Médiation pour la 5eme dimanche de Carême

Alexis nous partage sa médiation dominicale

L’évangile de la femme adultère[1] illustre l’infini de la miséricorde de Dieu. Il invite chacun à puiser son espérance à la source de celui qui vient faire toutes choses nouvelles, pour être refait à neuf. Le Christ vient opérer en nous le renouvellement par sa mort et sa résurrection, il nous écarte de tout chemin de mort. Il est venu pardonner toutes les infidélités, même les plus criantes et les plus odieuses.

L’annonce de la miséricorde de Dieu résonne d’une actualité vibrante dans une époque où, dans tel ou tel pays, les femmes peuvent toujours être menacées de lapidation dès lors que leur fidélité serait mise en cause. L’hypocrisie des hommes poursuit la femme adultère, mais rarement son séducteur. La Loi de Moïse ne fait pourtant pas la différence, qui les condamne tous deux de la même manière.[2]

Dieu ne veut pas la mort du pécheur.[3] Au contraire, il envoie son Fils pour le réconcilier. Jésus vient à la rencontre de celui qui a chuté, ne le réduit pas à sa seule abomination, le réintègre dans la société, lui rend sa dignité d’être humain. Et l’envoie témoigner de son amour. Jésus est précisément venu pour révéler la miséricorde du Père et pour faire la vérité, pour appeler chacun à la vérité.

La scène est simple à visualiser. Les juges du peuple, scribes et pharisiens bien-pensants, sont trop contents de présenter à Jésus ce cas de flagrant délit d’adultère. C’est évidemment lui qu’ils veulent piéger en le questionnant, car sur cette femme leur jugement est déjà arrêté, elle est passible de mort. Elle est là au milieu, sans dire un mot,[4] complètement déshumanisée et objet de leur vindicte. La seule chose qu’ils cherchent est de mettre Jésus en difficulté devant les prescriptions de la Loi.

Jésus ne répond pas d’emblée, rompant la controverse. S’étant abaissé, il écrivait sur la terre du doigt. Peut-être pour faire écho à la Loi que le doigt de Dieu avait gravée sur les tables de pierre au Sinaï. Ou pour tracer des traits successifs comme pour un dénombrement des péchés de chacun. Ou encore pour signifier que ce qui est écrit sur le sable s’efface au moindre souffle de vent et que là où souffle l’Esprit Saint, tout est renouvelé. Peu importe, puisqu’il reprend l’initiative et que la manœuvre de ses ennemis se retourne contre eux. Dans un lourd temps de silence, Jésus place ses détracteurs face à eux-mêmes.

Car la Loi dont ils se réclament permet à chacun d’évaluer son propre péché, son éloignement de Dieu. En suivant leur raisonnement, il les prend à leur piège en les renvoyant devant leur conscience et en les mettant à nu devant leurs manquements. La loi est respectée, mais eux n’ont d’autre ressource que de quitter les lieux, en commençant pas les plus âgés, ceux qui sont le plus chargés de fautes.

Jésus, se redressant,[5] s’adresse alors à la femme. Une vraie rencontre, entre l’humilité de celle qui se sait démasquée et la miséricorde de celui qui vient relever. Bien sûr, il n’encourage pas le mal ni ne la laisse se perdre. Mais il ne l’enferme pas dans sa faute, elle vaut mieux que cela. Il lui ouvre un chemin de liberté, lui rend la parole et lui offre un avenir nouveau. Elle est faite pour la vie et le bonheur, et il la renvoie sans la condamner en manifestation de sa grâce.

A ceux qui sont mis à nu devant lui dans leur fragilité, leur faiblesse et leur manque, Jésus apporte la douceur de son pardon. Il les remet debout, les restaure dans leur dignité et leur donne un nouvel élan. Il les envoie dans le monde pour protester de sa miséricorde. Un amour qui renouvelle la face de la terre. Sommes-nous prêts à en témoigner ?


[1] La péricope de la femme adultère n’a pas les caractéristiques du style johannique. Elle n’appartenait sans doute pas primitivement à l’évangile de Jean, mais serait une tradition indépendante, insérée après-coup.

[2] Lv 20,10 : Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère. Dt 22,22 : Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, ils mourront tous les deux. L’homme qui a couché avec la femme et la femme elle-même. Tu ôteras le mal d’Israël.

[3] Est-ce que vraiment je prendrai plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu – et non pas plutôt à ce qu’il se détourne de ses chemins et qu’il vive ? (Ez 18,23).

[4] A-t-elle eu la parole pour se défendre ? On peut en douter. Un peu plus haut dans l’évangile (Jn 7,51), la question de Nicodème «Notre Loi condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il fait ?» n’avait trouvé aucun écho auprès des pharisiens. Les juges de la femme adultère respectent-ils eux-mêmes la Loi ?

[5] C’est la deuxième fois que Jésus se redresse. Ne s’abaisse-t-il pas toujours devant ceux qui sont humiliés ?

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