

La réponse doit être personnelle mais aussi communautaire. En effet, consentir au Christ par la foi fait entrer dans le peuple des croyants, devenir membre du Corps du Christ. La foi chrétienne est par nature communion. La rencontre concerne autant la relation à Jésus que celle aux autres croyants. Elle fait communier l’être humain au Christ et à ses sœurs et frères.

Pareille relation-communion ne saurait résulter d’une intuition humaine, encore moins d’efforts de notre seule volonté à tendre vers le spirituel. Elle est toute entière grâce, don gratuit, illumination venue d’En-Haut, à recevoir avec humilité et gratitude. Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux. Répondre à la question de Jésus, c’est accepter d’être entraîné par ce Dieu qui se donne et de s’ouvrir à la gratuité de la relation d’amour à lui, mais aussi aux autres.

Heureux sommes-nous, comme Pierre, quand nous nous laissons entraîner dans cette relation. Lorsque, à son instar, nous devenons roc sur lequel les autres peuvent s’appuyer. Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. Tous nous sommes appelés à devenir, avec lui, des pierres vivantes de cette construction. L’Eglise se bâtit tous les jours, à partir de nous. Et avec Pierre, nous recevons les clés de l’édifice.

Heureux sommes-nous, avec Pierre, quand nous trouvons en Jésus le sens de notre existence. Lorsque notre foi nous mène vers nos sœurs et frères pour les délier du mal, pour les lier les uns aux autres, pour que recule la haine, que progresse la solidarité et que triomphe la puissance de la vie.

Aujourd’hui, avec Pierre et Paul, nous reprenons conscience de la foi comme acte essentiel qui nous sauve et sauve le monde. Nous nous redécouvrons aussi comme don du Christ au monde. Car l’appel qui suscite en nous la foi nous conduit vers les femmes et les hommes de ce temps afin de prolonger dans l’histoire humaine les fruits de sa Pâque.


[1] Ils ont subi le martyre à Rome, probablement en 64 pour Pierre et en 67 pour Paul. Leur culte a toujours été associé dans l’Eglise romaine qui vénère leurs tombes au Vatican et sur la route d’Ostie.

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