méditation de ce 6eme dimanche ordinaire

Merci à Alexis de nous partager cette méditation dominicale

Le bonheur, est-il aspiration plus universelle ? Tout un chacun cherche à se le procurer et manifeste – bruyamment et violemment s’il le faut – son droit au bonheur. Gouvernements, publicités, société de consommation et de loisirs, s’évertuent à nous trouver les bonnes recettes pour y parvenir.

Mais le bonheur, dans nos sociétés modernes, n’est pas seulement un droit, c’est peut-être surtout un devoir à remplir. Il nous faut absolument être – ou paraître – beau, jeune, riche, intelligent et en bonne santé. Et tant pis pour ceux qui sont moches, vieux, pauvres, ignares ou malades, ils ont péché quelque part contre le code de bonheur standard que véhicule la société, et à ce titre sont excommuniés de cette religion du bonheur à tout prix qui nous domine.

On saisit bien ici ce que le terme véhicule de polysémie et de confusion, et qu’il y a des bonheurs qui ne sont que des leurres. L’un le définit en termes de réussite matérielle, un autre le trouve dans la communion à la nature, ou dans la qualité de sa relation à son conjoint et à ses enfants, ou dans son élévation spirituelle, ou encore dans un ésotérisme de plus ou moins bon aloi, ou parfois dans la fuite  dans des paradis artificiels. La panoplie est large.

Que la Bible et les Évangiles nous parlent de bonheur n’a donc rien d’original, c’est l’inverse qui serait plutôt surprenant. Mais l’apport fondamental de l’Écriture est d’indiquer que la source du bonheur est en dehors de nous, qu’elle réside en Dieu. Est heureux celui qui place sa fidélité, sa confiance et son espérance en ce Dieu d’amour. Et l’histoire tant ancienne que contemporaine a prouvé à suffisance que, à contrario, ceux qui mettent leur foi ou leurs attentes dans des seuls hommes ou dans leurs idéologies courent vers de graves déconvenues et des culs-de-sac.[1]

Dieu propose à l’homme le bonheur pour maintenant, au quotidien, dans le concret de son existence. L’éternité, le temps de Dieu, commence dans l’aujourd’hui de l’humanité, il ne doit pas être postposé dans son ultérieur. Les promesses du Seigneur ne sont pas de belles paroles destinées à endormir ses fidèles, comme le prétendent ceux qui parlent de la religion comme de l’opium du peuple.[2] Au contraire, c’est la découverte de l’amour que Dieu leur porte qui a fait se relever les pauvres, les a poussés à prendre en main leur avenir, quitte à s’affronter aux puissants.

Personne n’est exclu de l’amour de Dieu. Le Christ déclare bienheureux, il met en avant, les pauvres, les affligés, les méprisés de tous les systèmes. Nous ressemblons à ces foules qui suivaient Jésus pour découvrir un sens à leur existence. De petites gens humbles qu’il met en route dans l’espérance et la joie. Les béatitudes sont bien plus qu’un simple réconfort ou la promesse de la fin des malheurs. Elles sont l’assurance que Dieu a pour priorité de visiter nos pauvretés, relever nos faiblesses, rencontrer nos accablements. Le bonheur qu’il trace est une route de fidélité, d’équité, de paix, de vie.

Et sa méfiance envers les riches est encore à prendre comme une parole d’amour de Dieu qui ne veut qu’aucun ne se perde. L’Évangile est une contestation radicale d’une société qui place le bonheur du côté des puissants, des repus, des jouisseurs. Chercher son bonheur dans la satisfaction égoïste de ses désirs et de ses ambitions conduit à une impasse définitive.

Aujourd’hui avec les Béatitudes, Jésus ouvre un chemin d’humilité, il convie l’humanité à un ajustement au salut de Dieu, il invite à une conversion de tout l’être. Dans ce retournement se retrouvent toutes les valeurs humaines remises à leur place. Nos savoirs, nos possibilités, nos énergies, nos richesses ou nos responsabilités ne sont pas détruits pour autant, mais apparaissent comme autant de biens que le Seigneur confie à notre gérance attentive pour sa gloire et le service des autres, et non pour notre satisfaction personnelle. Pour constituer notre contribution à l’édification du Royaume qui vient.


[1] Les idéologies nazies ou communistes en constituent de sanglantes illustrations.

[2] Selon la citation de Karl Marx (Critique de la philosophie du droit de Hégel, 1843).

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