fête de Saint Philippe et Saint Jacques

Alexis nous propose cette méditation pour la fête des deux apôtres Philippe et Jacques

L’Eglise fête aujourd’hui ensemble Philippe et Jacques. Ces deux apôtres ont toujours été associés par la tradition romaine.[1] Philippe appartenait au  groupe des premiers appelés et était, comme André et son frère Simon-Pierre, originaire de Bethsaïde[2] en Galilée. Disciple de Jean-Baptiste, il est à l’origine de l’appel de Nathanaël.[3] C’est lui qui, lors de la dernière Cène, demande à Jésus : Seigneur, montre-nous le Père.[4] De Jacques, fils d’Alphée, on ne sait pas grand-chose, sinon qu’il appartenait au groupe des Douze.[5] La tradition catholique l’assimile à Jacques le Mineur, mais rien n’est moins sûr.[6] Tous deux seraient morts martyrs.[7]

La liturgie de la fête met tout naturellement en scène dans l’évangile de Jean l’entretien de Jésus avec ses disciples à la dernière Cène, où intervient Philippe. L’enjeu de l’évangéliste est de présenter Jésus comme le seul chemin vers le Père.

L’image du chemin est traditionnel dans les Ecritures. Dans l’Ancien Testament, elle s’applique d’abord au chemin d’Exode long et difficile qu’Israël doit parcourir, à l’appel de son Dieu et en s’appuyant sur lui par la foi, en vue d’atteindre la Terre Promise.[8] Elle concerne ensuite la Loi qui révèle les orientations que le Seigneur propose à son peuple en vue des récompenses éternelles.[9] Avec le Nouveau Testament, l’image persiste mais se transforme. Jésus inaugure une nouvelle manière de marcher selon Dieu et à sa rencontre, si bien que le christianisme naissant fut d’abord appelé la voie.[10]

Chez Jean, l’expression prend une signification plus profonde. Jésus n’est pas seulement le chemin dans la mesure où, par son enseignement, il mènerait à la vie. Il est le chemin qui conduit vers le Père parce qu’il est lui-même la vérité et la vie. Autrement dit, Jésus, par son incarnation, est le lieu de la découverte et de l’accueil des dons divins. Il est la vérité parce qu’il est l’expression parfaite du Père pour les hommes. Il le leur manifeste tant par son activité que par sa parole. Ainsi introduit-il les croyants dans la communion du Père, en qui consiste la plénitude de la vie véritable.[11] C’est dans le Jésus terrestre, qui se donne pleinement à connaître dans l’événement pascal, que Dieu se révèle totalement. La connaissance du Père passe par celle du Fils.

Philippe exprime l’aspiration la plus profonde du croyant que seul Jésus peut combler. Mais il n’a pas encore vraiment reconnu Jésus[12] et il se méprend sur sa personne. Ce qui lui vaut la réponse : Celui qui m’a vu a vu le Père. Toute la vie de Jésus – sa parole et ses actions – est la manifestation parfaite du Père parce qu’il est uni à lui par une indicible communion. Il accomplit, par les signes qu’il réalise, l’œuvre de salut du Père. La grande œuvre à laquelle sa mission est ordonnée, c’est la création d’une communauté fidèle – l’Eglise – présente dans le monde et qui témoigne de lui.

Aux fidèles, Jésus promet d’accomplir les mêmes œuvres du Père, non pas des prodiges stupéfiants, mais le témoignage que, animé par l’Esprit, ils donneront au monde pour que, lui aussi, croie. A travers eux se déploiera la mission du Seigneur et sa puissance transformatrice de la vie de l’humanité. A ceux qui le demanderont dans la personne du Christ, il sera donné de performer ce témoignage de foi. Toute prière faite au nom du Fils sera exaucée.[13] Ainsi se manifestera la puissance spirituelle que le Père a donnée au Fils et donc, du même coup, celle du Père.

Avec l’apôtre Philippe, nous cherchons à connaître le Père. Comme lui, nous aspirons à emprunter le chemin qui conduit à la vie en plénitude. Jésus nous montre la voie, il est lui-même le chemin. Notre Dieu est un Dieu incarné. La connaissance que nous pouvons en avoir relève de l’expérience de vie et de la fréquentation concrète plutôt que d’un savoir abstrait et théorique. Connaître rend alors compte d’une rencontre intime avec quelqu’un. Ainsi, quand on rencontre l’amour, on expérimente la profondeur du rapport à l’autre dans la joie des commencements. Connaître Dieu n’a rien à voir avec une théologie, un discours sur sa nature, mais signifie une rencontre avec lui au plus intérieur de nous-mêmes. Une découverte de Dieu dans la profondeur de la vie. Là réside la vie éternelle.


[1] Leurs reliques ont été transférées le même jour dans la Basilique des Saints Apôtres à Rome, consacrée par le pape Pélage I (6° siècle). D’abord été fixée au 1er mai, jour anniversaire de la translation des reliques, la fête a été déplacée au 2 mai avec l’introduction de la mémoire de S. Joseph travailleur le jour de la fête du Travail.

[2] Bethsaïda Julias était située au nord du lac de Tibériade.

[3] Les premiers disciples (Jn 1,45-51).

[4] Jésus chemin vers le Père (Jn 14,8-9).

[5] Il est cité dans tous les textes donnant la liste des douze apôtres (Mt 10,3 – Mc 3,18 – Lc 6,15 – Ac 1,13).

[6] Il faut faire la distinction entre Jacques fils de Zébédée, dit Jacques le Majeur, Jacques fils d’Alphée et Jacques le Juste, le frère de Jésus. Le qualificatif de Mineur pourrait traduire la volonté du courant majoritaire à une époque de minimiser le courant judéo-chrétien dont Jacques le Juste était le chef.

[7] Philippe aurait été lapidé et crucifié à Hériopolis en Phrygie sous Domitien ou Trajan. D’autres historiens soutiennent qu’il y serait mort de mort naturelle à un âge avancé. Jacques, selon l’historien Flavius Josèphe et l’évêque Eusèbe de Césarée, aurait été lapidé à Jérusalem en 62. Une autre source traditionnelle le dit crucifié à Ostrakine en Egypte, où il prêchait.

[8] C’est toute la symbolique de l’Exode (Dt 1,30-33).

[9] Cantique du rocher d’Israël (Dt 32,4).

[10] Les premiers fidèles étaient appelés adeptes de la voie (Ac 9,2) bien avant d’être qualifiés de chrétiens pour la première fois à Antioche.

[11] Cette vie en plénitude ou vie éternelle ne se situe pas seulement à la fin des temps. Les disciples sont dès maintenant associés à la gloire du Christ.

[12] Pierre (Jn 13,36-38) et Thomas (Jn 14,5) sont dans le même cas.

[13] Et voici l’assurance que nous avons devant lui : si nous lui demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute (1 Jn 5,14).

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