méditation pour le 24 11

Quand il prédit la ruine du Temple et qu’il décrit les signes proches et lointains du jugement, Jésus va bien au-delà d’un simple effet d’annonce d’événements dramatique. Il prophétise la tribulation de la fin des temps et son retour en gloire dans le style des apocalypses, mais surtout il exhorte à l’espérance et à la vigilance. Un encouragement qui garde encore tout son sens pour nous aujourd’hui.

Le Christ est arrivé au terme d’un périple qui l’a fait monter de Galilée à Jérusalem où il vivra sa Passion et sa Résurrection. Il adresse ici un ultime discours au peuple rassemblé autour de lui au Mont des Oliviers.

L’annonce que fait Jésus de la ruine du Temple est source de scandale pour ses auditeurs. Le Temple, centre de la vie religieuse, avait en effet été rebâti quelques années auparavant[1] et semblait défier les siècles. Il sera pourtant détruit un peu plus tard par les Romains.[2] Jésus n’était pas le premier à prédire pareille destruction, le premier Temple en avait déjà été l’objet.[3] Les prophètes voulaient ainsi indiquer que le Seigneur dénonçait son Alliance avec son peuple. Jésus vient signifier qu’Israël a refusé en lui l’envoyé de Dieu.

L’annonce de Jésus suscite des questions sur les circonstances temporelles et les signes accompagnant l’événement. Dans sa réponse, il porte l’attention sur la fin des temps et l’avènement du Fils de l’Homme. Il met en garde contre les faux messies qui s’attribueront son rôle et son autorité et, en maîtres d’erreur, annonceront l’imminence de la fin. Autrement dit, il appelle à faire la différence entre ce qui relève proprement de la fin des temps et de ce qui appartient à l’histoire de l’humanité.[4] Il en conclut par un appel à la vigilance dans le discernement des signes.

Sous des dehors et dans un style propres à susciter l’effroi, l’évangile, parce qu’il annonce le retour du Christ et l’avènement du Royaume, garde toute sa pertinence et son actualité et reste Bonne Nouvelle pour nous encore aujourd’hui. Il engage d’abord à ne pas craindre les événements parfois dramatiques – guerres, soulèvements, épidémies – qui surgissent dans l’histoire de l’humanité. Ces signes sont de tous les temps, des crises ont traversé toutes les époques et toutes les sociétés. Ils ne sont que des péripéties et ne signifient pas la fin du monde. Nos regards doivent donc se porter ailleurs et plus loin.

La Parole de Dieu nous incite ensuite à ne pas se laisser distraire par ces bouleversements qui peuvent survenir. Ni non plus par tous les prophètes de malheur qui ne manquent pas de pulluler à ces occasions. Ils exploitent la crédulité des naïfs et surfent sur les catastrophes et les fausses informations. Ils attisent l’égoïsme, la fatalité et le complotisme pour mieux asseoir leur pouvoir, semer le désordre et détisser les liens de solidarité entre les êtres humains.

Le Christ exhorte encore à apprendre à distinguer les signes des temps qui annoncent sa venue. Ce qui signifie être attentifs à sa présence dans notre monde et dans nos vies. Il nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps.[5] Il est déjà là, il vient tous les jours dans notre existence, nous pouvons le rencontrer dans les plus petits et les plus pauvres de nos sœurs et frères.

Jésus nous appelle enfin à ne pas être passifs, mais au contraire, par nos actions, à préparer sa venue. Le Royaume advient et il a besoin de nous pour se construire, nous devons travailler joyeusement à sa réalisation.

Avec Jésus, l’histoire des êtres humains prend consistance, elle cesse d’être pure dispersion et multiplicité. Il lui donne cohérence et l’ordonne au dessein de Dieu, à sa création. Il nous engage à distinguer la présence du Dieu créateur à l’œuvre aujourd’hui dans notre humanité.


[1]  Sous Hérode le Grand en 19 ACN.

[2] Après la révolte des Juifs au premier siècle de notre ère.

[3] Par les prophètes Michée, Jérémie et Ezéchiel.

[4] L’évangile fait peut-être ici allusion aux troubles civils et militaires entourant la mort de l’empereur Néron.

[5] Mt 28,20.

méditation pour la solennité du Christ Roi

En célébrant le Christ, Roi de l’Univers, l’Église met en lumière le temps où Dieu sera tout en tous.[1] Le Royaume est présent, et celui qui règne ne fait pas sentir son pouvoir comme les puissants de ce monde. Au contraire, il se fait serviteur de tous jusqu’à subir le sort du dernier des esclaves. Et c’est dans la relation à l’autre que se détermine la capacité de recevoir le Royaume en héritage.

La fin du temps liturgique fête le temps de la fin. La fin des temps se décline dans l’espérance du retour de Jésus. Cette attente du Seigneur était très prégnante dans les premières communautés chrétiennes. Le Christ était monté aux cieux après sa Résurrection, et il devait revenir, on l’espérait rapidement, pour juger les vivants et les morts. Pour établir, de manière définitive, son Royaume de justice et de paix.

Mais il n’est pas revenu, ou du moins pas comme cela. L’espérance s’est alors émoussée, ou plutôt elle s’est transformée. Les croyants ont ainsi compris qu’ils avaient un rôle à jouer dans l’établissement du Royaume, qu’il se construisait au fil du temps des êtres humains, dans le quotidien de leurs vies. Par des actes d’amour, des gestes de solidarité, de paix et de justice. Le Royaume sera là quand la pauvreté, la détresse, la guerre, l’inégalité, l’individualisme, la faim, l’esclavage, pour ne citer que ceux-là, auront été éradiqués. L’univers sera régénéré dans le Christ et un monde de domination aura pris fin.

Dangereuse utopie, douce rêverie, vue d’un esprit dérangé ? Peut-être pas, même si les temps ne sont guère à l’optimisme, et si une transformation radicale ne s’annonce pas de sitôt. Nous avons en effet ensemble la capacité d’influer le cours des événements. Des personnes déterminées et solidaires n’ont-elles pas, de tous temps, fait reculer les oppressions et fait grandir notre humanité ?

Et puis nous ne sommes pas seuls, Jésus est déjà revenu. Il est bien présent, au cœur de nos existences, compagnon discret que nous devons apprendre à deviner. Qui de nous n’a pas pressenti, à un moment ou l’autre de sa vie, sa présence apaisante, qui apporte joie, plénitude et réconfort ?

D’ailleurs, il nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps.[2] Nous le découvrons peut-être avant tout dans les autres. Nous le croisons au coin de nos rues, dans nos villages, dans les banlieues de nos villes. Il est la mendiante, le prisonnier, le chômeur, la malade, l’exclus, le réfugié, le sans-logis. Il nous quémande notre amour, notre respect, un simple verre d’eau, un peu de nourriture. Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

Dans le Royaume de Dieu, ce qui est mis à l’avant, c’est l’attention aux autres, aux petits, aux fragiles, aux blessés, aux insécurisés. Jésus nous en a donné l’exemple tout au long de son existence ici-bas. Non seulement, il approchait ceux qui étaient tenus à la marge de la société – lépreux, handicapés et autres possédés – mais encore il les aidait à retrouver la confiance, il leur rendait leur dignité. Et non content de les réinsérer dans la communauté, il faisait d’eux des éléments moteurs de cette société qui les avait marginalisés.

C’est donc à un autre regard que nous sommes appelés, à une conversion de pensée et d’attitude. Notre société privilégie les battants, ceux qui réussissent, qui dominent les autres et leur environnement. En Dieu, ceux qui ont la première place, ce sont les petits et ceux qui leur sont venus en aide. Le Seigneur est attentif aux personnes, il vibre à leur détresse, il est saisi aux entrailles, il souffre leur douleur.

Qui va à la rencontre d’une personne en détresse va à la rencontre de Dieu. Mais qui est indifférent au malheur des autres se rejette lui-même de Dieu. À celui qui est juste, Jésus montre une reconnaissance éternelle. Ceux qui seront à sa droite s’entendront dire : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. »


[1] I Co 15,28.

[2] Mt 28,20.

méditation pour le dimanche 15 novembre

Les lectures sont disponibles sur la page Face book de notre Up: Clochers de Lienne ou sur le site de prions en église.

Dieu n’exige pas de l’être humain qu’il accomplisse de grands exploits. Il l’a doté de l’intelligence, de la réflexion et de divers dons qu’il puisse faire fructifier. Par-dessus tout il a désiré qu’il lui fasse confiance et s’abandonne à son amour pour qu’avec ou sans œuvres, il le modèle en chef-d’œuvre de sa grâce.[1]

La parabole des talents est une parabole du Royaume. Elle répond au souci des premières communautés qui croyaient à un retour imminent du Seigneur. Une attente de la venue du Christ qui nécessite une vigilance soutenue dans la reconnaissance des signes annonciateurs, une fidélité à son enseignement, mais aussi un engagement actif dans la préparation du règne de Dieu. La parabole cristallise cet espoir par l’accent qu’elle met sur les exigences de pareille attitude pro-active.

Plus que l’activité, c’est la créativité, les capacités d’imagination qui sont stimulées. À l’époque de Jésus, la valeur d’un talent ne représentait pas moins que le fruit d’une quinzaine années de travail. Ce sont des montants colossaux que le maître confie aux trois serviteurs. Une gérance pour laquelle il ne donne aucune consigne précise ni aucune limite de temps. On suppose qu’il s’agit d’une période assez longue, pourquoi pas pour la durée de leur vie ? Dans ces conditions, toute latitude d’agir est laissée à chacun pour apporter une qualité de vie confortable. Á condition d’entreprendre, de faire preuve d’imagination. Ce que ne manquent pas de faire les deux premiers serviteurs. Le troisième lui, ne fait rien, par peur, par manque d’audace, par paresse intellectuelle. Il se condamne à une vie étriquée et médiocre pour à la fin se faire enlever même ce qu’il a.

Mais il y a plus grave que la simple nonchalance ou l’atermoiement dans le comportement de cet homme. Il y a la peur, la méfiance vis-à-vis de son maître. Ce qui est dénoncé ici, c’est la caricature que certains se font de Dieu, en le représentant tel un personnage dur, qui demande plus que ce qu’il a donné. Une attitude qui défigure le visage de Dieu. Qui le représente telle une idole grimaçante. Et qui éloigne du Dieu d’amour que nous reflète Jésus. Pareil comportement nous invite à en prendre le contre-pied par une confiance joyeuse en un Dieu aimant, une offrande libre de son cœur au service du Royaume. Celui qui a recevra encore, car il a ouvert son cœur pour recevoir la parole et les dons de Dieu.

Il y a talent et talent. Dans le langage courant, le mot signifie une aptitude acquise ou innée pour bien faire quelque chose. On parle encore de dons. Dans la parabole, Jésus semble désigner moins des dons naturels que des biens qu’il a en propre et qui concernent l’homme nouveau, les dons de l’Esprit. Ainsi, la Parole de Dieu se transmet par la foi, l’espérance, l’amour, autant de talents qui ne rapportent que s’ils sont mis en œuvre au service de tous. Seule entre alors en compte la capacité de vivre selon le Royaume, la volonté de mettre en œuvre l’Évangile. Les deux premiers serviteurs ont reçu la Parole de Jésus et l’ont mise en pratique, le troisième a reçu, mais sans mettre en pratique.

La Parole nous stimule à la reconnaissance des dons de Dieu, à la confiance et à l’énergie joyeuse dans la pratique de l’Évangile. Nous avons tous reçu des talents, selon nos capacités. Nous sommes engagés à les mettre en commun pour œuvrer ensemble, à l’avènement du Royaume. À mettre notre créativité, notre imagination au service de l’édification d’un avenir de paix, de justice et d’amour.


[1] André Louf, ocso, Abbé du Mont des Cats.