meditation de ce 7 décembre

Voici la méditation d’Alexis pour aujourd’hui.

Le livre de la Consolation d’Israël[1] est l’œuvre du Second Isaïe.[2] Il est daté par le fait qu’il annonce le triomphe des Perses, la déchéance des Babyloniens et la libération toute proche des Israélites exilés en Mésopotamie.[3] Cette libération va mettre fin à un long exil[4] qui verra passer Israël de l’humiliation à l’exaltation. Le retour en Terre sainte apparaîtra comme un Exode nouveau et plus beau que l’ancien. Rappelant la sortie d’Egypte, il soulignera la fidélité de Dieu à son dessein de salut et laissera entrevoir la réalisation définitive de ce projet dans le Règne universel de Dieu. Comme ce Règne doit s’instaurer à partir de Jérusalem, la Ville sainte connaîtra une restauration éblouissante. Grâce à elle que le salut opéré par Dieu sera manifesté à tous les humains sans exception.

Le prologue du livre en donne le nom et la tonalité, Dieu réconforte, il va libérer son peuple. Il se décline comme un chant à plusieurs voix successives : voix du prophète à ses frères, voix d’un héraut, voix d’autres messagers, voix de Jérusalem qui reçoit leur message et le transmet aux villes de Juda.

Le prophète[5] annonce la consolation du peuple, il permet de pousser un profond soupir de soulagement. Plus qu’un soulagement, car il lui parle contre le cœur,[6] autrement dit, il rétablit la confiance de ce peuple qui, par ses infidélités successives, avait été condamné à l’Exil, et dont le châtiment est accompli. Dieu rétablit ainsi sa relation privilégiée d’amour à son peuple.

Un héraut[7] enchaîne par l’ordre de dégager un chemin pour le Seigneur dans le désert. L’expression sera largement commentée et illustrée pour désigner une retraite au désert,[8] ou encore le ministère d’un prophète[9] qui préparera la venue du Seigneur, dans la perspective de la fin des temps. Le désert est le lieu traditionnel du silence et de la rencontre avec Dieu, il est aussi le cadre de l’épreuve initiatique du peuple à la sortie d’Egypte. Le thème d’un nouvel Exode commence alors à prendre explicitement corps. Dieu va manifester sa gloire, autrement dit, il va faire sentir le poids de son intervention en délivrant Israël par des mouvements massifs ou des actions simultanées.

D’autres messagers[10] s’interpellent mutuellement pour comparer le peuple – tout autant le peuple d’Israël que la population tout entière de la terre – à l’herbe sèche et la fleur fanée. Leur constance – leur amour, leur fidélité, leur loyauté, leur indéfectibilité, mais aussi les fruits de leur amour, leurs bienfaits – est éphémère et fugace et sans aucune comparaison avec la justice de Dieu, la manière qu’il a d’ajuster sa relation dans la fidélité. Sa parole d’alliance subsistera pour toujours.

Jérusalem,[11] joyeuse ambassade pour Sion, est enfin appelée à porter la Bonne Nouvelle de la venue et du Règne du Seigneur aux villes de Juda. En roi parfait, berger[12] d’êtres humains, il rassemblera son peuple pour faire paître son troupeau, et assurera protection et bien-être aux plus faibles. L’image du bon berger cherchant la brebis perdue s’imprime bien sûr dans les esprits.

L’annonce de la consolation du Seigneur retentit aujourd’hui encore dans les déserts de notre monde – déserts d’indifférence, d’ennui et de banalité, dans les banlieues sans âme de nos villes, de nos cités dortoirs. Notre Dieu vient dans notre vie, et nous sommes appelés à préparer sa venue. Jésus a besoin d’un chemin par lequel il puisse entrer dans nos existences. Le chemin de la prière que l’on a laissé s’ensabler. Le chemin de l’obéissance, que l’on trouve dépassé. Le chemin du renoncement, dont nous avons perdu les repères. Le chemin de l’attention aux plus démunis, qui ne nous intéresse plus.[13] Mais aussi le chemin de la joie, celui de l’amour donné et reçu, celui de l’espérance. Quelles que soient nos inconstances, nos infidélités, le Dieu de Jésus Christ vient restaurer son Alliance avec notre humanité et nous témoigner de son amour indéfectible. Nous laisserons-nous réconforter ? Trouverons-nous sur notre terre assez de prophètes, tels Jean-Baptiste, pour aplanir les chemins de Dieu dans nos vies ?


[1] Il tire son titre du premier verset : Consolez, consolez mon peuple (Is 40,1).

[2] Les prophéties du Second Isaïe couvrent les chapitres 40 à 55 du livre d’Isaïe.

[3] Les événements se situent entre 550 et 539. Il aurait pu être écrit à cette époque, mais certains estiment qu’il l’aurait été plus tard, après le retour à Jérusalem.

[4] Sept semaines d’années (587-538).

[5] Voix du prophète (Is 40,1-2).

[6] Le même terme est utilisé pour décrire une relation d’amour : Il s’attacha de tout son être à Dina, la fille de Jacob, il se prit d’amour pour la jeune fille et regagna sa confiance (Gn 34,3).

[7] Voix du héraut (Is 40,3-5).

[8] Ce qui va pousser les sectateurs de Qumram de se retirer au désert.

[9] Les évangiles s’en inspireront pour présenter le ministère de Jean-Baptiste annonçant la venue du Christ (Mt 3,3 ; Mc 1,2-3 ; Lc 3,4-6 ; Jn 1,23).

[10] Vois d’autres messagers (Is 40,6-8).

[11] Voix de Jérusalem (Is 40,9-11).

[12] L’image du berger est traditionnelle pour représenter Dieu ou le roi.

[13] Jacques Dereau, «Frères et Sœurs, …», Editions européennes, Bruxelles, 2000. 

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