méditation pour le 20eme dimanche ordinaire C

Merci à Alexis de sa méditation dominicale, et nous en aurons une pour l’assomption.

Vivante en effet est la Parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant.[1] Le langage de Jésus se fait aujourd’hui brûlant, il vient trancher dans le vif de nos vies. Celui dont nous attendons la paix dans le monde annonce semer la division, porter le feu qui vient embraser la terre.

Ce feu que Jésus appelle de tout son désir est cette flamme au milieu de laquelle le Seigneur appela Moïse dans le buisson qui ne se consumait pas pour lui dire qu’il avait vu la misère de mon peuple en Egypte.[2] Aussi le feu du jugement de Dieu promis par Isaïe qui vient pour régler sa dette de colère par la fureur.[3] Encore ce feu dévorant prisonnier du corps de Jérémie qui le pousse à dénoncer les trahisons et les injustices.[4] Enfin ces langues de feu se posant sur chacun des disciples à la Pentecôte pour les remplir d’Esprit saint et les envoyer annoncer la Bonne Nouvelle en toutes les langues.[5] Le feu libère, il purifie et détruit, il dénonce, il donne l’Esprit, tout à la fois.

Le feu de l’Esprit est celui de l’amour de Dieu. Jésus est venu témoigner cet amour, et il brûlait d’un grand désir d’en embraser le monde entier. Il a confié à son Eglise la mission de propager le brasier de cet amour. Laisserons-nous prendre en nous le feu ?

Brûler fait craquer le bois sec de nos limites, de nos préjugés, de nos entêtements. Et ce feu vient se heurter à toutes les résistances que nous lui opposons. A nos divisions, nos clivages, nos disputes, nos ruptures. Ces pardons que nous refusons, cette solidarité que nous dénions. Et aussi ces tiédeurs qui paralysent, ces douleurs qui crucifient.

Et puis, témoigner, c’est risquer. Risquer l’incompréhension, le rejet, la persécution. Proclamer la mort sur la croix d’un Messie humilié, célébrer sa résurrection et vivre dans l’attente active de sa venue, comment un tel témoignage, insensé aux yeux de nos contemporains, pourrait-il ne pas rencontrer d’opposition ? Ou comment dénoncer tout ce qui opprime l’homme irait-il de soi dans un monde où dominent l’indifférence, l’égoïsme, la cupidité et l’appétit de puissance ? Ou encore, annoncer la paix est-il crédible quand se distillent la haine, la guerre, la violence et la terreur ?

Rechercher la paix qui vient de Dieu, tenter de la recueillir jaillissant d’un pardon donné à la mesure du cœur de Dieu, cela n’a rien à voir avec la recherche d’un bonheur facile et sans nuages. Le Christ lui-même dans son engagement pour le bonheur de l’homme a été acculé à combattre le mal dans sa forme la plus extrême et cela l’a mené jusqu’à plonger dans les eaux de la mort. Mais de ce baptême, il rejaillit vivant du tombeau.

Ouvrir un chemin de paix et le recevoir de Dieu, n’est-ce pas changer notre regard sur notre vie et celle des autres ? Le connaître, lui, avec la puissance de la résurrection au travers même des divisions et des obstacles au sein de nos existences. Il nous a devancés et à sa suite, d’innombrables témoins ont résisté et ont vaincu la mort avec lui. N’ayons pas peur de vivre au monde.


[1] L’entrée par la foi dans le repos de Dieu (He 4,12).

[2] Le buisson ardent (Ex 3,2.3-7).

[3] Tous les hommes jugés par Dieu (Is 66,15-16).

[4] Ce que Jérémie reproche à Dieu (Jr 20,9).

[5] La venue du saint Esprit (Ac 2,3-4).

méditation du 19eme dimanche ordinaire

voici la méditation dominicale d’Alexis.

Jésus nous invite aujourd’hui, en même temps que ses disciples, à nous rendre disponibles pour un service effectif de Dieu et des frères. Il nous convoque au bonheur paradoxal du Royaume à demeurer prêts pour sa venue. En se découvrant le bonheur de la foi, dans une vigilance attentive et l’accueil inconditionnel à la venue de Dieu dans nos vies. Il nous enseigne la nature de cette attente en nous projetant dans l’avenir.

L’avenir de notre humanité nous apparaît pourtant de plus en plus précaire. Pauvreté et instabilité économique croissantes, persécutions, déplacements de populations, terrorismes, guerres, pandémies, dérèglements climatiques avec leur cortège d’inondations et d’incendies, alimentent nos peurs et notre sentiment d’impuissance. Que valent alors la foi et l’espérance chrétiennes face aux insécurités, aux bouleversements, aux crises qui secouent notre monde ? Comment encore rêver et imaginer demain ? 

L’évangile de Luc met l’accent sur une attitude d’attente active. A l’époque de sa rédaction, les premières communautés vivaient des persécutions et attendaient un retour imminent du Seigneur. Certains mêmes étaient tentés d’attendre passivement cette venue sans plus rien faire. Jésus s’inscrit en faux contre pareil comportement, la seule attitude responsable est celle du travailleur en tenue de service.

Il n’est donné à personne de savoir quand viendra le Christ. Dès lors, la seule attitude responsable est  d’examiner la motivation de notre agir. Et de reconnaître que c’est le plus souvent le court terme qui nous préoccupe, la rentabilité immédiate, les soucis matériels. Il nous est difficile de nous projeter dans l’au-delà de notre quotidien immédiat, de dépasser nos ennuis, nos angoisses et nos contrariétés dans une vision à long terme.

Pourtant, dans un contexte qui est au moins aussi perturbé que le nôtre, Jésus en appelle au bonheur. Il propose une béatitude. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Béatitude de la vigilance pour des temps troublés.

Comment avoir accès à cette béatitude ? Pas en accomplissant des exploits de notre propre volonté, ni même par nos vertus. Nous en sommes incapables seuls. Non, le bonheur nous est donné par Dieu par pure grâce. Sois sans crainte, petit troupeau, votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Il nous est simplement demandé d’accueillir le don de Dieu en nous abandonnant à lui, par lâcher-prise. Accueillir l’irruption de Dieu dans nos existences.

Il n’est tant question de faire ou d’accomplir, que d’être, et singulièrement d’être-avec, en relation, une façon d’aimer. Entrer en relation amoureuse avec le Christ. Et quand l’aimé est absent, on l’attend de tout son cœur, l’attente est proportionnelle à l’amour.

Heureux qui attend son Seigneur ! Qui l’attend comme un serviteur attend son maître. Mais alors, ce n’est plus une relation amoureuse, objecterez-vous. Sauf que Jésus vient transcender l’amour humain et le transforme en se faisant lui-même le Serviteur. Il se dépouille de sa condition divine et nous lave les pieds, se met à genoux devant nous.

Le signe de notre attente est le service du prochain, à l’exemple de Jésus. Attendre avec amour ne veut pas dire ne rien faire, mais adopter une attitude active, ingénieuse, solidaire. Être attentifs à cette venue furtive de Jésus dans nos existences sous les traits du pauvre, de l’exclu, de l’étranger, du malade. Heureux serons-nous dans l’attente d’un tel maître qui nous trouvera en tenue de service !    

méditation du 17eme dimanche ordinaire

Voici la méditation d’Alexis pour ce dimanche

Comment prier, parler à Dieu, communiquer avec lui ? Non pas soliloquer ou uniquement solliciter. Mais l’avoir pour interlocuteur que l’on avise et qui nous avise. Dialoguer avec un ami que l’on écoute et qui nous écoute. Avec le risque de se faire bousculer, mais aussi avec l’audace de provoquer. Pour s’ajuster à lui dans un rapport équilibré. Voilà l’enjeu de la Parole de Dieu d’aujourd’hui.

Notre relation à Dieu se limite trop souvent à des prières figées, des demandes angoissées, des formules répétitives débitées rapidement sans trop comprendre. Un mode de spiritualité, expression honorable et courante d’un ultime recours à Dieu d’une humanité blessée, qui interpelle notre lien à Dieu.

La prière, qu’elle soit de louange ou de demande, n’est pas chose fort aisée. Deux raisons peuvent faire obstacle à notre piété. D’abord parce que, comme le souligne Jésus,[1] vous ne savez pas ce que vous demandez et ainsi nos désirs ne correspondent pas toujours à nos besoins et nous n’avons pas de recul suffisant face à nos aspirations. Ensuite parce que nos mots sont souvent dérisoires pour nous adresser au Tout-Autre, nous ne sommes pas coutumiers des démarches d’intériorité, d’introspection et que nous manquons d’initiative pour nous adresser à Dieu dans un colloque singulier.

Dieu s’adresse à l’homme. La Bible abonde cependant d’exemples de pareilles entrevues. Lorsqu’il fait alliance avec lui, Dieu fait de l’homme un partenaire. L’associant à son œuvre de création, il lui donne la parole pour dialoguer avec lui. Jamais il ne reste sourd aux appels d’une humanité qu’il a voulue libre. Ainsi par exemple s’adresse-t-il à Moïse : J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants.[2] Il le libère de ses enfermements.

Si Dieu parle à l’homme, celui-ci peut lui répondre. De lui, il peut tout entendre, la joie, la louange, mais aussi les pleurs, les plaintes, les cris, les déprécations. Ainsi la déréliction de Job : Aujourd’hui encore, ma plainte se révolte, quand de la main je retiens mon gémissement. Ah ! Qui me donnera de savoir où le trouver, de parvenir jusqu’à sa demeure ! J’organiserai devant lui un procès, et ma bouche sera remplie d’arguments.[3] Ou encore l’appel de vengeance des exilés : Fille de Babylone, promise au ravage, heureux qui te traitera comme tu nous as traités ! Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer contre le roc ![4] Dieu peut entendre les cris de désespoir et de haine.

L’homme peut tout dire à Dieu, et il l’entend : Le jour où j’ai appelé et où tu m’as répondu, tu as stimulé mes forces.[5] C’est dans ce dialogue en vérité que s’inscrit le plaidoyer d’Abraham pour les habitants de Sodome. Il interpelle le Dieu transcendant dans une démarche empreinte de confiance et de distance respectueuse : J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Et en même temps, il met en cause pas moins que sa justice : Ce serait abominable que tu agisses ainsi ! Faire mourir le juste avec le coupable ? Il en serait du juste comme du coupable ? Quelle abomination ! Le juge de la terre n’appliquerait-il pas le droit ? Et après une âpre négociation, il infléchit la décision de Dieu.

Jésus ne plaide-t-il pas aussi pour un parler vrai lorsqu’il met en scène devant ses disciples  des situations concrètes : Demandez, il vous sera donné ! Une formule qui indique de manière discrète l’action de Dieu sans la nommer. Il donne raison à celui qui insiste avec un sans-gêne évident. L’opiniâtreté, l’assiduité, la constance, la patience sont gage d’efficacité de la prière. Il s’agit d’apprendre à insister, à marteler avec ténacité.

Et se tourner vers Dieu avec confiance en l’appelant Père. Face à lui, nous sommes dans une relation d’intimité profonde d’un père à ses enfants. Dans l’abandon total à l’amour sans limite qu’il prodigue. Oui Seigneur, apprends-nous à prier comme ton Fils nous l’a enseigné : Père, fais connaître à tous qui tu es, fais venir sur nous ton règne, donne-nous le pain dont nous avons besoin chaque jour, pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tout homme qui nous doit, et ne nous conduis pas dans la tentation.


[1] A la mère de Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui sollicite des places d’honneurs pour ses fils (Mt 20,22).

[2] Moïse appelé par le Seigneur et envoyé en mission (Ex 3,7).

[3] Huitième poème de Job (Jb 23,2-4).

[4] Psaume 137 (latin 136), 8-9.

[5] Psaume 138 (latin 137), 3.