méditation pour le dimanche de la miséricorde

Au soir de sa Résurrection, Jésus donne la paix à ses disciples. Il se donne à voir à eux en montrant ses mains et son côté. Il leur donne l’Esprit saint. Ce triple don – la paix, la vision du Ressuscité, l’Esprit – insuffle la vie nouvelle au sein de l’Eglise. Lorsque le Ressuscité envoie ses disciples au soir de Pâques, il leur donne mission de pardonner les fautes pour manifester la miséricorde divine à  l’humanité entière.

Le pouvoir de remettre ou de maintenir les péchés[1] est constitutif de l’Eglise. Seul Dieu peut réconcilier des offenses qui ont été commises envers lui.[2] Jésus n’a pas manqué de le faire tout au cours de son ministère, manifestant ainsi sa condition divine. Ce qui lui valut des accusations de blasphème et d’être condamné à mort. Il passe maintenant le relais à ses disciples. Il conçoit son Eglise comme instrument de la miséricorde de son Père, sa mission première est d’apporter le pardon de Dieu. Nous qui formons cette Eglise, participons à cette prérogative divine, en enfants adoptifs,[3] d’être vecteurs de miséricorde.

Cette mission de miséricorde, nous ne pourrons l’exercer au cœur de ce monde de manière crédible et efficace que dans le souffle de l’Esprit saint en y insufflant des ferments de paix. Un envoi qui se situe dans la ligne du ministère de Jésus, qui consiste à faire connaître le Père par le Fils et dans l’Esprit. Et l’Esprit qui nous est donné nous fait connaître Dieu de l’intérieur, partager son amour. Il nous apporte la paix, qui n’est pas simplement l’absence de conflit ou de guerre, mais plus largement la plénitude de vie dans l’amour de Dieu. La paix reçue de l’Esprit saint nous incite à faire l’unité en nous, mais aussi en dehors de nous, avec les autres. La paix participe du mystère d’amour de Dieu qui se donne.

Le Ressuscité donne à voir la miséricorde de Dieu comme il se donne à voir. Voir est un acte essentiel, premier, dans la vie. Voir crée une relation. Les yeux sont la porte par laquelle les autres peuvent nous pénétrer. Voir n’est jamais neutre, c’est prendre position, se situer. Pourquoi dès lors faudrait-il porter l’opprobre sur l’attitude de Thomas ? Lui, le plus bouillant des apôtres, qui n’a pas hésité proposer de mettre sa vie en cause pour Jésus,[4] demande maintenant à voir. A constater la réalité de la résurrection.

Pour construire le Corps du Christ, son Eglise, n’est-il pas nécessaire de le rencontrer, de le voir d’abord ? Est-il possible de découvrir ce qu’est l’amour sans le voir dans le regard, dans le cœur de l’autre ? Le témoignage de Thomas permet d’entrer dans une autre vision, celle qui lui donne de confesser Jésus comme «Mon Seigneur et mon Dieu».[5] La foi de Thomas l’incrédule, par la grâce de Dieu, résume bien la foi de toute l’humanité.

Aujourd’hui, le Seigneur Vivant nous invite à voir ses mains et son côté, à mettre notre main au lieu du cœur blessé, pour découvrir qu’il bat encore, plus que jamais, au rythme de la Résurrection et du souffle de Dieu. Le lieu de la rencontre avec lui n’est pas au-delà de notre mort, mais au cœur de ce temps de grâce, dans l’épreuve de la fidélité et de l’endurance, à cause du témoignage de Jésus. Temps de la foi et des signes de la foi, pour que la mort dise la vie. Heureux qui croit sans avoir vu, qui est nourri de la miséricorde et de l’amour de Dieu.


[1] Appelé aussi pouvoir des clés.

[2] Dans le judaïsme, Dieu pardonne les péchés commis contre lui, mais ce sont les hommes qui pardonnent les fautes commises entre eux (au jour du grand pardon ou Yom kippour).

[3] Vous êtes des dieux, vous êtes des fils du Très-Haut  (Ps 82,6 cité par Jn 10,34).

[4] Lorsque Jésus s’était rendu chez Lazare quasiment se jeter dans le traquenard de ses ennemis, Thomas s’était écrié « Allons-y, nous aussi, et mourrons avec lui » (Jn 11,16).

[5] A la manière du roi David : Et maintenant, Seigneur Dieu, c’est toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité, et tu as parlé de ce bonheur à ton serviteur (2 S 7,28).

méditation pour une veillée pascale

Alexis nous partage cette Belle méditation pour entrer dans la joie pascale.

Dans la nuit de Pâques retentit la joie de la résurrection. Il s’est réveillé comme un dormeur le Seigneur, il s’est levé notre Sauveur.[1] Il s’est relevé et nous pouvons chanter : Exultez serviteurs du Seigneur, sonnez cette heure triomphale et la victoire d’un si grand Roi.[2] L’Eglise tout entière proclame : Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a triomphé de la mort, à ceux des tombeaux il a donné la vie.[3] Une même joie profonde qui cherche à dire l’indicible réalité de la vie plus forte que la mort. Le chant de la lumière de Pâques transperce nos obscurités.

Notre Dieu œuvre la nuit. Pour un commencement de création par Dieu des cieux et de la terre[4], dans les ténèbres originelles, le tohu-bohu primordial, s’opère le dessein divin. Création d’un monde où se construit, petit à petit, l’être humain en devenir. C’est toujours sous le couvert, dans l’ombre, que s’engendre la vie.

Nous voici maintenant au cœur de la plus bouleversante des nuits. Le Crucifié, celui qui a aimé notre humanité jusqu’au bout de sa vie, s’est relevé d’entre les morts. Il vient révolutionner l’ordre établi. Désormais, et pour toujours, le Mal et la Mort sont vaincus, la Vie triomphe.

Nuit de tous les commencements du monde, de tous les départs, qui enfante des temps nouveaux. Nuit des promesses divines, création, libération, espérance, rédemption. Un éclat de lumière traverse nos ténèbres. Le feu de l’Esprit embrase nos déserts, Christ est ressuscité !

Déjà à l’Orient se pointe l’aurore. Le jour de Dieu va donner naissance au printemps de la terre. Des femmes, en chemin pour honorer un défunt par une toilette funèbre, découvrent la puissance divine, sa force de vie fracassant le tombeau. Avec la résurrection du Christ jaillit la lumière, qui vient tout transformer. Ni le péché ni la mort n’auront jamais plus le dernier mot.

Devant le tombeau vide, le sens de l’histoire de l’humanité est dévoilé. Jésus, le Crucifié relevé d’entre les morts, est le premier d’une multitude de sauvés, ses sœurs et frères dans le Père. La résurrection est non seulement pour le Fils bien-aimé, mais aussi pour nous le début d’une autre vie, d’un autre monde. En lui, nous savons que l’histoire ne conduit pas, ne conduit plus, au néant, mais au salut, au bonheur total, à la plénitude de la rencontre finale, avec le Seigneur, avec nos frères, dans le Royaume.

Au-delà de la mort, au-delà des ténèbres, regardons. De lumière, maintenant, est rempli tout l’univers au ciel, sur terre et aux enfers ; que désormais toute la création célèbre la Résurrection du Christ, notre force et notre joie ![5] Un matin nouveau réveille la terre, un matin émerveillé où il fait bon aimer. Au-delà de la mort, au-delà de la peur, tendons l’oreille. Une joie commence, une joie s’avance, des femmes et des hommes chantant l’espérance de la Vie. Partageons leur bonheur, la promesse de Pâques, la paix du Seigneur. Christos anesti ! Alithos anesti ! Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !


[1] Liturgie de saint Basile, vêpres du samedi saint.

[2] Exultet, liturgie latine.

[3] Tropaire de Pâques, liturgie byzantine (matines et divine liturgie).

[4] Berechit bara Elohim at hachamaim veat haaretz (Gn 1,1).

[5] Ode 3, matines de Pâques, liturgie byzantine.

Méditation du mardi de la Semaine Sainte

Le mardi de la semaine sainte, l’Eglise célèbre Jésus trahi et renié par les siens. Dieu livre son propre Fils pour le salut de l’humanité sans rien lui épargner des vicissitudes des hommes. Un de ses apôtres, Judas, le trahira et le livrera à la vindicte de ses ennemis, peut-être parce qu’il n’avait pu voir en lui qu’un agitateur politique. Et Simon-Pierre, à qui il avait confié son Eglise, le reniera au plus profond de la crise, sans doute parce que sa détermination avait faibli dans l’adversité. Mais ce Christ, abandonné des siens, nous le saluons comme notre Roi et nous reconnaissons que sa passion est pour nous source de pardon. Son salut atteint les extrémités de la terre.

Jésus, quand il est abandonné de tous, trouve refuge dans la prière auprès de son Père. Depuis toujours, il a été aux affaires de son Père, et plus que tout autre il pourrait dire avec le psalmiste « Tu m’as choisi dès le ventre de ma mère ». Cette intimité profonde avec son Père, l’espérance qu’il a toujours placée en lui comme sur un rocher toujours accessible, lui fait dire ses louanges et proclamer ses merveilles.

Le psaume 71[1] est sans doute celui qui correspond le mieux à l’état d’esprit de Jésus au moment où il prend conscience de la prochaine défection de ses amis. Il appartient à la catégorie des prières d’appel au secours, de confiance et de reconnaissance. Des prières de louange du Seigneur, mais qui ont pour origine une situation de détresse ou de crise. En l’occurrence,[2] il s’agit d’une prière personnelle et presque individuelle, mais dont le « je » qui est utilisé représente en réalité Israël. Le peuple est présenté comme un vieillard qui a été choisi dès avant sa naissance – l’amour de Dieu est premier – et qui a essayé d’être fidèle jusqu’à ses cheveux blancs. Un vieillard sans force et entouré d’ennemis qui veulent sa perte, et qui ose demander à Dieu non point le prolongement d’une pauvre vie diminuée, mais une nouvelle vitalité, une jeunesse retrouvée, une véritable résurrection. Ce croyant crie et gémit sous l’épreuve, et pourtant il n’est jamais désespéré. A sa demande suppliante, il mêle l’action de grâces.

Aujourd’hui, avec Jésus, le psalmiste exalte en nous le désir de vivre. Cet élan vers la vie, c’est Dieu qui l’a infusé en nous. Tout le psaume proteste contre la dévitalisation, l’amoindrissement vital, au nom même de l’éternité de l’amour. Puisque Dieu nous a créés, parce qu’il nous aime dès le ventre de notre mère, comment pourrait-il nous abandonner ? La résurrection des morts, la résurrection de Jésus, est prévue de toute éternité, et fait partie du projet initial du créateur. N’accusons jamais Dieu d’avoir fait un homme mortel. Son projet, c’est un homme ressuscité ! Cette espérance et cette foi-là percent déjà dans la prière, au sein des situations les plus éprouvantes.


[1] La numérotation hébreuse est sans doute plus universelle que la numérotation latine, puisqu’elle est utilisée, outre par le judaïsme, par toutes les Eglises chrétiennes (orthodoxe, protestantes, anglicane) à l’exception de l’Eglise catholique.

[2] La version grecque ajoute : de David, des fils de Yonadav et des premiers exilés. Ce qui suggère pour le psaume une origine de l’Exil à Babylone et plus précisément des Rékabites, restés fidèles à leurs principes ancestraux en refusant catégoriquement de les violer (Jr 35).